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Qui es-tu, Jean Nipon ?

À l'occasion de la sortie de son nouveau EP sur ClekClekBoom, on a posé une question à Jean Nipon et la réponse nous a emmenés de Prince aux Bordeoms, en passant par Les VRP et Jamal Moss.
13.11.14

Il est là, présent, réel, toujours dans un coin, prêt à pointer un doigt sur vous tel un chanoine dément : d'Institubes à Teamtendo, du Pulp à ClekClekBoom, Jean Nipon trace sa route depuis plus de deux décennies sans se soucier des normes et des conventions, balançant à la face du monde mixes ingérables et maxis excessifs avec tellement d'amour, de conviction et de spontanéité qu'il est, techniquement, impossible de le détester. À l'occasion de la sortie de son nouveau EP, Nice Seeing You, sur ClekClekBoom, j'ai donné rendez-vous à Jean pour lui poser la question que finalement, personne ne lui avait jamais vraiment posée : « qui es-tu, Jean Nipon ? » Il est arrivé à l'heure et en vélo, me brandissant un catalogue Jouéclub sous les yeux en hurlant : « Regarde-moi ça ! Des mixeurs ! Des platines ! Des tours Eiffel en bois ! Le monde du jouet est en ébullition ! », après quoi on est entrés dans un bar, il a commandé une verveine et j'ai mis mon magnéto en route, sans me douter que les 75 minutes qui allaient suivre allaient m'embarquer dans un voyage 100 % motocross entre Paris et Bergerac, au long duquel Prince, les Boredoms et les Beastie Boys croisent Les VRP, Infectious Grooves et Jamal Moss.

Noisey : On connaît ton nom mais finalement assez peu ton parcours. Qui es-tu Jean Nipon ?

Jean Nipon :

Publicité

Oh, mon Dieu. Tout a commencé avec Prince,

Purple Rain

, le film, que j’ai vu sur Canal +, en Aveyron, chez ma grand-mère qui est malheureusement décédée. Je me suis dit

«

quoi ?

» :

le mec est noir et fait une musique blanche, pop, guitare, funk, enfin j’ai 8 ans et je comprends pas.

Tu écoutais déjà de la musique à l’époque ou pas du tout ?

Ouais, j’écoutais Cabrel et Pink Floyd. Mais les deux à fond, avec la même intensité. Cabrel j’adorais l’accent, pas l’accent Toulousain, mais son truc « weaaoohhh », tu vois ? Et Pink Floyd, c’était plus à cause des pochettes. Le mec qui brûle, la vache, pourquoi ? En plus c’était des disques interdits, dans la collection de mes parents, fallait aller les écouter dans le salon, sans se faire choper par ma mère, c’était tout un truc. Et puis Prince qui arrive au milieu de tout ça, funk, guépières, masculin / féminin, Honda. Et à partir de là, et aussi grâce à des grands frères de potes, je tombe aussi dans le rock alternatif français : Parabellum, Bondage, Les VRP, Les Nonnes Troppo.

Ton premier concert, c'est quoi ?

Vers 12 ans, à Bergerac, chapeauté par le grand frère de Marc Roumagne, pilier de la scène de Périgueux. L’affiche c’était Mister Moonlight, Mad Monster Party et les Thompson Rollets. Et là, la claque : je décide de devenir batteur. Un peu aussi à cause de Jimi Hendrix, que j’ai découvert via Prince à cause des chemises à jabot, et dont j’adore le batteur, Mitch Mitchell. Et aussi à cause de Led Zeppelin, que je découvre à peu près au même moment. Je vénère John Bonham. Avec mes potes, on passe plein de soirées hyper « puceaux-pré-pubères » à base de Led Zep, Pink Floyd et cassette VHS de

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Woodstock

.

Ah ouais ? Le film ?
Ouais, mais tu sais en province, beaucoup de fougères, de granges, de vieilles bâtisses et de « hey, y’a Karine qui passe nous chercher en bagnole pour aller à Agonac chez Elsa parce que grosse soirée tout le week-end » [Rires]

Ouais, je connais, je viens du fin fond de la Haute-Saône, je te le rappelle.

