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Range Tes Disques : Oxmo Puccino

On a demandé au Black Jacques Brel de classer ses 8 albums, du moins bon au meilleur.
9.11.15

Range Tes Disques est une rubrique dans laquelle nous demandons à un groupe ou un artiste de classer ses disques par ordre de préférence. Après Korn, Slipknot, Lagwagon, Hot Chip, Manic Street Preachers, Primus, Burning Heads, le label Fat Wreck Chords, New Order, Ride, Mogwai et Jean-Michel Jarre, nous nous sommes intéressés à Oxmo Puccino, qui s'apprête à publier un deuxième album en deux ans, La Voix lactée. Bavard et détendu, le « Black Jacques Brel » est revenu pour nous sur les huit albums de sa discographie.

6. Cactus de Sibérie

Noisey : C'est celui que tu aimes le moins ? Pourquoi ?

Oxmo Puccino :

C'est un album que j'ai fait au-delà de ma volonté. Après la sortie de mon second disque,

L'Amour Est Mort

, j'avais décidé d'arrêter la musique. L'enregistrement avait été compliqué, le rap des années 2000 ne me correspondait plus en terme de musicalité et d'état d'esprit et, pour être honnête, j'étais également en plein doute sur le plan personnel. J'avais toujours besoin d'écrire, mais je n'avais plus envie d'aller en studio, d'enregistrer, etc. Mais bon, grâce à l'appui et au soutien de mes proches, je suis quand même retourné en studio et on a enregistré

Cactus De Sibérie

. Il a été très difficile à réaliser, je me levais chaque jour avec beaucoup de réticence. La tournée qui a suivi a également été très compliquée. Bref, tout était réuni pour que ce soit mon dernier disque. Malgré tout, il a fini par donner naissance à

Lipopette Bar

, qui est peut-être mon album le moins évident.

Tu dis ne pas avoir voulu enregistrer, pourtant je trouve cet album très travaillé, très studieux finalement.
C'est vrai, mais c'est aussi parce que je me suis beaucoup fait aider par Manu Key à la réalisation. Il a l'expérience des situations difficiles et ça été d'une grande aide. Cela dit, il faut également remercier Marc Mottin, avec qui je commençais à travailler, et Le Célèbre Bauza qui m'a beaucoup poussé à faire ce disque. Ça n'a pas été facile, d'autant que tout le monde avait des problèmes personnels et que ça impactait l'ambiance au quotidien, mais on est finalement parvenu à le publier. Et puis j'avais également la chance d'avoir un certain bagage me permettant de finaliser un album en bonne et due forme.

Il n'est présent que sur un titre, mais Kool Shen a-t-il joué un rôle important dans la sortie de Cactus De Sibérie ? On sait qu'il t'avait invité sur le titre éponyme de Dernier Round, son premier album solo.
Je sais qu'il a beaucoup de distance avec tout, mais je considère Kool Shen comme un ami avant tout. J'ai beaucoup d'admiration pour ce qu'il a fait pour le rap et pour moi. À l'époque, il m'a apporté beaucoup d'espoir : je ne travaillais plus beaucoup, j'étais blasé de tout le monde et j'étais presque considéré comme has been, mais lui continuait de m'appeler constamment pour des projets. J'allais souvent voir Busta Flex en studio également, donc on se croiser régulièrement. Les deux morceaux qu'on a fait ensemble en à peine quelques semaines ont scellé quelque chose de définitif entre lui et moi. Finalement, il ne manquait plus que j'intègre IV My People pour qu'on soit définitivement associés.

En fin de compte, Cactus De Sibérie n'a-t-il pas joué un rôle de catalyseur par rapport à ce que tu as pu produire par la suite ?
Évidemment, c'est totalement un album de transition. Par exemple, on me dit souvent que Lipopette Bar est un album de musiciens, alors que Cactus De Sibérie en contient davantage. Depuis le début, à vrai dire, je travaille avec des musiciens : il y a eu Prince Charles (Ophélie Winter, Mary J. Blige) sur Opéra Puccino et Ludovic Bource, futur collaborateur de Bashung et compositeur de la bande-son de The Artist, sur le second.

