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Meatdog est le skinhead le plus taré de Melbourne

Lasers, seringues, prostitution, crimes en série : bienvenue en Australie !
10.2.14

J'ai connu Meatdog via le premier numéro de son fanzine Groin Gravy ; une vraie claque, un mélange de sauvagerie, d’ultra-violence, de gratuité, de sexisme, de misanthropie et de chroniques de bons disques. Les lyrics de « Banana Nut Cake » y étaient même transformées en recette porno. Ça valait son pesant de cacahuètes. Après des échanges de courriers, emails et fanzines, j'ai appris à connaître le personnage auteur de tout ce foutoir. Un gentleman un peu cinglé (straight edge et bien plus fun que toi) avec une tronche à te faire changer de trottoir, tatoué des pieds à la tête (tête sur laquelle on trouve une araignée et un putain de X). Après un premier groupe oi!, Reckless Agression, Meatdog a fondé Gutter Gods avec ses potes accrocs à la meth ; un mélange de space-core weird et noisy, entre Mayhem et YDI, appuyé par des shows à base de lasers. Il nous présente sa ville, Melbourne, ses copines prostituées et tout un tas d’autres trucs dégueulasses - et tous les dessins sont de lui.

Ce thème « hardcore futuriste » que vous avez mis en place avec Gutter Gods est intéressant. Les lasers verts aux concerts, l'artwork… Tu peux nous en parler ?
Ça vient juste de mes visions. La musique me permet d'une certaine façon d'évoluer dans des vies imaginaires, c'est une expérience euphorique, elle change la vie. C’est à l’image des clubs rave underground d’avant, tout est une question de feeling. La musique punk est juste un feeling, et on essaie de transmettre ça. Je veux emmener mon esprit loin d'ici mais j'ai aussi envie de montrer aux gens ce que j’ai dans la tête. C’est maintenant ou jamais.

Tu veux leur montrer quoi ? Tu parles de quoi dans tes lyrics ?
J'écris sur ce que je connais, surtout l'isolement et la haine de la vie. Toutes ces putains d’illusions. Je n'ai aucun but en tête, je vis ça comme une catharsis pour me purger de toutes ces émotions négatives. Mais ça ne me rend pas plus heureux de jouer en fait, c’est simplement un cycle d'énergie négative. On se marre souvent parce que les gens sont mal à l’aise après nous avoir vu en concert, genre « on est allé voir Gutter Gods et c'était la pire soirée de ma vie… Ce groupe est vraiment à chier ».

Vous avez déjà dû annuler des dates ? Personne ne vous a jamais cassé la gueule aux concerts ?
Non, on n'a jamais rien annulé et personne ne m'a jamais frappé à un concert parce que les gens sont faibles. Mais, ouais, des gens disent de la merde, mais qu'est-ce qu'on en a à branler ? La derrière connerie en date, c'était ce gamin, ce petit gars qui a pris le micro et qui a dit que j'étais raciste et homophobe et sexiste et d'autres merdes. Je ne pouvais même pas entendre ce qu'il braillait tellement la sono était niquée. Puis son groupe arrive et fait une reprise de « We Hate You » de Rupture. Nan, mais t’es sérieux mec ? Arrête de faire chier et d'être aussi con. Bref, tout ça à cause d’un graffiti où je me foutais de la gueule du chanteur de Pisschrist, ce soi-disant anarchiste qui est en fait un businessman. Ah, et un blaireau coincé, qui a aussi dit une fois qu'il ne nous ferait plus jamais jouer parce que j'avais ramené des têtes de porcs et du barbelé à un concert de métal, et qu’ils s’étaient tous sentis offensés… Hahaha. Voilà la ville dans laquelle je vis.