Mais ouais ! Et donc voilà, premiers joints, Santana, Ten Years After. Été 87, vacances dans le Sud de la France, entre Perpignan et Le Perthus au Racou Plage près de Collioure. Chaque été, j’allais là-bas en vacances, pendant 1 mois et demi, les grosses vacances en mode cahiers Passeport et tout, tu vois ? Et là, je fais copain-copain avec des skateurs qui me font « mec, tu connais pas le nouveau truc ? C’est le heavy rap ! »

Ok, Licensed To Ill des Beastie Boys, donc.

Bingo ! Et là, le skate, les ghettoblasters,

Licensed To Ill

, nouvelle claque. Et quelques mois plus tard, je me ferai renier par tous mes potes qui eux étaient vraiment docs rouge cerise / Bérus, comme moi, mais qui étaient choqués que j’aie écouté du rap et que je me sois acheté un Starter. [

Rires

] Et à cause des Beastie Boys, ils m’ont mis au banc pendant un trimestre, à l’américaine. Les fils de pute. Mais moi j’ai continué : Public Enemy, Tonton David, tout y passait. Et puis des années plus tard les mêmes potes qui m’avaient rejeté me faisaient « ah ouais, ‘Sabotage’, ça tue ». Ben ouais, gars. Ben ouais.

Là, tu étais déjà à Bordeaux ou encore en Dordogne ?

Non, en Dordogne. Bordeaux, c’est juste après. Parce qu’avec tout ça, je foutais rien au collège, et j’ai fini par me faire virer. Du coup, direction Bordeaux, internat sordide. Et là, grosse solitude. En 1991, je fais mon premier concert à Bordeaux, c’était les Greedy Guts au Jimmy. Et là, je découvre ma nouvelle bande. En gros, des skateurs qui ne skatent plus. [

Publicité

Rires

] Et on écoute D.R.I., Agnostic Front, Lawnmower Deth.

Lawnmower Deth ?? Putain mais on était 10 à écouter ce truc. Tu sais qu’ils viennent de se reformer et de rééditer leurs disques ?

Non ??? Non !! Putain, j’ai tout racheté l’an dernier, j’ai payé ce bordel une fortune !! Oh non ! En tout cas, s’ils rejouent, il faut les voir, parce que c’est vraiment, vraiment fabuleux.

Ok, donc D.R.I., Agnostic Front, Lawnmower Deth.

Et Fudge Tunnel, Biohazard. Spudmonsters. Bon ok, là on pousse. [

Rires

] Et par un gros coup de bol, Fugazi et No Means No, que j’avais découvert juste avant de partir pour Bordeaux. En tout cas, je laisse tomber le rap et je plonge à fond dans le hardcore. À un concert de Sick Of It All, j’ai même fini avec un pote la tête dans la grosse caisse du batteur. Et puis première rave, aussi. Bon, ça reste l’axe Bordeaux-Bergerac, mais rave quand même, petit truc, plein air, bergers allemands, boue, treillis, camouflage. Sale musique, quand même, goa / speedcore, mais il se passe un truc.

Du coup, l’électronique, le DJing, ça part de là ?

Pas tout à fait. Un peu plus tard, vers 95, et par le biais du hip-hop. Je me remets à fond dans le rap et je plonge complètement dans le scratch, le DJing, la technique. L’électronique, la house, c’est venu encore après, avec Daft Punk. Un peu à la bourre, quoi.

Avec Homework ou avec le maxi Da Funk / Rollin & Scratchin ?

Ah, le maxi !

Publicité

On oublie souvent à quel point ce disque a traumatisé tout le monde à l’époque, tous cercles confondus.

Non mais « Rollin & Scratchin » , c’est un pur morceau crossover. Ça parle direct aux punks, aux métalleux, aux rappeurs. Du coup, je découvre très vite Aphex Twin, Squarepusher. J’ai la chance de partir en vacances en Écosse et là je me prends toute cette nouvelle vague acid, et c’est parti. À Bordeaux, j’aide un pote à monter le Zoobizarre et là c’est le gros mélange : drum & bass, post-rock, je monte un crew jungle, et je continue parallèlement à gratter vers la drill & bass, notamment du côté du Japon, et évidemment tout le délire Rephlex, Cylob, DMX Krew.



