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Music by VICE

Aucune B.O. d'anime n'arrive à la cheville de celle de « Cowboy Bebop »

Comment Yoko Kanno & The Seatbelts ont crée une des bande-son les plus incroyables de ces 20 dernières années, à mi-chemin entre blues, bossa nova, heavy metal, jazz et J-pop.

par Elijah Watson
25 Février 2016, 10:45am



Cowboy Bebop. Le simple fait de prononcer ces deux mots devant n’importe quel fan - hardcore ou occasionnel - d'animes suscite généralement l’enthousiasme de son interlocuteur. Depuis la diffusion du dernier épisode en 1999, Cowboy Bebop est considéré comme une référence absolue, un summum du cool en la matière, s'affranchissant des conventions de l’anime japonais pour s'inspirer de la fiction occidentale. Sans compter qu’il donnait à voir un monde de science-fiction particulièrement crédible.

Cowboy Bebop, c'est 26 épisodes mélangeant allègrement film noir, film d’action, série B et science fiction, au long desquels on suit une bande de chasseurs de primes passant leurs journées à courir après des petits escrocs ou des gros bonnets du crime organisé. Une intrigue derrière laquelle se dévoile la véritable histoire de la série : celle d'une poignée de gens (et un chien) qui essaient de comprendre leur passé et de s’en émanciper, pour l’empêcher de guider leur vie présente et leur avenir. Bref, un commentaire sur la solitude, emballée dans des scènes d’action ultra-énergiques, des plans cadrés au millimètre et les ramen les plus appétissants jamais filmés.

Toutefois il existe un autre aspect de Cowboy Bebop , souvent cité, mais qui ne bénéficie pas des mêmes analyses : la bande-son. On commence à regarder Cowboy Bebop pour son histoire captivante et complexe, mais on se laisse très vite avaler par sa B.O. : blues, bossa nova, heavy metal, jazz et J-pop, que des tubes ! Une collection musicale hyper éclectique qui donne un vrai plus à la série. La scène de combat entre le anti-héros Spike Spiegel et le dealer Asimov Solensan, par exemple, ne serait pas du tout la même sans le jazz hard bop de « Rush » qui joue en fond. Et bien sûr il faut citer « Tank », la chanson désormais célèbre du générique : un jazz percutant qui est aussi important que la série elle-même.

Derrière la B.O. de Cowboy Bebop, on trouve Yoko Kanno, une compositrice et musicienne qui s’était fait connaitre en 1994 pour l’écriture de la musique de l’anime Macross Plus. En associant des éléments de breakbeat, de musique orchestrale, de techno et de musiques non-occidentales, Kanno a prouvé sa capacité à mélanger les genres pour en faire une oeuvre cohérente et n’a eu de cesse d’améliorer son talent depuis. Elle a composé la musique d’autres animes comme Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, The Vision of Escaflowne, et Wolf’s Rain, et a également produit la chanteuse-actrice japonaise Maaya Sakamoto. Mais Cowboy Bebop est un monde en soi.

La conception de la musique de Cowboy Bebop a commencé bien avant que l’anime ne voit le jour. « Les graines de cette B.O. ont été semées au collège et au lycée, où je faisais partie de la fanfare », dit Kanno dans une interview à Red Bull Music Academy en 2014. « Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui, mais à l’époque toutes les chansons que les élèves devaient apprendre étaient ringardes, alors j’ai décidé d’écrire et jouer mes propres compositions. Ce qui ne m’a pas empêché de rester en partie frustrée de ne pas comprendre pourquoi tout le monde était si content de jouer de la musique pas cool. Moi je voulais jouer de la musique de fanfare qui te remplit, te réchauffe, et te rend taré. »

Après avoir été recommandée auprès de Victor Entertainment, Kanno a rejoint Shinichiro Watanabe, le réalisateur de Cowboy Bebop, et a débuté l’écriture de la B.O. de la série. Watanabe a commencé la réalisation de la série en utilisant les premiers morceaux que Kanno avait faits, et a ainsi continué à utiliser sa musique pour le reste de la série. « Il y a des fois où, pour écrire de nouvelles scènes, j’ai puisé mon inspiration directement dans les nouvelles chansons de Yoko que j’écoutais », a confié Watanabe dans une interview à Toon Zone en 2013. « Puis elle-même s’inspirait des nouvelles scènes que j’avais créées, et elle revenait me voir avec encore plus de musiques. C’est donc ce jeu de va-et-vient incessant entre nous deux qui a permis de développer à la fois la musique et les images de Cowboy Bebop ».

