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In Memoriam : le jour où Michel Galabru a porté un T-shirt Suicide au cinéma

C'était en 1983, et ça restera gravé pour l'éternité.
5.1.16

À Noisey, on ne se souviendra pas de Michel Galabru dans le rôle de Gerber, synonyme de centaines d'imitations discutables et de milliers de rediffusions télé depuis 30 ans. On ne se souviendra pas non plus de Michel Galabru campant l'incroyable ripou nihiliste de Monsieur Balboss, le rempart contre la médiocrité télévisuelle de Kamikaze, le terrifiant Nasal de La Vie Dissolue De Gérard Floque, ou bien l'éternel commissaire tout en ventre, des Sous-doués à Subway… Non. On se souviendra de Galabru pour un de ces exceptionnels moments d'avant-garde dont le cinéma français est parfois capable : le jour où il a porté un T-shirt Suicide dans un film.

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Au départ, sur le papier, ce n'était pourtant pas évident. À l'arrivée non plus, d'ailleurs. Le réalisateur du Bahut va craquer, Michel Nerval, décide de réunir un casting taillé pour NT1 : Galabru donc, Luis Rego, Robert Castel, Henri Guybet, Tchee (futur héros de la série 90's Les Intrépides) et une chanteuse écossaise encore inconnue en France qui tient le premier rôle de l'histoire, Sandy Stevenson. Sandy, également connu sous le nom de On craque.. Sandy (ou encore Crazy Dance en Espagne, histoire de surfer sur la vague Irene Cara) nous raconte l'épopée de Zoé, jeune femme au diastème insolent, repérée dans un rade où elle bosse par un régisseur de théâtre qui la propulse chanteuse de cabaret. C'est à ce moment-là que le groupe de potes chez qui elle squatte un gigantesque loft du 12ème arrondissement se rend compte que leur « groupie n°1 » possède une voix et que s'ils veulent enfin percer dans le rock, ils feraient bien de l'embaucher. On passera sur l'utilité du danseur-lover, présent pour rajouter du tonus à l'intrigue et un délire à l'américaine. De là, tout est déjà gagné et le groupe donnera son premier concert à l'Olympia… Rideau.

Et Galabru me direz-vous ? Il y joue Fernand, taulier « new look » de la MJC du quartier, grâce à qui le groupe en question répète plus ou moins gratuitement et chope des opportunités à droite à gauche. Et c'est évidemment Michel et son inimitable swag français qui vole la vedette à tout le monde. Dédicace à André Baudin, l'accessoiriste, et à Laurence Guindollet, la costumière, qui sont parvenus à faire porter à Galabru tout au long du film : - Un T-shirt Suicide

- Un perfecto et des badges

- Un T-shirt Nina Hagen + un bracelet clouté à 7 rangées + un bandana

- Un T-shirt Iron Maiden

- Un Henri Guybet

Cet essai ne sera malheureusement pas transformé sur disque où l'on aurait bien imaginé Michel dans un registre ala Jean Yanne scander sa haine du rock sur un electro-punk dissonant. On devra se contenter d'un simple disque de Noël ou du tristement tardif « Moi, je suis comme ça », écho à la vague new beat. Quant à Sandy Stevens, après le morceau-titre du film (sans aucune trace de Bashung ni de Bergman comme nous vantait la back cover de la VHS), elle marquera l'hexagone 5 ans plus tard avec son hit « J'ai faim de toi » (après avoir prêté sa voix au célèbre spot publicitaire de la marque Chambourcy, oh oui), « toi » désignant donc un yaourt ou ce que vous voulez d'autre. La suite de sa carrière est autant un mystère que cette phrase qui conclut le générique du film, « Nous remercions Johnny Hallyday pour sa collaboration ».

Reste à savoir si le jour où il a déclaré à Libération qu'il « pensait au suicide», Galabru avait en mémoire ce T-shirt ultime, qu'il avait porté à l'écran tel un étendard, 40 ans auparavant. Un secret désormais enfoui à tout jamais. Rod Glacial s'interdit d'utiliser l'expression « un grand monsieur ». Il est sur Twitter.