​5. L'Amour est mort

J'ai l'impression que L'Amour Est Mort, même si l'a reçu beaucoup de critiques à s asortie, est un album que les gens apprécient davantage avec le temps. Un peu comme si on se rendait compte aujourd'hui qu'il avait quand même marqué son époque.
En tout cas, il marque la fin d'une époque pour moi. Il y a eu la révolution du premier album et, comme je le disais, celui-ci était censé symboliser ma fin de carrière. Suite à Opéra Puccino, ma vie avait été complément bouleversée, j'étais en plein questionnement. Je perdais beaucoup de gens autour de moi, j'avais des pensées assez sombres et, surtout, ça correspondait à la fin du rap. Selon moi, le hip-hop s'est arrêté après la mort de 2Pac et Biggie, et n'a fait qu'agoniser jusqu'au début des années 2000. Depuis, on a laissé de côté l'aspect introspectif et poétique pour se concentrer sur l'aspect mercantile et hardcore du genre. La mort de 2Pac et Biggie, ça annonce aussi la fin du rap cool de Jungle Brothers et de De La Soul. L'Amour Est Mort, renvoie à tout ça. C'est un album qui évoque une période sombre, mais aussi cette passion pour le rap qui commence à s'évaporer.

En revanche, il paraît qu'il a été confectionné entièrement de tête. Tu peux en dire un peu plus ?
C'est vrai, j'ai tout réécrit sur feuille par la suite. Ce qui est marrant, avec le recul, c'est que les ingénieurs et le producteur ne voyaient pas où je voulais en venir. Ils ne comprenaient pas ma démarche. Le fait de ne travailler qu'avec quelques maquettes devait les perturber.

Avec L'Amour Est Mort, tu t'émancipes également de cette image de mafieux pour t'orienter dans un registre plus sensible et nostalgique…
Totalement, c'est un album nostalgique dans le sens où c'est une page qui se tournait et que j'en avais conscience. J'étais déjà dans l'expectative par rapport à ce qui pouvait arriver. C'est aussi un moment où le rap racaille commençait à émerger sérieusement et où j'ai décidé d'arrêter tous ces délires pour éviter les amalgames et les polémiques. Du coup, malgré toutes les maladresses qu'il peut contenir, cet album reste important parce qu'il contient beaucoup de textes profonds et d'audaces dans les mélodies, mais aussi parce qu'on peut y déceler quelques refrains chantés et quelques interludes de bistrot qui annoncent en quelque sorte Lipopette Bar.

Justement, tu m'as dit avant l'interview ne pas vouloir inclure Lipopette Bar et Au Pays D'Alice dans ce classement parce que ce ne sont pas deux albums personnels. J'imagine qu'ils ont été très différents à enregistrer ?
Bien sûr. Pour Lipopette Bar, par exemple, je n'ai pas écris les morceaux avec l'intention de changer le monde. Je souhaitais simplement rendre hommage à une artiste, ce ne sont donc pas des textes avec un message. C'est une histoire réalisée de bout en bout avec des musiciens. D'ailleurs, on est partis de rien sur cet album, contrairement à Cactus De Sibérie où on se basait sur des samples. Là, tout était à inventer. Je ne te dis pas les pannes d'inspiration que l'on a eu pendant plusieurs semaines en studio. On a même failli tout arrêter plusieurs fois.

​4. L'Arme de paix

Je suis très fier de cet album, mais il a été très compliqué à réaliser. Tout simplement parce que travailler en équipe peut s'avérer complexe, que ce soit d'un point de vue musical ou relationnel. Il y a donc eu beaucoup de concessions, de remises en question et d'embrouilles sur ce disque. Quand on est cinq à travailler sur le même projet, ça crée forcément des tensions. Ce qui est contre ma philosophie : moi, je veux que tout se passe bien en permanence. Mais bon, j'en reste malgré tout très fier parce qu'il symbolise une véritable recherche musicale et un réel souci de la performance.

Qu'as-tu apporté sur L'Arme De Paix que l'on ne trouve pas sur tes albums précédents ?
Sans hésiter, les mélodies et la variété des textures. Il y a une force de composition incroyable sur cet album. Il faut bien se rendre compte que ce ne sont pas des samples, que nous sommes partis de rien et que nous avons tout fabriqué à partir de nos idées. Ce qui implique un nombre incalculable d'allers-retours.

