Hamza est le Young Thug de Bruxelles

Il a 20 ans, la rue derrière lui et s'apprête à sortir sa troisième mixtape.

par Genono
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23 Septembre 2015, 11:00am

Si je devais décrire Hamza en quelques mots, je dirais : Matt Houston, ghostwrité par Kaaris. Ne fuyez pas tout de suite, il y a bien pire : il est Belge. Malgré toutes ces tares, Hamza est l’auteur-compositeur-interprète de l’une des meilleures mixtapes de l’année 2015, H24. Très positivement salué par la critique, ce premier projet véritablement sérieux du rappeur/chanteur bruxellois a le mérite de venir se placer sur un créneau quasiment inexistant dans la scène rap francophone : les paroles salaces chantées de manière presque élégante. La démocratisation de l’autotune ces dernières années a bien sûr permis à la plupart des rappeurs français de pousser la chansonnette tout en conservant des thèmes bien virils -Lacrim qui chante nonchalamment « j'irai leuuur tiiiireeer dessuuus » est une des plus belles choses qu'il m'ait été donné d'entendre- mais Hamza va bien plus loin, en se focalisant pleinement sur le chant. La sortie de son dernier clip, « Gang », était l’occasion parfaite pour lui poser quelques questions sur son style atypique, ses influences américaines, la scène rap en Belgique et ses projets à venir.

Noisey : H24 a eu un succès critique relativement important. Tu t’attendais à avoir autant de retours positifs, notamment de la part du milieu rap ?
Hamza :
Je m’y attendais … un petit peu, mais sans trop savoir si ça allait fonctionner. En tout cas, c’était le but. L’idée était vraiment de faire parler de moi, et d’avoir une carte de visite à présenter.

Avant ça, tu avais sorti une première mixtape, Recto Verso, quasi dans l’anonymat.
Exactement. C’est un vieux projet … même s’il n’a que deux ans. Je n’étais pas dans la même dynamique qu’aujourd’hui.

Tu as un profil assez unique dans le paysage rap francophone, en gros, tu parles 90% du temps de flingues et de chattes, mais de manière élégante. Est-ce que l’étiquette –que l’on va forcément te coller- de Nate Dogg francophone te sied ?
Ouais, bien sûr, je vois pourquoi on peut me comparer à ce genre d’artiste. Il chante sur des rythmes pop, en conservant un discours … un peu moins pop. J’accepte cette étiquette, même si je me sens plus proche de Young Thug que de Nate Dogg.

Young Thug, c’est un peu LA référence de tous les rappeurs en ce moment.
Young Thug, c’est… la partie visible de l’iceberg. Mes influences du moment, c’est tout ce qui vient d’Atlanta. Donc Young Thug, forcément, mais aussi Future, ou d’autres. Il y a un vrai délire là-bas, ça me parle énormément. Du chant et des paroles salaces sur des prods très modernes … Je kiffe !

C’est quelque chose qui n’existe que sporadiquement dans le rap francophone, tu penses avoir une place à prendre sur ce créneau ?
Il y a des jeunes qui commencent à entrer dans ce délire, par exemple j’ai découvert PNL récemment, je sais pas si tu connais…

Haha, ouais ouais.
Bah eux, ils ont ce côté un peu « chantonné » tout en racontant des trucs sales. Donc oui, le créneau n’est pas encore totalement installé en France, mais ça vient petit à petit. Si je bosse bien je peux devenir le patron de ce style ! [Rires]

D’ailleurs tu te considères plutôt comme un rappeur, ou comme un chanteur ?
Les deux. J’appelle ça du rap-chant, tout simplement. Je me sens à la fois pleinement rappeur et pleinement chanteur.

Le chant t’est venu naturellement ou tu as pris des cours ?
Nan, j’ai jamais pris aucun cours … C’est vraiment quelque chose qui me vient comme ça, j’ai toujours été quelqu’un de très mélodieux. Au début, c’était même pas du chant, je rappais en chantonnant à peine. Et petit à petit, je suis entré dans le délire du chant, et j’ai décidé de m’investir à fond.

Du coup, sur toute ta mixtape, tu utilises vraiment très peu d’autotune, c’est ta voix naturelle tout le long en fait.
Il y en a toujours un peu, mais c’est super léger. Par moment, on ne le remarque pas du tout.