Il est là, présent, réel, toujours dans un coin, prêt à pointer un doigt sur vous tel un chanoine dément : d'Institubes à Teamtendo, du Pulp à ClekClekBoom, Jean Nipon trace sa route depuis plus de deux décennies sans se soucier des normes et des conventions, balançant à la face du monde mixes ingérables et maxis excessifs avec tellement d'amour, de conviction et de spontanéité qu'il est, techniquement, impossible de le détester. À l'occasion de la sortie de son nouveau EP, Nice Seeing You, sur ClekClekBoom, j'ai donné rendez-vous à Jean pour lui poser la question que finalement, personne ne lui avait jamais vraiment posée : « qui es-tu, Jean Nipon ? »

Il est arrivé à l'heure et en vélo, me brandissant un catalogue Jouéclub sous les yeux en hurlant : « Regarde-moi ça ! Des mixeurs ! Des platines ! Des tours Eiffel en bois ! Le monde du jouet est en ébullition ! », après quoi on est entrés dans un bar, il a commandé une verveine et j'ai mis mon magnéto en route, sans me douter que les 75 minutes qui allaient suivre allaient m'embarquer dans un voyage 100 % motocross entre Paris et Bergerac, au long duquel Prince, les Boredoms et les Beastie Boys croisent Les VRP, Infectious Grooves et Jamal Moss.


Noisey : On connaît ton nom mais finalement assez peu ton parcours. Qui es-tu Jean Nipon ?
Jean Nipon :

Oh, mon Dieu. Tout a commencé avec Prince,

Purple Rain

, le film, que j’ai vu sur Canal +, en Aveyron, chez ma grand-mère qui est malheureusement décédée. Je me suis dit

«

quoi ?

» :

le mec est noir et fait une musique blanche, pop, guitare, funk, enfin j’ai 8 ans et je comprends pas.



Tu écoutais déjà de la musique à l’époque ou pas du tout ?

Ouais, j’écoutais Cabrel et Pink Floyd. Mais les deux à fond, avec la même intensité. Cabrel j’adorais l’accent, pas l’accent Toulousain, mais son truc « weaaoohhh », tu vois ? Et Pink Floyd, c’était plus à cause des pochettes. Le mec qui brûle, la vache, pourquoi ? En plus c’était des disques interdits, dans la collection de mes parents, fallait aller les écouter dans le salon, sans se faire choper par ma mère, c’était tout un truc. Et puis Prince qui arrive au milieu de tout ça, funk, guépières, masculin / féminin, Honda. Et à partir de là, et aussi grâce à des grands frères de potes, je tombe aussi dans le rock alternatif français : Parabellum, Bondage, Les VRP, Les Nonnes Troppo.





Ton premier concert, c'est quoi ?

Vers 12 ans, à Bergerac, chapeauté par le grand frère de Marc Roumagne, pilier de la scène de Périgueux. L’affiche c’était Mister Moonlight, Mad Monster Party et les Thompson Rollets. Et là, la claque : je décide de devenir batteur. Un peu aussi à cause de Jimi Hendrix, que j’ai découvert via Prince à cause des chemises à jabot, et dont j’adore le batteur, Mitch Mitchell. Et aussi à cause de Led Zeppelin, que je découvre à peu près au même moment. Je vénère John Bonham. Avec mes potes, on passe plein de soirées hyper « puceaux-pré-pubères » à base de Led Zep, Pink Floyd et cassette VHS de

Woodstock

.

Ah ouais ? Le film ?
Ouais, mais tu sais en province, beaucoup de fougères, de granges, de vieilles bâtisses et de « hey, y’a Karine qui passe nous chercher en bagnole pour aller à Agonac chez Elsa parce que grosse soirée tout le week-end » [Rires]

Ouais, je connais, je viens du fin fond de la Haute-Saône, je te le rappelle.

Mais ouais ! Et donc voilà, premiers joints, Santana, Ten Years After. Été 87, vacances dans le Sud de la France, entre Perpignan et Le Perthus au Racou Plage près de Collioure. Chaque été, j’allais là-bas en vacances, pendant 1 mois et demi, les grosses vacances en mode cahiers Passeport et tout, tu vois ? Et là, je fais copain-copain avec des skateurs qui me font « mec, tu connais pas le nouveau truc ? C’est le heavy rap ! »



Ok, Licensed To Ill des Beastie Boys, donc.