Sur ce disque, tu affirmes pour la première fois, et très clairement, ton goût pour la chanson avec un duo avec Olivia Ruiz…
C'était le but, oui. L'intérêt, c'était d'être incontestable aussi bien dans le rap que dans la chanson française. D'ailleurs, Vincent Taurelle, Vincent Taeger et Ludovic Bruni sont des fous du studio avec pour seule limite leur imagination. Par contre, ils sont toujours en train de douter, contrairement à moi. Je suis un musicien médiocre, mais je ne doute pas [rires]. Personnellement, je suis resté un néophyte émerveillé par un rien. Je me fous du CV du gars, je marche juste à la vibration.

C'est ce côté néophyte qui t'a incité à collaborer avec Alizée et Florent Pagny à la même période ?
Ça, et le fait que j'ai plus de choses à écrire qu'à dire. Et puis même ce que j'ai à revendiquer, il y a tellement de façons différentes de l'interpréter que c'est toujours enrichissant de confronter ses textes à d'autres artistes. Et puis il faut bien comprendre qu'écrire pour quelqu'un d'autre, c'est un luxe, presque un privilège. Lorsqu'un autre artiste chante vos mots pour la première fois, c'est extraordinaire. Tu comprends alors que cette chanson va être jouée devant des milliers de personnes en concert, des personnes que tu n'as aucune chance de toucher habituellement.

Le but, c'était ça : toucher des gens éloignés de ton cercle d'initiés ?
Franchement, je voulais me sortir du carcan du rap. Dans ce milieu, on s'étonne en permanence lorsqu'un MC cherche à s'ouvrir à d'autres horizons. Or, ce mélange culturel, c'est précisément ce que je recherche. Ça permet de se confronter à ses limites et d'être dans une position nettement plus instable, ce qui est toujours plus enrichissant que de rester cantonné dans son cercle initial. À force d'être tri-car, le rap s'est longtemps mis en position d'exclu et s'en conforte clairement aujourd'hui en utilisant perpétuellement les mêmes codes et en véhiculant continuellement le même état d'esprit. Moi, plus j'avance, plus je dis merde à ça. Je suis dans le plaisir uniquement. À partir du moment où tu as connu la joie des salles pleines et la déception des salles complément vides, tu es immunisé de tout et tu avances à l'instinct.

Tu retiens quoi de ces collaborations ?
La satisfaction du travail accompli ! Il faut savoir que lorsqu'un artiste parvient à faire parler de lui à travers la voix d'un autre artiste, c'est qu'il y a eu énormément de travail, de sacrifices et de luttes derrière. Et puis ça été un privilège de travailler avec ces gens, que ce soit Vincent Taeger, que je considère comme l'un des meilleurs batteurs du monde, Ludovic Bruni et son génie silencieux ou encore Olivia Ruiz et son énergie folle.

​3. Roi sans carrosse

Ce disque est né lorsque je suis parti en vacances au Brésil avec Vincent Segal et Kim Chapiron. Du coup, il me rappelle plusieurs souvenirs : la guitare que Kim m'a offerte, la rencontre avec Seu Jorge, le retour à Paris et le travail en studio avec Renaud Létang, l'enregistrement très rapide parce que le disque n'était pas prévu et que le temps en studio était compté, la tournée acoustique en trio qu'il a engendré, etc. Il aurait peut-être mérité plus de temps et de morceaux, mais sa légèreté me plaît beaucoup. Il témoigne en quelque sorte de ce que je cherche à faire aujourd'hui : un album à la cool, avec des textes lourds mais toujours entourés de beaucoup de légèreté et beauté.

On sent également une réelle économie de mots sur ce disque. Tu souhaitais laisser davantage de place à la mélodie ?
Il y a un peu de ça, oui. Mais c'est surtout qu'avec l'âge et l'expérience, tu deviens plus concis, plus précis, tu racontes moins de conneries et tu te rend compte que moins tu parles, plus on t'écoute. Chaque couplet d'Opéra Puccino, par exemple, est un texte de 16 mesures, t'images ? C'est presque une chanson à chaque fois ! On n'a pas forcément besoin de tout ça. Il faut savoir être économe. D'ailleurs, une expression du genre « Le sors en est jeté » sera toujours plus percutante que « putain, t'as déconné, tu vas crever, c'est ton destin ».

