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On est allés voir Die Antwoord et Inquisition. En même temps.

Première double team de 2015. Tout pour Satan.
3.2.15

Mercredi 28 janvier avaient lieux deux concerts frappés de la marque de la Bête : Die Antwoord au Zénith de Paris (le groupe zef-rap tropabusé d'Afrique du Sud) et Inquisition au Divan du Monde (le duo black metal américano-colombien et maudit). La palme du flyer le plus laid revenant haut la main à Nous Productions. Et bien évidemment, nos reporters de terrain Félix (Die Antwoord), François et Sébastien (Inquisition) étaient présents à ces deux dates. Les photos d'Inquisition sont de Melchior Ferradou-Tersen / Les photos de Die Antwoord sont de Félix Macherez et Sonia Lounes.

Un fan évident de musiques extrêmes.

PUBLIC

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Die Antwoord : Public jeune de 18-27 ans. Possiblement lecteurs de Neon Magazine. Mélange de fans inconditionnels qui portent fièrement le mulet (2 % - à ne pas confondre avec les fans de Salut C'est Cool), fans petite bite qui arborent simplement le T-Shirt du groupe, et majorité de simples « ZEF kiffers ». Une meuf rousse avec un T-shirt « I don’t give a fuck avec ma bande de salopes » à côté de moi dans la fosse me dit qu’elle a acheté son billet 100 balles au marché noir, ce qui la fait directement passer dans la catégorie fans inconditionnelles. Présence du sexe féminin : 45 %. Niveau de satanisme : 9 %. Taux de Charlie : 72 %.

Inquisition : Loin de moi l’idée de mettre des étiquettes à l’heure où le clivage droite-gauche est dépassé par la recomposition du vote ouvrier et où l’Europe de Bruxelles piétine chaque jour une souveraineté nationale pour laquelle je me bats à chaque fois que je demande de la béarnaise dans mon kebab, mais force est de constater que le public d’Inquisition est sans doute plus Martel que Charlie. D’ailleurs, chaque morceau comportait exactement 732 coups de double pédale, je les ai comptés en pleurant pendant que les cheveux du fan de Peste Noire juste devant moi fouettaient mon visage d’enfant de Jack Lang.

ENTRÉE EN MATIÈRE

Die Antwoord : Un chant d’opéra sort des enceintes. La scène reste voilée. Médine entre en scène pour la deuxième partie de la soirée. Non je déconne. Après l'entracte de 45 minutes, avec la foule qui crie à chaque fois que le rideau frissonne, ça commence à faire un poil long. Le rideau s’ouvre enfin. Les lumières flashent. T'as le ticket chic ? J'ai le ticket choc ! Les gens font claquer leurs mains et crient. DJ Hi-Tek entre sur scène dans un survet’ orange de bagnard. No offense. Sa capuche portée sur le haut du crane fait ressortir son masque. Il s’installe aux platines. Après un beat solo, Yo-Landi puis Ninja débarquent sur scène dans la même tenue que leur DJ.

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Inquisition : De la musique à consonance religieuse en guise d'introduction. Chants grégoriens ? Ou peut-être un extrait du dernier Era ? Difficile à dire, je n'ai pas assez fréquenté les Games Workshop dans mon adolescence pour être en mesure de faire le distingo. On switche sans transition à l'ambiance « Pique-nique à Sarajevo circa 92 » dès que la double pédale commence à cracher.

TENUES ET SPECTACLE

Die Antwoord : Ils changent de tenues tout au long du live pour s’habiller comme dans leurs clips. Tout pour l'entertainment. Joggings amples, torse nu, caleçon Pink Floyd pour l'homme, mini-short brillant pour la femme. Classique. Deux danseuses les accompagnent, elles changent de costumes toutes les deux chansons environ. La musique se déplace dans chacun de leurs organes, qu’elles arrivent d'ailleurs à bouger séparément – avec une façon déliée mais contrôlée type Antonio Sanchez à la batterie. Elles twerkent. Un ange passe. C’est beau. Yo-Landi les suit. Sociologiquement, leur performance se situe entre la folie d’un couple white-trash sous cocaïne, la puissance d’un démon trisomique et la beauté d’un mouton noir.

Inquisition : Corpse Paint, pantalon en cuir, petit bidon et rangers à sangles : prise de risque vestimentaire proche du néant. Je pense que si j’avais 50 ans et que je devais faire semblant, chaque soir, de découvrir le Nécronomicon et que mon père m’a abandonné, je me ferais pas chier non plus. Et puis qui a envie de se saper pour des mecs catogan ? Les CRS à Sivens, peut-être ? Les troubadours de la post-droite cacheraient-ils en réalité une sensibilité décroissante ? Alain de Benoist rejoindra-t-il Wolves in the Throne Room au mercato ? En attendant, Dagon semble prendre grand soin de ses cheveux, et ça c'est un bon point.

Des fans de Die Antwoord.

