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Music by VICE

Il se passe quoi avec Viet Cong, au juste ?

Après le split de leur groupe précédent, le décès d'un de leurs membres et pas mal de galères, les Canadiens doivent faire face à un succès totalement inattendu.

par Adrien Durand
16 Février 2015, 1:00pm
Toutes les photos sont de Yann Le Flohic.

Le souci quand on a grandi en écoutant At The Drive In, Converge et Fugazi c'est qu'on a l'impression que n'importe quel concert de rock se doit d'être vécu comme si on était pris dans la fusillade finale du Heat de Michael Mann. Soyons honnête, le concert de Viet Cong au Point Éphémère, c'était tout sauf ça. Vu le niveau général de leur premier album, la puissance de feu des singles et le foutoir qu'ils ont réussi à mettre sur leur premier EP, on aurait pu espérer que les canadiens allaient s'imposer tout naturellement comme un des meilleurs groupes live du moment. Perdu. On a plutôt eu affaire à quatre gars très sympas, mais un peu gênés d'être là et un poil en galère avec leurs morceaux. Revenus du split de Women (leur groupe précédent), du décès d'un de leurs membres et de pas mal de galères, Viet Cong reste malgré tout un outsider de poids qui devrait pouvoir rester en Ligue 1 sans trop de soucis. On a parlé avec Matt Flegel, bassiste-chanteur (oui, comme Fat Mike), de son parcours, du maire de Toronto et du succès ridicule de Viet Cong.


Noisey : Tu peux nous raconter les débuts du groupe ? Viet Cong un projet assez récent, finalement.
Matt Flegel : Oui c'est assez nouveau. Au début c'était juste Matt [batteur, ex-Women également] et moi qui faisions un truc proche du n'importe quoi dans son sous sol, et petit à petit, tout ça est devenu un peu plus clair, plus stable. Women, le groupe dans lequel je jouais venait de s'arrêter. J'avais besoin d'un nouveau projet. On a ramené deux gars en plus, et maintenant c'est un vrai groupe. Mais, au départ, je ne pensais même pas faire de concerts...

Sur votre premier EP, Cassette, on sentait l'envie d'explorer des genres musicaux très variés et de jouer avec certains clichés. Sur votre premier album par contre, on sent que vous cherchez à avoir une signature personnelle. Qu'est ce qui explique ce basculement ?
Eh bien, on est devenus un vrai groupe. Sur le premier EP c'était Matt et moi qui faisions tout. On ne pensait pas que cet enregistrement circulerait partout dans le monde et aurait une telle répercussion. On a fait cette cassette pour avoir un truc à vendre en tournée et se faire un peu de thunes. Sur l'album, par contre, je savais où j'allais, je voulais que ça sonne plus gros. Je ne réfléchis pas trop en termes de genres, plutôt en termes de ce qui est bon ou pas. Il n'y a pas de problème d'ego dans le groupe...



Il y a pas mal de passages noise dans vos morceaux, comment créez vous ces textures ?
Ça vient de nos séances d'improvisations. Quand on a enregistré, on sortait d'une grosse période de tournée, on avait testé les morceaux en live. Si tu joues un truc 60 fois, ça devient autre chose. Tout ce côté bruitiste vient de là, je pense. On a enregistré en live super vite, en deux jours, puis on a bossé les overdubs pendant 5 jours. C'était rapide.

Le concert de ce soir est sold out. C'est quoi votre ambition en tant que groupe, votre rapport au succès ?
Tous nos concerts sont sold out en ce moment, c'est juste ridicule [Rires gênés]. C'était un peu ça, l'ambition. Mais je ne changerai pas ma musique pour jouer dans les stades. Quand on a fini notre disque, je savais qu'on n'avait pas fait une grosse merde, mais je ne pensais pas que ça plairait autant aux gens.

Tu ferais quoi si un mec de major te proposait un gros paquet d'argent mais te demandait de changer ta façon de chanter ou de composer des morceaux... ?
[Gêné] Ça n'arrivera pas... On prend ce qu'on peut. On joue dans des groupes depuis notre adolescence. J'ai vécu toute ma vie d'adulte dans la pauvreté. Donc, je prends ce qu'il y a à prendre. Si 300 personnes viennent me voir chanter, tant mieux.