Bingo ! Et là, le skate, les ghettoblasters,

Licensed To Ill

, nouvelle claque. Et quelques mois plus tard, je me ferai renier par tous mes potes qui eux étaient vraiment docs rouge cerise / Bérus, comme moi, mais qui étaient choqués que j’aie écouté du rap et que je me sois acheté un Starter. [

Rires

] Et à cause des Beastie Boys, ils m’ont mis au banc pendant un trimestre, à l’américaine. Les fils de pute. Mais moi j’ai continué : Public Enemy, Tonton David, tout y passait. Et puis des années plus tard les mêmes potes qui m’avaient rejeté me faisaient « ah ouais, ‘Sabotage’, ça tue ». Ben ouais, gars. Ben ouais.





Là, tu étais déjà à Bordeaux ou encore en Dordogne ?

Non, en Dordogne. Bordeaux, c’est juste après. Parce qu’avec tout ça, je foutais rien au collège, et j’ai fini par me faire virer. Du coup, direction Bordeaux, internat sordide. Et là, grosse solitude. En 1991, je fais mon premier concert à Bordeaux, c’était les Greedy Guts au Jimmy. Et là, je découvre ma nouvelle bande. En gros, des skateurs qui ne skatent plus. [

Rires

] Et on écoute D.R.I., Agnostic Front, Lawnmower Deth.



Lawnmower Deth ?? Putain mais on était 10 à écouter ce truc. Tu sais qu’ils viennent de se reformer et de rééditer leurs disques ?

Non ??? Non !! Putain, j’ai tout racheté l’an dernier, j’ai payé ce bordel une fortune !! Oh non ! En tout cas, s’ils rejouent, il faut les voir, parce que c’est vraiment, vraiment fabuleux.

Ok, donc D.R.I., Agnostic Front, Lawnmower Deth.

Et Fudge Tunnel, Biohazard. Spudmonsters. Bon ok, là on pousse. [

Rires

] Et par un gros coup de bol, Fugazi et No Means No, que j’avais découvert juste avant de partir pour Bordeaux. En tout cas, je laisse tomber le rap et je plonge à fond dans le hardcore. À un concert de Sick Of It All, j’ai même fini avec un pote la tête dans la grosse caisse du batteur. Et puis première rave, aussi. Bon, ça reste l’axe Bordeaux-Bergerac, mais rave quand même, petit truc, plein air, bergers allemands, boue, treillis, camouflage. Sale musique, quand même, goa / speedcore, mais il se passe un truc.





Du coup, l’électronique, le DJing, ça part de là ?

Pas tout à fait. Un peu plus tard, vers 95, et par le biais du hip-hop. Je me remets à fond dans le rap et je plonge complètement dans le scratch, le DJing, la technique. L’électronique, la house, c’est venu encore après, avec Daft Punk. Un peu à la bourre, quoi.



Avec Homework ou avec le maxi Da Funk / Rollin & Scratchin ?

Ah, le maxi !



On oublie souvent à quel point ce disque a traumatisé tout le monde à l’époque, tous cercles confondus.

Non mais « Rollin & Scratchin » , c’est un pur morceau crossover. Ça parle direct aux punks, aux métalleux, aux rappeurs. Du coup, je découvre très vite Aphex Twin, Squarepusher. J’ai la chance de partir en vacances en Écosse et là je me prends toute cette nouvelle vague acid, et c’est parti. À Bordeaux, j’aide un pote à monter le Zoobizarre et là c’est le gros mélange : drum & bass, post-rock, je monte un crew jungle, et je continue parallèlement à gratter vers la drill & bass, notamment du côté du Japon, et évidemment tout le délire Rephlex, Cylob, DMX Krew.





Comment tu te retrouves à Paris, du coup ?

Parce que je jouais plus souvent ici qu’en province, notamment grâce à l’asso Made In Boat, au Batofar, qui me faisait jouer avec plein de gens super différents.



C’était l’époque où tu t'appelais DJ Aï ?

Oui voilà, Aï à cause d’un personnage de manga qui s’appelait Video Girl Aï. Ça racontait l’histoire d’un mec un peu puceau qui achetait une cassette porno qui s’avère être magique et qui casse son magnéto Hitachi et fait sortir une fille de la télé qui va l’aider à trouver l’amour. [

Rires

] Ça, c’était en 2001-2002. Et puis en 2003, quand je suis venu m’installer à Paris, j’ai changé pour Jean Nipon. Jean, parce que c’est mon prénom. Et Nipon, parce que j’ai toute une histoire avec le japon, écrit avec un seul P en hommage aux fautes énormes qu’on trouve là bas dans les enseignes de magasin.