Pour la deuxième fois consécutive, tu remportes les Victoires de la Musique. C'est ton disque le plus vendu ?
Je ne sais pas du tout. Depuis L'Amour Est Mort, je ne regarde plus les chiffres. Je me dis toujours que le jour où ça deviendra mirobolant les gens me le diront d'eux-mêmes [rires].

Tu commences cet album avec un refrain éloquent : « On fait ce qu'on peut, nul n'est parfait. » Tu penses que tu as commis plusieurs erreurs ?
Bien sûr, comme tout le monde. Mais j'ai au moins l'honnêteté de les admettre et de les assumer. Par exemple, je sais que j'ai souvent été trop franc et que ça m'a joué de mauvais tours. Parfois, il vaut mieux se taire. Définitivement, j'entends. Sinon, ça devient de l'hypocrisie. Mais bon, si l'album commence ainsi c'est aussi parce que mes précédents efforts s'ouvraient souvent par une phrase du type : « Je n'ai plus d'amour dans le cœur ». Là, je prends le contrepoint en disant : « On fait ce qu'on peut, nul n'est parfait / Je suis heureux du mal que je n'ai pas fait. »

​2. La Voix lactée

Les artistes ont tendance à classer leur dernier album en haut de la liste. Comment l'expliques-tu ? C'est un sentiment d'accomplissement ou c'est plus une volonté d'en faire la promo ?
Non, c'est simplement une liberté à laquelle je souhaite adhérer depuis quelques temps. C'est un album qui bouge, qui est dynamique, qui a été réalisé par un gars qui n'a plus le temps de se concentrer sur ce que les gens veulent et qui souhaite composer pour remonter sur scène et kiffer. Et puis La Voix Lactée m'a permis de renouer avec les machines : on y trouve beaucoup de boîte à rythmes et de synthétiseurs, des outils que j'avais laissé complétement de côté depuis quelques années.

Il y a quelques titres nostalgiques sur cet album, je pense notamment à « 1998 » qui revient sur la victoire de la France en Coupe du Monde.
La nostalgie, c'est une tristesse pour quelque chose de passé. Moi, je n'ai aucune tristesse. C'est surtout une manière pour moi de parler de la France d'aujourd'hui. Tout est dans le « depuis » du refrain. Je rappelle un des meilleurs moments de la deuxième partie du XXème siècle en France et j'en profite pour questionner ce qui a changé depuis cet événement. Socialement, la victoire de l'équipe de France représente beaucoup : c'est à partir de ce moment-là qu'une frange de la population dont j'estime faire partie a été remarquée d'une autre façon que celle prônée par le Front National. Avant, ça n'avait jamais eu lieu.

Est-ce que ça n'a pas élevé d'autres clichés également. Je pense notamment au cinéma des années 2000 où cette France black-blanc-beur est très rattachée aux banlieues et à ses archétypes ?
Sans doute, mais au moins on parlait de nous. Avant, il n'y avait rien. Et puis avant d'arriver à la vérité, ce n'est peut-être pas inutile de passer par les clichés. Ils sont inévitables. Après tout, il suffit d'un poisson pourri pour qu'on dise que la mer est sale. Pour en revenir à la chanson, c'est aussi une façon pour moi de m'adresser aux réfractaires d'un monde pluriel, de leur faire comprendre que personne n'échappera au métissage. Autant qu'ils se préparent, parce que plus ils seront racistes, plus ils auront mal au cœur. Je pense notamment aux parents racistes dont les enfants se marient avec une personne issue d'une autre culture et qui se retrouvent avec des petits-enfants métis. C'est très drôle au final, non ? C'est ce que j'appelle le joli croche-patte de la société. Du genre : « Ah tu n'aimes pas les gens comme ça ? Attends dix ans, tu vas être étonné ! » [rires]

Pour en terminer avec La Voix Lactée, tu as l'impression de toucher un but avec ces quatorze nouveaux titres ?
Ouais, dans le sens où je fais ce que je veux et comme je veux. En plus, je commence à bricoler avec plusieurs instruments. Ça m'ouvre de nouveaux horizons. Aujourd'hui, je peux rapper sans problème sur des musiques de films d'horreur, chanter, faire un morceau de gospel ou faire un duo avec un clown. Seules mes envies peuvent me guider.