Je sais que le gouvernement canadien donne beaucoup d'argent aux artistes et aux groupes. Comment vous vous sentez par rapport à ça ? Je pense notamment au printemps érable, qui a été un mouvement d'opposition à cette politique...
Je trouve ça super que notre pays ait de l'argent et puisse en donner aux artistes. Souvent, l'art produit au Canada se la joue rebelle, dit « fuck off » au gouvernement mais prend quand même le chèque de 25 000$ qu'on lui propose. Je ne sais pas, moi je le prends cet argent. Ça coûte cher de tourner et ça nous aide. Je ne peux pas vraiment les critiquer, car j'ai reçu pas mal d'argent du gouvernement. Je ne me verrais pas dire quelque chose de négatif sur eux. Le printemps érable c'était à Montreal, là bas les gens ont un esprit plus européen et révolté. Dans le reste du Canada, tout le monde se tait. Sauf si tu décides d'augmenter leurs impôts !

Les gens ont été assez indulgents avec le maire de Toronto [Rob Ford, pris dans des scandales multiples et filmé la pipe au bec dans une crackhouse] en tous cas [Rires]
Oh mec, les blagues sur Rob Ford, il y en a tellement... Il se fait plutôt discret ces temps-ci, ceci dit. Mais il manque aux gens.

Qu'est ce qui t'inspire quand tu écris des paroles ? J'ai lu quelque part que tu te décrivais comme quelqu'un de très nihiliste.
J'écris sur ce que j'observe autour de moi. J'ai toujours un carnet et je note des idées en permanence. Je ne suis pas vraiment nihiliste, mais pas mal de gens pensent que je suis toujours au bord du suicide. Mais mes amis savent que c'est juste mon côté sombre qui s'exprime et qui me permet d'être à peu près heureux dans la vraie vie, le reste du temps.

Tu te verrais composer un album sans guitare ? Je te demande ça car je sens une grosse influence kraut et synthétique dans vos morceaux...
Pas un album complet, mais sur nos nouveaux morceaux les synthés prennent souvent le pas sur les guitares. On a beaucoup écouté OMD et Depeche Mode ces derniers temps et ça nous influence pas mal.



Comment vous est venue l'idée de faire une cover de Bauhaus ? [« Dark Entries », sur le EP Cassette]

On adore ce morceau. Je ne suis pas un grand fan du groupe, cela dit. On a essayé un peu au hasard dans le local de répète et on a décidé de la jouer deux fois plus vite. Ça sonnait bien donc on l'a gardé.

Il y a chez Bauhaus une sorte de théâtralité dans la voix, qu'on retrouve aussi chez des gens comme Bowie, mais aussi chez Viet Cong.
Bowie est une énorme influence pour moi. Tous les chanteurs que j'aime pousse leur voix de manière théâtrale et dramatique. Ça ne fait pas longtemps que je me sens à l' aise avec le fait de chanter. Là, je me lâche sans souci.

Vous êtes un peu le groupe qui m'a réconcilié avec l'indie rock, que je trouvais trop tiède depuis quelques années. Vous essayez de pousser un peu les frontières de ce genre ou c'est inconscient ?
C'est cool [Rires]. Des fois je réfléchis à ça. Il faut que les morceaux qu'on joue restent intéressants pour nous. On les joue tellement, on fait tellement de dates, il faut donc que je sois à l'aise avec ces morceaux. J'écoute beaucoup de musique classique et les structures m'inspirent beaucoup. Le côté dramatique de cette musique me passionne et c'est ce qui manque dans l'indie rock je trouve. Moi j'aborde la musique comme la création d'un paysage sonore, je n'ai pas du tout la même approche que les groupes indie actuels, je pense.

En tous cas, si j'en crois ton parcours, on dirait presque que tu as 9 vies, comme les chats...
J'ai bien l'impression, oui ! Mais ce groupe est le meilleur que j'ai fait jusqu'ici.


Adrien Durand n'a qu'une vie et il en a déjà utilisé un bon tiers. Il est sur Twitter - @AdrienInBloom
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