Elle sort d’où cette photo avec la prostituée qui se fout une de vos cassettes dans le cul ? Vous trainez souvent avec des putes ?
J’ai rencontré cette pute en sortant graffer, on a posé ensemble, et elle en a profité pour fourrer ma démo dans son cul. J'ai dû attendre qu'elle tope son héroine pour avoir d'autres photos. Elle s’appelle Parris, c'est pas vraiment une dure. D'un coup elle est devenue parano et m'a demandé si elle pouvait peser sa dope dans ma caisse. Donc, je l’ai conduit à un spot plus bas dans la rue, elle l'a pesé et se l'est shootée devant moi. C'était étrange mais j'ai pu faire quelques photos cool. Elle m'a demandé de toucher son dos pour que je sente sa chair de poule due à la montée d'héro, enfin bref. J’avais tellement la frousse de me faire piquer par l'aiguille qui trainait par terre que je voulais juste me barrer en vitesse.

St Kilda, c’est la zone où traînent toutes les prostituées, un quartier où j’adore me promener tard la nuit. J'suis vraiment dans ce délire de me balader dans les rues la nuit et de faire des graffitis de merde. J'ai toujours été fasciné par les putes. J'adore l'idée de se faire sucer en l’espace de quelques secondes dans une ruelle. C’est comme le fast food, la société a tout d'un immense fast food. Des bagnoles circulent sans cesse dans le coin, ça cruise à fond, des gars font des allers et retours en cherchant de la chair fraiche. Ceci dit, il y a eu une baisse considérable de la prostitution dans le quartier ces huit dernières années. Mais bon, les filles reviennent toujours, comme l'herpès, elles ont ça dans le sang. Pour beaucoup d'entre elles c'est le seul endroit où aller, les gens les connaissent, elles sont acceptées, désirées. Un peu à l’image des centres de jeunes pour les gamins ou les boxeurs, ou les concerts de punks pour les gens qui ont certainement plus en commun avec une prostituée qu'ils ne le pensent ou ne veulent bien l’admettre.

La prostitution de rue est légale en Australie ? Tu t’es fait des potes sur le trottoir depuis le temps ?
Je ne les connais pas personnellement non, je leur dis juste salut quand on se croise mais elles sont généralement assez ouvertes avec moi, et me racontent beaucoup de choses. J'ai été en contact avec des femmes vraiment brisées, après une vie très mouvementée… Certaines étaient déjà prostituées gamines. Une d’elles, qui a la cinquantaine maintenant, me racontait qu'elle était la proie des pédophiles, dans les tours HLM où elle a grandi ; il y en a énormément autour de la ville. On lui offrait vingt dollars pour branler des vieux dès l'âge de huit ans et elle est ensuite tombée dans la drogue, vers ses quinze ans, elle achetait des pilules type valium puis se réveillait dans des pieux différents à chaque fois. Elle voyait ces hommes s'habiller pour aller au travail et n'avait aucune idée de ce qui se passait. Elle a vogué de foyer en foyer, a connu la prison, a tenté de se suicider plusieurs fois, elle a des cicatrices énormes sur les bras…

Quand je lui ai parlé la première fois elle venait juste de se faire larguer et était de retour sur le trottoir après une longue pause. Elle cherchait juste de la compagnie, quelqu'un à qui parler. Triste. La plupart des putes sont très dures, prêtes à péter leur cable sur toi. Les meilleures sont toutes défoncées et dans les vapes, comme des zombies. La prostitution a été légale durant un temps à St Kilda, il y avait un centre dédié, mais y’a eu plein d’embrouilles, de viols, de violence. Vu la nature de leur travail, la police ne les aide pas vraiment. Il y a un autre centre près de chez moi, un endroit appelé Dandenoong, j’y suis jamais allé mais d'après ce que j’ai entendu, les filles là-bas se font harceler par les flics, ils les obligent à les sucer et volent leur fric pour qu’elles se tirent. Rappelle-toi ce passage génial de Bad Lieutenant où Harvey Keitel fait arrêter deux filles. Bah voilà.

