Dix morceaux pour décoder l'énigme Drexciya

Il y a 13 ans décédait James Stinson, une des figures les plus importantes de la musique électronique. Retour sur l'univers mythologique qu'il a créé avec Drexciya et ses différents projets.

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05 Octobre 2015, 2:25pm


Il y a 13 ans décédait James Stinson, une des figures les plus importantes de la musique électronique. Plus connu pour le projet Drexciya qu’il menait avec Gerald Donald, Stinson a été un artiste prolifique, à l’origine de quelques-unes des productions techno les plus riches et flamboyantes jamais enregistrées. Principalement basées sur la technologie et son évolution, les musiques électroniques ont toujours été associées au futur et à ses possiblités, et donc à une forme d'inconnu. Drexciya est allé encore plus loin en créant une réalité alternative en milieu sous-marin et un système solaire parallèle, avant de leur offrir une bande-son. Le duo a commencé par produire une musique taillée pour le dancefloor, fidèle à la tradition techno de Détroit, avant de s’aventurer dans ces nouveaux mondes. Un créneau dans lequel peu ont réussi à s'aventurer avec autant de maîtrise.

Stinson a fourni très peu d'informations sur ses nombreux projets et n'a accordé que quelques rares interviews. Et ses fans, regroupés entre autres au sein du Drexciya Research Lab, n'ont de cesse de décoder les messages transmis par leur musique. L’insert de The Quest nous renseigne sur le mythe de Drexciya, une colonie établie dans les profondeurs marines qui aurait été fondée par les enfants d’esclaves africaines enceintes jetés à la mer. Une légende influencera une grande partie du travail du duo, musicalement et artistiquement.

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Elle influencera notamment l’un des aspects les plus intéressants du groupe : les « Storm Series », une collection de sept ou huit albums considérés comme des orages. Enregistrés dans un élan de créativité au tournant du nouveau millénaire, ces productions évoluent autour d’idées nouvelles, toutes marquées du style unique de Drexciya.

Le catalogue des productions de Stinson est si riche et si vaste, qu’il est difficile de savoir par où commencer. Je me suis donc attelé à la tâche difficile d’établir une sélection des 10 morceaux essentiels de Stinson, classés sans ordre d’importance, englobant aussi bien Drexciya que ses autres projets.

DREXCIYA - « Lake Haze »

Stinson a repoussé les frontières de l’électro comme personne et « Lake Haze » en est l’illustration parfaite. Ce morceau figure sur Harnessed The Storm, certainement mon album préféré de Drexciya, une production intimidante, dense et surnaturelle qui vous donnera l’impression d’être pris au piège de courants puissants dans le creux d’un océan impitoyable.

L.A.M. - « Toxic TV »

Balance Of Terror est l'une des premières sorties de Stinson et Donald, sous le nom de L.A.M (Life After Mutation), et dénote des origines du duo de Détroit. « Toxic TV » ne laisse aucun répit et même s’ils se sont écartés de ce genre de sonorités (à quelques exceptions près), c'est de là que provient le sentiment d’immersion qui hantera en grande partie de leur musique.

DREXCIYA - « Powers of the Deep »

Ce track se rapproche de « Lake Haze » dans la manière qu’il a de dépeindre le monde sous-marin que Drexciya a cherché à faire exister. Issu de leur incroyable album Grava 4, il vous emmène quelque part entre les recoins les plus sombres du cosmos et les profondeurs abyssales des océans. C’est l’échappatoire électronique absolu.

THE OTHER PEOPLE PLACE - « Sorrow & A Cup of Joe »

« Sorrow & A Cup of Joe » est un des derniers morceaux que Stinson a enregistrés. En s’éloignant de ses productions habituelles, il a en fait crée le morceau de deep house le plus relax et agréable jamais produit. Une voix répète « Only mochaccino, make me feel alright », seuls mots prononcés de ce track, dont l'impact émotionnel est pourtant énorme. Impossible de ne pas se laisser aller à son charme sans prétentions, presque bluesy. Et savoir qu’il s’agit de l’une des dernières productions de Stinson avant sa mort, le rend encore plus poignant.

DREXCIYA - « Neon Falls »

Après « Sorrow & A Cup of Joe », probablement un de mes morceaux préférés du tandem Drexciya. Un titre niché à la toute fin de l’imposant double-album The Quest — qui est, par ailleurs, le disque idéal pour se familiariser avec leur musique. Les synthétiseurs sont légers et aériens, mais ils sont contrebalancés par un pattern de batterie efficace et percutant. C’est un des tracks les plus euphoriques jamais enregistrés par Drexciya. C’est aussi un morceau sur-mesure pour les drexciyans insomniaques, arpentant les océans.

ELECKTROIDS - « Midnight Drive »

« Midnight Drive » est issu de l’album Elektroworld sorti en 1995, et pourrait être le précurseur des sonorités qu’explorera Stinson avec The Other People Place. Même si l’identité de la personne à l’origine de l’album reste inconnue — tout le crédit allant à Elecktroids — la patte de Stinson est évidente et omniprésente, de la mélodie jusqu’aux voix.

LAB RAT XL - « Lab Rat 3 »

L’album posthume Mice Or Cyborg, sorti en 2003 sur lequel les tracks n’ont pas de titre, a été enregistré par Stinson peu de temps avant son décès. Même selon des standards Drexciyans, c’est un album sombre et épais, mais le morceau « Lab Rat 3 » semble avoir un supplément d'âme assez notable. La ligne de basse et ce ronflement froid et lancinant y sont certainement pour quelque chose. C’est l’un des morceaux les plus intenses de tout le catalogue Stinson.

DREXCIYA - « Surface Terrestrial Colonization »

Bien qu’ils aient déjà sorti des productions avant 1999, Neptune Lair est leur premier véritable album. C’est aussi leur disque le plus bizarre sorti sous le nom de Drexciya et ses 20 tracks peuvent paraître intimidantes et parfois difficilement pénétrables. « Surface Terrestrial Colonization » a certainement sa place dans un jeu sur Sega Megadrive mais son groove et ses boucles entreront votre cerveau pour ne plus jamais en ressortir.

TRANSILLUSION - « Do You Want To Get Down »

« Do You Want To Get Down » vient clore l’excellent The Opening Of The Cerebral Gate. Un titre à la fois physique, mental et hypnotique, parsemé ici et là de vocaux terrifiants. Sans doute un des titres les plus complets et représentatifs de Stinson, à mi-chemin entre mysticisme et dancefloor.

THE OTHER PEOPLE PLACE - « You Said You Want Me »

En réalité, n’importe quel morceau de Lifestyle Of The Laptop Café, un album de premier choix dans le catalogue Warp, aurait pu avoir sa place dans cette sélection. C’est l’album le plus abouti qu’ait sorti Stinson, et « You Said You Want Me » en est l’exemple parfait. Les voix mélancoliques et les cordesse répondent pour aboutir à un résultat aussi poignant qu'impérial.


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