La musique de Cowboy Bebop est créditée Yoko Kanno and The Seatbelts, du nom de l’ensemble que Kanno a engagé pour interpréter la musique de la série. Composé de musiciens originaires du Japon, de New York et de Paris, le groupe a joué de tout : ballades acoustiques, blues, bossa nova, country, musique électronique, funk, hard rock, hip-hop, jazz, samba, etc. Bien que The Seatbelts soit un big band, le groupe a accueilli des chanteurs occasionnels comme Mai Yamane, Soichiro Otsuka, Steve Conte (guitariste des New York Dolls de 2004 à 2010) et Gabriela Robin (un pseudonyme de Yoko Kanno).

En tant que leader de The Seatbelts, Kanno a créé un univers sonore gigantesque et varié pour illustrer le monde de Cowboy Bebop. Il n’y a quasiment pas une scène qui n’ait sa propre chanson, ce qui lui confère une ambiance et un rythme qui absorbent complètement le téléspectateur. Que ce soient les accords de guitare acoustique qui accompagnent Spike dans sa glande quotidienne, ou l’air de saxophone léger et sévère qui traîne au fond d’un bar, la musique donne un semblant de réalité immersive, et accentue les thèmes d’existentialisme et de solitude qui sont la marque de fabrique de la série.

La musique est rarement, voire jamais, le centre de l’attention des animes. Les séries japonaises, contemporaines ou anciennes, ont tendance à considérer la B.O. comme un élément d’arrière-plan, et utilisent généralement de la J-pop ou du rock, uniquement pour les séquences d’ouverture ou de fin. Même une série comme Angel Beats, dans laquelle la musique joue un rôle clé (un faux girl group baptisé Girls Dead Monster joue dans tous les épisodes), a cédé à la J-pop et au rock répandu dans les autres animes. La B.O. de Cowboy Bebop, elle, est brillamment variée et efficace, et la relation de la musique avec les images est d’une pertinence rare : chaque médium improvise sur l’improvisation de l’autre, attirant tour à tour l’attention.

Notion plus importante encore : la B.O. rend Cowboy Bebop plus cool qu’il ne l’est déjà. Il y a une certaine classe dans cette série, qui ne provient pas uniquement de son style visuel ou de la structure de son récit, mais bel et bien de sa musique. Niveau direction artistique, Kanno est à la hauteur de Kanye West : elle est douée d’une vision si hétéroclite et ambitieuse qu’elle n’a aucun mal à obtenir la crème de la crème des musiciens pour réaliser ses idées. La transition entre les genres est à la fois fluide et cohérente. Il est facile d’entendre que les musiciens qui forment The Seatbelts ont une grande admiration, reconnaissance et respect pour tous les genres de musique. Le résultat final ressemble à une playlist d’iPod en mode shuffle, sauf qu’elle est étonnamment parfaite. On y trouve le groove entraînant de « Mushroom Samba » tandis que Ed poursuit un homme en possession de champignons psychédéliques, la mélancolie de « Call Me Call Me » alors que Faye fait le point sur son passé et, bien entendu, la coolitude de « The Real Folk Blues » quand Spike rejoint le gang de Vicious. Chanson après chanson, scène après scène, rien ne sonne faux.

La B.O. de Cowboy Bebop est comme la série : innovante, variée et intemporelle. La singularité du son de Yoko Kanno n’a rien à envier à un DJ Mustard, en ce sens qu’on reconnait immédiatement sa patte dans la musique d’une série. C’est elle qui « fait le game » des B.O. d’animes : comme musicienne, elle ne cesse de se diversifier et d’associer des ambiances parfois étonnantes, avec une réussite totale. Son travail sur Cowboy Bebop en restera la preuve. Sérieusement, essayez d’imaginer cette série sans la B.O. de Yoko Kanno. Impossible. Ce serait comme Reservoir Dogs sans « Stuck In The Middle With You », Garden State sans « Such Great Heights » ou Spring Breakers sans « Scary Monsters and Nice Sprites ». La musique et l’évolution de Cowboy Bebop sont allés de pair, et s’il y a bien une chose à retenir de la collaboration entre Kanno et Watanabe, c’est la force de la musique et son influence. Kanno and The Seatbelts a donné à la série ce petit plus dont elle avait besoin, ce dernier ingrédient indispensable pour en faire l’un des meilleurs animes de l’histoire.

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