​1. Opéra Puccino

Je voulais le mettre avant pour faire chier les gens, mais ce ne serait pas honnête [rires]. Après, c'est vrai aussi que beaucoup n'ont pas écouté les autres et se confortent dans ce disque. Il faut quand même rappeler qu'Opéra Puccino a été assez mal reçu à sa sortie. Les gens s'attendaient à ce que je ne fasse que des « Pucc'Fiction » ou des « Black Mafioso » et ça a déçu.

Opéra Puccino est le premier album que tu sors après une série de collaborations, de mixtapes et de titres sur des compilations. Tu étais excité à l'idée de travailler sur un plus long format ?
Très excité, mais aussi très effrayé. Pendant trois ans, j'étais totalement perdu. C'était presque trop grand pour moi. Je me suis retrouvé dans un univers que je ne comprenais pas, avec des gens riches, des professionnels de la musique, etc. J'allais sur des tournages, je me rendais en studio, je travaillais avec Prince Charles qui me parlait de Mary J. Blige et des Rita Mitsouko. Même mes proches ne comprenaient pas ce qui se passait. Autant te dire qu'Opéra Puccino m'a fait vivre sept ou huit ans en un an à peine en terme d'épreuves et de leçons de vie.

Tu avais 24 ans à l'époque. Tu te sens différent aujourd'hui ?
Je suis plus vieux, expérimenté et évolué, mais je ne suis pas différent. D'ailleurs, lorsqu'on me reproche mon discours pacifiste aujourd'hui, je réponds toujours de bien écouter mes premiers albums et l'on comprend assez rapidement que je suis toujours le même.

Ca doit te paraître loin tout ça, Opéra Puccino est sorti depuis 17 ans maintenant.
Parfois, ça me paraît loin parce que sept albums personnels sont sortis entre-temps, parce que j'ai eu l'occasion de faire la rencontre de dizaines de gens talentueux et parce que j'ai pu découvrir beaucoup de villes et de pays différents. Mais on me parle presque tous les jours de ce disque. Aujourd'hui encore, je rencontre beaucoup de jeunes qui me racontent l'avoir découvert lorsqu'ils étaient gosses, grâce à leur grand-frère ou autre. Forcément, ça me permet d'être toujours très connecté à ce disque. D'autant que tout ce que j'y ai appris me sert encore aujourd'hui.

Tu penses qu'il a encore sa place dans le rap actuel ?
Ce que je sais, c'est qu'il n'a pas mal vieilli. Il est de son temps, mais il a tellement été exprimé de façon avant-gardiste que les sons et la technique de mix restent très actuels. Bien sûr, des titres comme « La Loi du point final » transpirent une certaine jeunesse, mais quand t'écoutes « Visions de vie », les propos sont toujours vrais. Pareil pour « Le Jour où tu partiras ». De toute façon, les chansons d'amour sont toujours intemporelles.

Quel est le morceau le plus marquant du disque selon toi ?
« L'Enfant Seul ». Tout simplement parce qu'il a une histoire particulière. À la fin des années 90, je souhaitais déjà écrire et rapper des choses très profondes, basées sur l'émotion. Lorsque DJ Mars m'a fait écouter l'instru pour la première fois, c'était dans le cadre d'un album commun avec les X-Men, qui n'a jamais vu le jour. J'ai tout de suite adoré, sans réellement savoir comment l'aborder. Du coup, c'est Cassidy qui se l'est accaparé et s'en servi pour son titre « Mauvaise Graine ». Une tuerie, malheureusement jamais sortie. Heureusement pour moi, Cassidy flashe complétement sur une instru que je venais juste de recevoir. Je lui dis : « Si tu veux, je te l'échange contre celle de "Mauvaise Graine" ». Il a accepté le deal, mais comme je connaissais la qualité de son texte, il fallait absolument que je fasse mieux, même si le titre des X-Men n'était jamais sorti. Après quatre ou cinq mois d'acharnement, d'introspection et d'écoute quotidienne de l'instru, j'ai réussi à plonger au plus profond de moi pour pondre ce texte, que je continue d'adapter en live.