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Angry Vets n'est pas juste un groupe de vieux mecs qui râlent

Et pourtant ils sont Parisiens, straight edge, ont bientôt ou déjà 40 ans, et leur premier album sort sur le label américain Six Feet Under.

Après avoir fait vibrer le hardcore francilien des 15 dernières années dans des groupes aussi divers que Values Driven, Last Quiet Time, Hard Times ou Jack Move, les vétérans reviennent avec un nouveau projet intelligemment appelé Angry Vets, qui propose une sorte de mélange entre hardcore straight edge californien et youth crew des années 90/00, type Floorpunch. C'est d'ailleurs l'excellent label Six Feet Under aux Etats-Unis (qui vient de rééditer les disques du célèbre groupe du New Jersey) qui se chargera de la sortie de Behind Enemy Lines là-bas, premier album du quatuor parisien prévu pour mai. Ils nous ont filé le premier morceau du disque qu'on vous fait écouter plus bas, et leur chanteur, Nico, nous a parlé du syndrôme Hatebreed qui a dévasté l'hexagone pendant tant d'années et du fait d'être straight edge passé 30 ans.

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Noisey : Vous avez tous plus de 30 ans dans Angry Vets, c'est pas trop vieux pour faire du hardcore ?
Nicolas : C’est en tout cas trop tard pour faire illusion sur la jeunesse des membres. D’un autre côté les moins de 30 ans pensent souvent que le hardcore a commencé avec Hatebreed et c’est ce qui nous a motivé à jouer ensemble.

La relève n'est pas au niveau ?
En fait, il n’y a pas de relève dans le style que l’on prétend faire. Il n’y a d’ailleurs jamais vraiment eu de scène hardcore old school en France. Si le groupe a pris forme à l’été 2015, David (guitare) et Philippe (batterie) jammaient depuis quelques temps après la fin de Hard Times qui mêlait déjà oi! et hardcore.

L'espérance de vie d'un groupe de hardcore parisien est très courte en règle générale. Ca tient à quoi à ton avis ?
À de rares exceptions, l’espérance de vie d’un groupe de hardcore est généralement basse quoiqu’il arrive. Le hardcore est un style extrême, au sein duquel se sont développés plusieurs mouvances qui se succèdent et se superposent. Le hardcore parisien ne déroge pas à la règle et est en plus assez consanguin, on retrouve souvent les mêmes membres dans plusieurs groupes qui vont et viennent.

Le plus important pour toi c'est de réussir à sortir un album (laisser une empreinte) ou de jouer le plus possible (laisser une impression) ?
Tu peux sortir un album et ne pas laisser de trace, comme tu peux jouer sans marquer les esprits. Nous n’avons la prétention ni de l’un, ni de l’autre. On joue d’abord pour nos potes et nous-mêmes. Mais c’est clair qu’on ne mise pas sur l’originalité de notre musique, et c’est important que le live soit un moment particulier fait d’énergie et de connexion entre le groupe et ceux qui le regardent.

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Photo - Kermit

Quels sont les meilleures salles pour mosher à Paris ? Ca ne t'a jamais intéresser d'ouvrir un lieu dédié au hardcore ?
Les trois mètres entre les murs de la cave de la Mécanique Ondulatoire ne laissent guère le loisir de bouger, mais ça reste un lieu très cool pour les concerts. Le Gibus se prête bien aux concerts de hardcore. Mon lieu préféré était la Péniche Alternat délaissée par les organisateurs au profit de lieux moins onéreux. Je doute qu’il y ait de la place pour un lieu dédié exclusivement au hardcore à Paris, bien qu’il ne tienne qu’à nous d’être acteurs de la scène dont on se plaint qu’elle n’existe.

Votre album sort bientôt et chose assez rare, sans ête passé auparavant par la case démo/maxi. Tu peux m'en parler ?
On a enregistré 10 titres fin octobre 2015 et Philippe (batterie) les a soumis à des labels avec qui il avait déjà travaillé avec Hard Times, pour voir. Deux labels (Contra en Allemagne et Six Feet Under aux USA) ont accroché, et ce qui devait être une démo est tout simplement devenu un album.

Cool. Tu dirais qu'il se porte comment le hardcore français en 2016 ? Quelle a été sa pire période d'après toi ?
Le hardcore français n’a jamais été très significatif, on ne peut donc pas vraiment parler d’apogée ou de déclin. Il n’y a pas vraiment de scène, que ce soit à Paris ou ailleurs. Il suffit d’aller faire un concert à Boston ou à Anvers pour voir qu’ici ça reste microcosmique. Mais encore une fois, tout ça ne tient qu’à une poignée de gens de générer une émulation. Il y a dix ans, je n’aurais jamais pensé assister à un Edge Day londonien avec dix groupes anglais dignes de leurs cousins outre-Atlantique. Il y avait déjà des concerts et des gros trucs comme le Ninja Fest là-bas, mais ce renouveau autour de Violent Reaction était assez inattendu pour moi. En attendant, il y a de nombreux groupes cool en France que ce soit Hard To Handle, Burst One’s Side, Lost Boys, les éternels Seekers of the Truth sans parler du renouveau punk avec Syndrome 81 ou Rixe, pour n’en citer qu’une poignée.