Je crois que t’es fan des bouquins de la série True Crime. Tu m'avais parlé de cette affaire en particulier qui t'avait marqué, sur Shanda Sharer.
L’histoire de Shanda Sharer est vraiment crade. Ces filles étaient toutes tellement jeunes, certaines étaient dans le hardcore, dans la scène de crevards du début des années 90. True Crime, c’est toujours intéressant ; des tarés qui font des trucs tarés pour le fun et l'excitation. Si je me souviens bien, Shanda devait avoir douze ans, elle était très belle. Elle avait une relation lesbienne avec une autre fille. La fille qu'elle voyait avait une copine très jalouse, et son groupe d'amies en avait après Shanda. Un soir, elles l'ont emmené pour une virée en caisse. Les filles avaient entre 14 et 17 ans. Elles ont battu Shanda toute la nuit, sans répit, frappée avec des tuyaux, sodomisée avec un démonte pneu et à un moment elles ont essayé de lui trancher la gorge et l’ont brûlé vive. Un des détails les plus affreux : sa langue sortait et rentrait sans arrêt dans sa bouche pendant qu'elle brûlait. C'est un truc que j’ai toujours en tête, c’est très dur à oublier. J'ai vu des interviews des filles en question des années plus tard dans des émissions télé style Jerry Springer. Elles ont toutes gâché leurs vies, et pour quoi ?… L'amour lesbien doit être vraiment très fort.

T'as déjà entendu parler de Paul Denyer, le « Frankston Killer » ? Il était de Melbourne je crois. Il a tué trois femmes et a simplement dit à la police qu'il l'avait fait parce qu'il les « détestait ».
C'est un tas de merde. Il était assez gros et absolument pas effrayant en apparence, sa tête était toute mielleuse, comme une poupée. Je peux pas m'identifier à ce mec. Il a dû avoir des rapports très pauvres avec les femmes. Il en a tué une dans un cimetière, c'est la seule chose que j'ai apprécié dans cette histoire, c’est une mort assez cool. Oh, je crois que je me plante. Je pense à Peter Dupas, un autre tueur de Melbourne. C'est une merde, un ver insignifiant. Ce type d’ordure vit partout, dans chaque banlieue. Malgré ça, j'aime bien les bouquins True Crime parce que ça me fait ressentir ce truc en moi, ce plaisir malsain. J'adore les films comme Maniac et lire des histoires sur ce genre des personnages, mais en aucun cas ces types ne sont spéciaux.

Tu t'occupes de deux fanzines, Groin Gravy et Soapbox qui sont pour moi l'incarnation parfaite de ce qu'un zine hardcore devrait être : extrême, de mauvais goût, avec de l’humour noir. Quand as-tu commencé à écrire ?
J'ai commencé à faire des zines quand j'avais 17 ans, et c'était horrible. Je ne savais même pas comment faire une photocopie recto verso. Ca rendait tout pourri. C'était de la merde ultra militante vegan straight edge avec des chroniques de CD et des résumés de concerts. Je me souviens d’ailleurs d’une soirée à Brisbane où une grosse féministe, avec un T-shirt « Personality Liberation Front » ou un truc gay du style, m'avait pris la tête et me hurlait dessus à cause du zine ! Donc ça fait un moment que je sais à quoi m'attendre et où est ma place dans le hardcore. Une fois arrivé à Melbourne j'ai commencé un autre zine vraiment mauvais appelé You Are Wrong. Je l'avais juste photocopié pour quelques potes qui s’étaient bien foutu de ma gueule tellement c'était ridicule de s'énerver sur ce qui se passait dans la scène. Soapbox est né en 2005. C'était cool de pouvoir être en contact avec des groupes qui m’obsédaient. Mais c’est très frustrant de faire un zine, surtout quand tu dois attendre un million d'années pour avoir les réponses à une interview, quand au contraire, tu peux juste te trouver une machine à écrire et exploser les putains de concerts locaux, les disques ou ce que tu veux dans des chroniques. J’ai donc changé de formule et de nom, parce que je lisais White Trash, un vieux zine de Portland. Lutter contre l’ennui et la frustration, contre le status quo végétarien/féministe chiant instauré dans les 90s, et infiltrer le hardcore/punk, voilà quelles étaient mes motivations. Ça m’a permis de connecter avec pas mal d’autres personnes qui pensaient comme moi.

