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Démerdez-vous avec ça : Dave Mustaine a joué avec l'orchestre symphonique de San Diego.

Le leader de Megadeth a tué Vivaldi quatre fois en deux heures.
15.4.14

Ça devient vraiment hyper dur de trouver Dave Mustaine sympa. Ces dernières années, le légendaire frontman de Megadeth s’est transformé en un genre de Jean-François Copé à cheveux longs. Sortant tout un tas de conneries à n’importe quel journaliste muni d’un magnétophone, il s’est ramassé un paquet de

haters

en donnant son opinion sur des sujets aussi brûlants que la théorie de l’évolution, l’authenticité du certificat de naissance de Barack Obama, et en livrant, hum,

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sa solution pour réguler les naissances en Afrique

. Tout ça est suffisant pour avoir envie de rire de la moindre crasse qui peut lui arriver. Et si vous aviez vu la performance qu’il a livrée à San Diego samedi dernier, vous vous sentiriez juste navré pour le type.

Parce que : bordel que c’était MAUVAIS. Mustaine est tout simplement passé pour un crétin devant 2000 fans de metal et amoureux de musique classique, en jouant au Copley Symphony Hall de San Diego (archi-complet, après une promotion gigantesque), aux côtés de l’orchestre symphonique de la ville – en tant que « soliste invité » - qu'il a gratifié d'un flot ininterrompu de pignolades guitaristiques qui ressemblaient franchement à un hommage aux fameux

« Shreds » de YouTube

.

Le concert, baptisé « Symphony Interrupted », a fait un buzz considérable sur les blogs metal et dans les médias locaux. L’idée de combiner un artiste metal et un orchestre symphonique n’a rien de nouveau (Deep Purple, Dream Theater, Yngwie Malmsteen et les ex-potes et rivaux de Mustaine, Metallica, l’ont tous fait), mais beaucoup étaient curieux de voir comment Mustaine s’en sortirait dans ce milieu ultra-select. Allait t-il se tauger total comme sur son désatreux dernier album,

Super Collider

? Ou surprendrait t-il son public en

shreddant

comme un Dieu avec technique et émotion ?

La réponse ne s’est pas faite attendre samedi après que le chef d’orchestre Ken-David Masur ait chauffé la foule sur l’air du « Carnaval Romain» de Hector Berlioz. Mustaine – natif des environs de San Diego – a pénétré dans la salle en smoking complet et nœud papillon. Il a lancé les hostilités avec une interprétation pour le moins maladroite du « Air » de Bach, claquant un méchant pain alors qu’un ensemble de 28 cordes le rejoignait. Sous la finesse de l’orchestre, on pouvait très clairement entendre chaque raté et chaque larsen de la Flying V de Mustaine, donnant une embarrassante impression de cacophonie à l’ensemble.

Les choses ne se sont pas arrangées lorsque Mustaine s’est assis pour jouer des passages des

Quatre Saisons

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de Vivaldi. Composée en 1723, l’œuvre de l’italien est en gros l’équivalent d'un

Greatest Hits

de la musique classique, et je suis sûr que les membres de l’orchestre pourraient la jouer en entier pendant leur sommeil. Mais ça reste un challenge, surtout pour un musicien autodidacte comme Mustaine, et sa tentative malheureuse de caler le fameux climax de l’« Eté » et son orage tonitruant a tourné au vinaigre à mesure où il s’embourbait dans des couches de riffs gênants. Un peu plus tard, lorsqu’il a joué le premier mouvement de l’« Hiver », les aigüs faussés de sa guitare juraient douloureusement juré avec la subtilité des cordes de l’orchestre.

Après l’entracte, Mustaine a pris une longue pause au cours de laquelle il a laissé Masur diriger l’orchestre, le temps d’une sublime interprétation de la

Symphonie du Nouveau Monde

d’Antonin Dvorak. Ironiquement, ce fut la partie la plus intéressante du spectacle, sauf peut être pour un type du public, qui, durant l’un des passages les plus calmes du morceau, a hurlé « OU EST DAVE ? ». Evidemment, Dave est revenu pour un medley de l’hymne de Megadeth « Symphony of Destruction » et de « La Chevauchée des Walkyries » de Wagner, concluant le spectacle avec un salmigondis de solos tous plus confus les uns que les autres.

Être un

shredder

du thrash-metal ne veut pas automatiquement dire que tu peux te mesurer aux Grands Maîtres, ça on le sait. Pourtant, malgré toutes les boulettes de Mustaine, la plupart des spectateurs – un mélange de public classique distingué et de fanatiques de Megadeth – est resté très poli et digne, applaudissant chaleureusement à la fin de chaque partie. Peut-être était-ce finalement suffisant que Mustaine se pointe au milieu de cet orchestre et fasse son truc, même si c’était vraiment affreux.

Peter Holslin aimerait carrément entendre une version orchestrale de

Rust in Peace.

Il est sur Twitter - @peterholslin