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Il y a des groupes français dont on se souviendra encore dans 20 ans ?
On parlait déjà de Kickback il y a vingt ans, et on en parlera encore dans vingt ans. Beaucoup ne font que passer. Seekers Of The Truth et Right For Life feront toujours partie de ma discothèque : les premiers étaient le seul groupe français sur Lost & Found, label allemand qui a beaucoup bootleggé de groupes américains mais qui a aussi eu le mérite de sortir officiellement quelques groupes. Les seconds m’ont marqué avec leur EP Give us light for truth sur lequel figurait une reprise de « Disengage » de Youth of Today, au moment où je commençais vraiment à écouter du youth crew. L’album Off the beaten track était aussi novateur dans un style de hardcore moderne qui commençait seulement à percer.

Premier concert straight edge en France ? Si vous y étiez, écrivez-nous.

Tu crois que le fait que le straight edge n'ait jamais pris en France est responsable de notre ramasse niveau hardcore par rapport à d'autres pays d'Europe ?
Le straight edge n’a jamais été cool en France… Et alors ? Une des premières fois que j’ai entendu parler de straight edge, je devais avoir quinze ou seize ans et c’était en écoutant la chanson « Nul Edge » de BB Docnon à la vivisection, plus jamais de saucisson… »). La culture punk française a toujours été assez franchouillarde et bien que perméable à pas mal d’influences anglo-saxonnes, la contre-culture hardcore n’a jamais vraiment pris ici. Antiaméricanisme primaire ? Prépondérance de la culture latine ? C'est un mystère car cette hypothèse tombe à l’eau quand tu vois la scène qui s’est développée au Portugal depuis les années 90 avec X-Acto, New Winds, Time X ou Pointing Finger…

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Deux des membres d'Angry Vets ont joué dans diverses formations hardcore depuis 15 ans. Qu'est ce qui vous motive encore à monter toujours de nouveaux projets et à continuer à jouer ?
Ce qui nous motive avant tout est de nous faire plaisir en jouant des morceaux qu’aucun autre groupe parisien ne propose, et des reprises qu’aucun autre groupe français ne fait. Comme je le disais avant, on le fait avant tout pour nos potes et nous. Après la mise en sommeil de Cut Loose, j’étais un peu resté sur ma faim et c’était naturel d’accepter l’offre de monter un nouveau groupe old school.

Tu crois encore à la portée contre-culturelle de ce genre ou c'est ta passion adolescente qui te maintient toujours dans le mouvement ?
J'ai répondu à cette question juste avant. On aime avant tout cette musique qui nous fait vibrer depuis une vingtaine d’années pour certains d’entre nous (les quadragénaires). Elle a indubitablement influencé certains de nos choix et surtout notre manière de voir le monde.

Tu pourrais monter un projet musical dans un genre éloigné du hardcore ?
J’adorerais faire autre chose car mon univers musical est loin de se limiter au hardcore. En attendant, il continue d’occuper une place prépondérante dans ma playlist et dans ma vie.

Et t'en as jamais eu marre de "la scène" ?
Je n'ai pas vraiment l'impression d'appartenir à une scène. Je ne vis que pour que ce que j’aime : un jour je vais voir le dernier concert de Guidance à Londres, le lendemain je peux aller voir Interpol dans les montagnes suisses, et le surlendemain voir Freddie Notes.

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T'as peur de vieillir ? Tu feras quoi quand tu seras vieux ?
J’ai beau être un adulte, je suis toujours un mineur dans le cœur… Je ne deviendrai vieux qu’une fois mort, du moins j’espère. Et je pense sincèrement que Start today ou We’re not in this alone auront toute ma vie la même résonnance dans mon esprit.

Le 13 novembre dernier vous avez mis ce statut sur Facebook :

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Paris is at warMore than 30 dead…no now more than 50Human bombs - shooting - hostagesWe are awake. Are you ? Open your eyes motherfuckerz

Posté par

Angry Vets

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vendredi 13 novembre 2015

Vous pensez vraiment qu'on est en guerre et que tout le monde dort ?
Prendre les paroles du groupe, ou les statuts FB au pied de la lettre serait une erreur. On est surtout en guerre contre nous-mêmes. Je ne vais pas me la jouer philosophe, d’autres sont bien plus crédibles dans ce rôle, mais le vrai combat est la guerre contre l’ego. C’est d’ailleurs le propos de notre tout premier titre : Fire!. Les gens ne croient plus en rien, même pas en eux, et essaient de se raccrocher à ce qu’ils peuvent. La course à l’image l’a donc définitivement emporté et toutes sortes de croyances malsaines se développent et elles visent à diviser les gens plutôt qu’à les rassembler.

Un dernier mot ?
Je finirai sur un bon cliché : le hardcore, c’est l’unité ! Allez aux concerts, organisez-en, écoutez Youth Of Today !

Angry Vets joueront en compagnie de Burst One’s Side et No Turning Back ce soir au Gibus. Rod Glacial aime les clichés et le hardcore. Il est sur Twitter.