AMBIANCE

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Die Antwoord : Casse-toi avec ton swag. La tactique de Die Antwoord c’est de faire ce qu’ils veulent. Ils peuvent tout se permettre et ce qu’ils décident de faire passent toujours bien. La barrière du mauvais goût n'en est plus une. Les gens dansent et sautent. La meuf devant moi vomit et continue à danser. Le petit groupe devant elle patauge dans la gerbe, mais danse quand même. Ambiance frénétique, limite free-party. Un mec à ma droite me tape sur l’épaule et me demande si la fumée me dérange. Je lui mets un pain ? Non. Je choisis de me rapprocher de la scène. L’énergie s’intensifie. Ça brûle.

Inquisition : Un peu de tension quand un mec hurle « Ceux qui portent des t-shirts Marduk c'est des trous du cul » (sic). Mais rien qui ne s'apaise très vite dans un pit de taille raisonnable. Les agents de sécu éjectent vigoureusement les mortels qui tentent d'approcher d'un peu trop près la fière crinière de Dagon. Un citoyen du monde vient frotter ses grosses dreads dégueulasses sur mon bras avant d'arracher la clope des mains d'une fan colombienne. Elle ne comprend pas pourquoi on ne peut pas fumer à l'intérieur, au pays des Droits de l'Homme. Le niveau de Charlisme est au plus bas, et là-haut, à la droite de Jah, Charb verse une larme.

Laibach-surprise ? Non, Blackdeath, le premier groupe de la soirée.

SCÉNOGRAPHIE

Die Antwoord : Le gourou spirituel du groupe des rednecks sudaf' est présent lui aussi : les dessins de Roger ornent les colonnes des murs et la table du DJ. Un Richie Rich gonflable déambule sur la gauche de la scène. Il fait trois mètres. Sa queue aussi. Sur l’écran, des images défilent – clips, bites, dessins, etc. Peu importe, on a les yeux fixés sur le live. Oui, sur le live.

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Inquisition : Un unique drapeau aux couleurs du groupe et deux énormes stroboscopes tournés face au public, parce que les épileptiques ont eux aussi le droit de headbanger. Dagon est hyper seul, debout face à son micro, sur le devant de la scène. Métaphore d’une « scène des musiques extrêmes » qui reste assez hermétique au concept de retraite par répartition ? La mise en scène est relativement spartiate, on est en droit de questionner l'utilisation des lumières roses à outrance mais après tout pourquoi pas, gardons un esprit ouvert. Mais pour revenir aux drapeaux de groupes, comment se fait-il qu'ils soient toujours impeccables et sans un seul pli ? Les roadies sont-ils de corvée de repassage avant chaque concert ? Si vous avez plus d'infos, merci de nous contacter.

POINT MUSIQUE

Die Antwoord : Quasiment tous leurs morceaux sont des tubes, donc quasiment tout marche – les gens aiment scander les (seules) paroles qu’ils connaissent – en gros, les trucs en anglais. Si t’aimes leur musique, vas les voir en live. Le constat se devait d'être fait.

Inquisition : Au même titre que Chevalier et Laspalès, Inquisition est un duo, alors vous imaginez bien qu'il faut faire beaucoup, beaucoup de bruit pour occuper la scène - même minuscule – du Divan du Monde. De ce côté là c'est mission accomplie. Les légendaires coassements de Dagon sont à double tranchant : dans les meilleurs moments on se retrouve plongés dans le ventre de la Bête lors d'une soirée tacos. Les pires moments évoquent quant à eux un concert de didgeridoos dans un rectum. Plus globalement, on ne va pas se mentir : au-delà de 30 minutes, un concert de trve black abolit progressivement la notion même de temps, transformant l’auditeur en Sisyphe luttant en vain pour préserver ses tympans et atteindre la porte des chiottes sans se faire crever un oeil par un bracelet à pointes. Si tes morceaux durent 10 minutes et que tes rangers montent au-dessus de ton tibia, déconne pas : joues-en trois et fous-nous la paix.

FINAL

Die Antwoord : Final attendu. Ils ont quitté la scène sur un gout d’inachevé pour le public qui a crié laï laï laï laï pour les faire revenir. Je boycotte les rappels, c’est le bon moment pour aller pisser. J’entends « Enter the Ninja » depuis l’urinoir. Exactement là où il faut être pour l'apprécier.

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Inquisition : Était-ce « Embraced by the Unholy Powers of Death and Destruction » ? Ou alors « Where Darkness Is Lord and Death the Beginning » ? Non, après mûre réflexion et consultation de setlist.fm, je pense qu'en fait le concert s'est terminé sur « Infinite Interstellar Genocide ». En tous cas, les lumières se rallument très vite et à 22h30 tout est plié. Juste à temps pour pouvoir regarder Jour de Foot avec Maman.

Félix Macherez est sur le world wide web.

Sébastien et François sont les Chevalier et Laspalès de Twitter.