Comment tu connectes avec Institubes ?
Via un autre projet, Teamtendo, un duo de musique sur Gameboy. On jouait avec des costumes qu’on avait importé des Etats-Unis.

Ah oui, je me souviens très bien !
C’était un enfer, on suffoquait à moitié sous les costumes, on ne voyait rien sur les écrans de Gameboy, on était obligé de jouer avec des loupes. [Rires]. On s’est rencontrés avec TTC pendant une date au Batofar, vers 2000. Eux, ils venaient de faire le maxi Game Over avec des sons assez similaires, donc ça a cliqué.

Tu étais aussi en cheville avec toute la clique Sister Iodine.
Oui, en parallèle de tout ça, je faisais des sets plus expérimentaux / radicaux avec un collectif qui s’appelait BÜRO, dans lequel gravitaient tous ces gens-là. On jouait une fois par mois le mercredi au Pulp, c’était génial. On mixait DJ Assault avec Grauzone.

Je sais, j’étais venu plusieurs fois à ces soirées. Il y avait tout le temps plein de trucs cools, dans tous les styles. On avait l’impression d’écouter une bonne radio [Rires]
C’était l’idée. On pouvait balancer des morceaux des Boredoms ! En club ! T’imagines ça aujourd’hui ?

Ce que je trouve cool c’est que, malgré les époques, tu n’es jamais resté bloqué sur un truc et tu as toujours su évoluer. Au point de te retrouver aujourd’hui chez ClekClekBoom, au milieu de producteurs hyper doués mais nettement plus jeunes que toi, comme Manaré, Bambounou…

C’est des gens que je croisais pas mal en soirée, qui aimaient bien mes sets, mais on a vraiment connecté via la bass music anglaise, pour laquelle on avait tous une grosse passion. Hessle Audio, Night Slugs, tout ce délire-là. On voulait faire un peu la même musique, alors ils m’ont dit « allez, viens, fais un disque avec nous ». Et comme Institubes n’existait plus et que je n’avais enchaîné ni sur Marble, ni sur Sound Pellegrino [

les deux labels qui ont découlé d’Institubes

], j’étais un peu de retour à l’internat, face à moi-même [

Rires

] Et je tombe sur ces mecs hyper jeunes, hyper motivés, à peu près aussi cons que moi, alors j’ai dit « ouais, pourquoi pas ? » Et puis ça me faisait plaisir de connecter avec des jeunes.



C’est un échange. Eux t’apportent une énergie, une motivation. Toi, tu leur apportes l’expérience.

Voilà. Et ce qui est vraiment génial, c’est qu’on a évolué ensemble aussi. Moi, je connaissais déjà le son Chicago, Detroit, depuis longtemps, mais je le redécouvre aujourd’hui via leur réinterprétation du truc, qui passe par le filtre Theo Parrish, Omar S, etc. Quand la mode des disques techno avec du souffle, du

tape hiss

, a débarqué, eux étaient déjà dedans depuis un moment, par exemple. Marcellus Pittman ça a été une grosse découverte commune, aussi. Tout ce truc aux relants boogie, post-disco, mais toujours abordé de manière ultra-high-tech, genre rond mais crade. Moi ça m’a rappelé les démos hardcore que j'écoutais au début des années 90, c’est brut, sauvage. Ce genre de trucs m’a toujours attiré.





Cela dit, ton dernier maxi est assez différent. Plus personnel, plus intime, limite.