À aucun moment t’as eu envie de jouer avec cet instrument, créer des effets ?
Non, parce que je trouvais que ça fonctionnait bien comme ça. Et à l’avenir, je pense continuer dans cette direction, toujours sur le chant, dans le style de ce que t’as pu entendre sur H24.

C’est également toi qui t’occupes de la majorité des prods.
J’en ai fait une quinzaine, et pour les autres j’ai surtout bossé avec des mecs d’ici. Il y a plusieurs prods de Ponko, un jeune beatmaker bruxellois avec qui je traine souvent. Il y a aussi quelques prods des mecs de Street Fab, un groupe de producteurs belges.

C’est plus pratique d’être à la fois producteur et chanteur ?
Je suis quelqu’un qui aime créer toute la chanson dans sa tête. J’imagine la mélodie, le refrain, l’ambiance … c’est un délire ! Et à mes débuts, comme je ne composais pas encore, je ne trouvais pas les instrus qui correspondaient à ce que j’avais imaginé. C’est cette situation qui m’a presque forcé à passer au beatmaking. Et depuis que je sais faire mes propres prods c’est magnifique, ça m’apporte énormément. Tu composes tes propres cocktails, en choisissant tous les ingrédients, c’est parfait.

En fin d’année, tu devrais apparaître sur l’album commun d’Alkpote et Sidisid, Ténébreuse musique. Comment s’est faite la connexion avec eux ?
Alkpote m’a contacté via Snapchat, en me disant qu’il avait kiffé ma mixtape. Ensuite il a pris mon numéro, m’a appelé et on a discuté un peu. Il m’a dit qu’il était en train d’enregistrer cet album, et m’a proposé de faire un refrain. Il m’a envoyé la prod, j’ai enregistré, il a kiffé. Ca s’est passé très simplement en fait.

Excepté Alkpote, est-ce qu’il y a d’autres noms en France avec qui tu aimerais collaborer ?
Je suis prêt à collaborer avec tout le monde, du moment que la musique me plait. A partir du moment où il y a un feeling musical, je me pose aucune barrière.

Est-ce qu’en tant que belge, tu considères qu’il est plus difficile de se faire un nom dans la musique française ? Ou est-ce qu’aujourd’hui avec Internet la question ne se pose ?
C’est vrai qu’avant internet, c’était beaucoup plus difficile. C’est une réalité. Et même ici, en Belgique, on n’a jamais vraiment eu de marché musical, et à plus forte raison dans le rap. Internet, ça a tout changé. On a une nouvelle génération qui commence à sortir du lot, et à faire parler d’elle à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Sans Internet, ça n’aurait jamais été possible.

Pour un Français qui voudrait découvrir la scène belge, tu peux citer quelques noms de rappeurs à écouter en priorité ?
Il y a beaucoup de très bons artistes chez nous, je pense par exemple à Jones Cruipy, du groupe Dog Empire. Il y a aussi le collectif New School, que Soprano semble avoir pris sous son aile. Après … y’en a tellement, il suffit de vouloir s’y intéresser un petit peu.

H24 est proposée en écoute et téléchargement gratuit. La mixtape gratuite est un format qui fonctionne aux Etats-Unis depuis bon nombre d’années, mais qui n’existait quasiment pas en France avant l’année dernière. C’est quoi l’intérêt pour un artiste ?
Si t’es un jeune artiste, mais que tu n’as pas de maison de disques, de label, ou juste de connexions pour distribuer ta musique, c’est le moyen le plus simple pour qu’on t’écoute. Tu balances ça sur Internet, dans le format qui te plait. Ensuite, soit les gens kiffent, soit on te zappe. C’est vraiment un fonctionnement super simple, toutes les démarches sont simplifiées au maximum. Et puis aujourd’hui, il y a un vrai marché des mixtapes. C’est devenu un format très sérieux, certaines mixtapes sont aussi carrées que des albums. Je suis content que ça commence à fonctionner en France, ça manquait.

Tu prépares des nouveaux trucs ?
Oui, le prochain est déjà prêt. Je ne peux pas encore donner de date, mais le projet est terminé. Je prépare un dernier clip pour H24, et après je passe à la suite.

Ce sera encore une mixtape ?
Oui, mais je ne sais pas encore si elle sera distribuée de la même manière que la première, c'est-à-dire gratuitement via Haute Culture. Je pense passer par les services de streaming comme Spotify, Deezer, etc.

Ok. Merci Hamza.
Merci ma gueule !

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