Tu mates beaucoup de pornos ? Quels sont tes films favoris, et ce que tu détestes ?
J’en regardais beaucoup avant, et puis ça m'a fatigué, c’était devenu une sorte de truc compulsif. Je me suis découvert une passion pour le porn des années 70, des films mortels comme The Farmers Daughters de Zebedy Colt. Ces films étaient écrits et tournés par de vrais réalisateurs qui voulaient percer dans le biz du vrai cinéma. C'est pour ça qu’ils sont bien meilleurs qu'un simple mélange de scènes de sexe qui n’a rien de plus à offrir. Les années 70 étaient vraiment l’âge d’or de l’expérimentation. Puis, après avoir vu Rinse Dreams Night Dreams et Cafe Flesh, la pornographie ne m’excitait plus. Cafe Flesh est une expérience unique. Récemment, j’ai chopé un film français tiens, avec cette meuf en train de sucer un mec en pleine forêt, et soudain, plein de clodos commencent à pointer leurs gueules, matent à travers les buissons, et à la fin, finissent tous par la baiser. Ça m’a rappelé la scène de viol dans Street Trash. Oh baby, j'vais jouir !

J’imagine que tu es branché Ozploitation aussi. T’aurais un film à nous conseiller pour découvrir Melbourne ?
Ouais, les films d'Australie et de Nouvelle Zélande ont définitivement un certain charme qu’on ne retrouve pas ailleurs. Ils ne sont pas du tout dans la séduction. Les films dégénérés sont un must, et si tu veux voir un truc excellent dans le style qui vient d'ici, check Pure Shit. Melbourne à son meilleur : des poursuites en bagnoles avec des skinheads, des safaris de tarés, des connasses accrocs au speed, des snipers qui défoncent tout !

C'est comment la vie à Melbourne ? Y'a de bons groupes locaux ?
Melbourne est en forme niveau punk en ce moment. On a une mini-scène bien à nous. Il y a Dribble (du rock'n'roll de cinglés à la Dead Boys, Rockets, Stooges, les mecs sont tous keuss mais ils te foutraient une patate en pleine gueule si tu les faisais chier), Leather Lickers (ils ont de bons refrains et du groove, rien à jeter, la démo arrive bientôt), Velvet Whip! (taré à mort !). Plus généralement, la vie ici est plutôt tranquille, c’est une ville facile à vivre, c’est facile de voler, facile de chiller. C'est un chouette endroit mais ça peut vite devenir chiant aussi. Les fans de musique ont tous l’air d’être dans le coma, mais au moins, il y a des tonnes de meufs bonnes à chaque concert !

En temps que skinhead qui a le bon goût de ne pas faire de politique, tu penses quoi de ce mouvement ? Qu'est ce qui t'as attiré là-dedans ?
J'adore traquer les enregistrements des groupes oi! de la première vague. J’adore ce truc crade, l'attitude, les fringues du début des années 80 en Angleterre. C'est la meilleure culture. La vraie oi!, pas les scooters ou le ska, la oi! de skinheads. J'en ai jamais rien eu à foutre d'appartenir à quelque chose en vogue, même si je me suis fait quelques potes skins au fil des années. Il y a trop de règles et de clichés dans ces cercles, pas assez de personnes qui pensent par elles mêmes ou qui ont une vraie personnalité. Ça n'existe plus aujourd'hui. C’est les 4 Skins qui m’ont fait tomber là-dedans et j'ai ensuite découvert qu’il y avait aussi des skinheads à Melbourne, et vu le niveau de détestation que les gens du hardcore et du punk ont toujours eu pour les skinheads, ça m'a encore plus attiré. Le fait de déménager à Melbourne a été un tournant.

Le premier album de Gutter Gods, Innersense, vient de sortir sur Cool Death Records, cliquez pour écouter.

Raph Gordon s'occupe lui aussi d'un fanzine extrême, Sex Before Suicide, dont le #4 devrait sortir d'ici 2015. Il chie volontiers sur Twitter.