Je pense sincèrement que c’est mon premier bon maxi. Déjà parce que c’est exactement ce que je veux jouer. Et ensuite parce que j’ai vraiment eu l’impression, pour la première fois, de faire exactement ce que je voulais. Je pense qu’il ne marchera pas trop du coup, mais c’est cool, parce que moi, je suis hyper content. Et puis bon, faut arrêter de déconner aussi. Je vais mourir, comme toi, dans pas longtemps. On le sait, ça va craquer là. Dehors, c’est

Akira

. Alors fuck off. Autant se faire plaisir. Autant y aller à fond. Et encore là, sur ce maxi je me trouve encore un poil trop mesuré. Quand tu vois un mec comme Jamal Moss, tu te dis que t’as encore une sacré marge. Lui, il en a vraiment rien à foutre. C’est le hard-bop de la techno. Rien à voir avec tous ces faiseurs qui font un son crade exprès mais qui niquent tout avec un drumkit ultra-propre. C’est bon, les gars. Donc là, mon prochain défi, c’est de faire un truc ghetto-funk hyper propre, voire midi. Parce que le son sale, c’est devenu trop facile.



Et puis ça revient en force là le funk, le boogie-funk, ça va être la grosse pignolade l’an prochain.

Ah ouais. Ah ouais. Le slap, mec. Gros retour du slap. Le slap est haï de façon universelle, dans tous les styles de musique. À part dans le jazz-fusion, et encore. Basse six-cordes, sans tête, fretless, arpèges, chiquenaudes, mélodie.



Au lycée, j’avais appris le slap, uniquement pour jouer les morceaux de Faith No More et la reprise d’ « Immigrant Song » de Led Zeppelin par Infectious Grooves. [Rires]

C’est pas vrai ! Tu l’avais rentrée ?

Ouais, c’était pas si dur en fait.
Est-ce que tu savais jouer « Violent & Funky » ?

Ah non, mec, ça c’était beaucoup trop balèze.
Putain, Robert Trujillo. C’était une de mes idoles ce mec. Déjà, rien que le nom. TRUJILLO. Merde. Par contre Faith No More, je déteste. J’ai envie de mettre des pains à Mike Patton. Putain, mais Angel Dust, c’était de la merde ! [Rires] Quitte à écouter un truc un peu ridicule, autant écouter Tool ! Avec machin, là, Maynard ! Je les avais vus en concert en 92.

La tournée avec Fishbone ?

Non, encore avant ! Déjà le batteur arrive, le mec a 10 pads ! Et là, tu as Maynard, accroupi et il se met à chanter en me regardant droit dans les yeux. J’ai eu peur. Mais vraiment peur. Et le mec se retourne là et je vois sa colonne vertébrale tatouée. Non, non, non, mec. [

Rires

] Incroyable. À l’époque c’était hyper impressionnant. Alors que le mec fait 1m20 !



Il y a des gens dont tu voudrais parler qu’on aurait mis de côté ?

Oui, Ron Morelli, une rencontre importante. Quelqu'un qui m'a beaucoup fait avancer depuis deux ans, avec qui on s'est aussi retrouvés sur plein de trucs : New York, la rue, le son crade. Et puis j'aimerais juste revenir vite fait sur Teki Latex. C’est quelqu’un qui a fait beaucoup pour la scène parisienne. Il n'y a pas assez de gens qui l'estiment à sa juste valeur. Teki, il avait envie de décloisonner les scènes. Et ça, personne te le pardonne en France. Que ce soit en musique ou dans le cinéma ou la télé ou ce que tu veux. Alors que le mec m’a accueilli et il a accueilli plein de gens, quoi. Tout ça sans opportunisme. C’est rare.





C’est un peu ton rêve initial ça, de décloisonner, de tout mélanger.

Ouais, mais ça en France, t’as pas le droit. Bon, parfois, ça va trop loin aussi. Quand Étienne Daho a fait son disque jungle, c’était n’importe quoi. [

Rires

]



C’est quoi la suite du coup ?

Je sais pas encore, mais là dans l’immédiat je renoue avec ma vieille obsession pour le Japon. Pas plus tard que cet après midi, j’ai claqué 120 euros sur le net pour une compile de pop 60’s d’Okinawa. Utilité zéro. Plaisir 10 000. Mais on s’en fout. On va tous crever. Alors allons-y, mec. Allons-y.


Nice Seeing You est disponible sur ClekClekBoom. Vous pouvez le commander ici.


Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey France. Il aurait également aimé savoir jouer le générique de Seinfeld, mais il n'a pas eu le temps. Il est sur Twitter - @lelojbatista


Comment tu te retrouves à Paris, du coup ?

Parce que je jouais plus souvent ici qu’en province, notamment grâce à l’asso Made In Boat, au Batofar, qui me faisait jouer avec plein de gens super différents.

C’était l’époque où tu t'appelais DJ Aï ?

Oui voilà, Aï à cause d’un personnage de manga qui s’appelait Video Girl Aï. Ça racontait l’histoire d’un mec un peu puceau qui achetait une cassette porno qui s’avère être magique et qui casse son magnéto Hitachi et fait sortir une fille de la télé qui va l’aider à trouver l’amour. [

Rires

] Ça, c’était en 2001-2002. Et puis en 2003, quand je suis venu m’installer à Paris, j’ai changé pour Jean Nipon. Jean, parce que c’est mon prénom. Et Nipon, parce que j’ai toute une histoire avec le japon, écrit avec un seul P en hommage aux fautes énormes qu’on trouve là bas dans les enseignes de magasin.

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Comment tu connectes avec Institubes ?
Via un autre projet, Teamtendo, un duo de musique sur Gameboy. On jouait avec des costumes qu’on avait importé des Etats-Unis.

Ah oui, je me souviens très bien !
C’était un enfer, on suffoquait à moitié sous les costumes, on ne voyait rien sur les écrans de Gameboy, on était obligé de jouer avec des loupes. [Rires]. On s’est rencontrés avec TTC pendant une date au Batofar, vers 2000. Eux, ils venaient de faire le maxi Game Over avec des sons assez similaires, donc ça a cliqué.

Tu étais aussi en cheville avec toute la clique Sister Iodine.
Oui, en parallèle de tout ça, je faisais des sets plus expérimentaux / radicaux avec un collectif qui s’appelait BÜRO, dans lequel gravitaient tous ces gens-là. On jouait une fois par mois le mercredi au Pulp, c’était génial. On mixait DJ Assault avec Grauzone.

Je sais, j’étais venu plusieurs fois à ces soirées. Il y avait tout le temps plein de trucs cools, dans tous les styles. On avait l’impression d’écouter une bonne radio [Rires]
C’était l’idée. On pouvait balancer des morceaux des Boredoms ! En club ! T’imagines ça aujourd’hui ?

Ce que je trouve cool c’est que, malgré les époques, tu n’es jamais resté bloqué sur un truc et tu as toujours su évoluer. Au point de te retrouver aujourd’hui chez ClekClekBoom, au milieu de producteurs hyper doués mais nettement plus jeunes que toi, comme Manaré, Bambounou…

C’est des gens que je croisais pas mal en soirée, qui aimaient bien mes sets, mais on a vraiment connecté via la bass music anglaise, pour laquelle on avait tous une grosse passion. Hessle Audio, Night Slugs, tout ce délire-là. On voulait faire un peu la même musique, alors ils m’ont dit « allez, viens, fais un disque avec nous ». Et comme Institubes n’existait plus et que je n’avais enchaîné ni sur Marble, ni sur Sound Pellegrino [

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], j’étais un peu de retour à l’internat, face à moi-même [

Rires

] Et je tombe sur ces mecs hyper jeunes, hyper motivés, à peu près aussi cons que moi, alors j’ai dit « ouais, pourquoi pas ? » Et puis ça me faisait plaisir de connecter avec des jeunes.

C’est un échange. Eux t’apportent une énergie, une motivation. Toi, tu leur apportes l’expérience.

Voilà. Et ce qui est vraiment génial, c’est qu’on a évolué ensemble aussi. Moi, je connaissais déjà le son Chicago, Detroit, depuis longtemps, mais je le redécouvre aujourd’hui via leur réinterprétation du truc, qui passe par le filtre Theo Parrish, Omar S, etc. Quand la mode des disques techno avec du souffle, du

tape hiss

, a débarqué, eux étaient déjà dedans depuis un moment, par exemple. Marcellus Pittman ça a été une grosse découverte commune, aussi. Tout ce truc aux relants boogie, post-disco, mais toujours abordé de manière ultra-high-tech, genre rond mais crade. Moi ça m’a rappelé les démos hardcore que j'écoutais au début des années 90, c’est brut, sauvage. Ce genre de trucs m’a toujours attiré.

Cela dit, ton dernier maxi est assez différent. Plus personnel, plus intime, limite.

Je pense sincèrement que c’est mon premier bon maxi. Déjà parce que c’est exactement ce que je veux jouer. Et ensuite parce que j’ai vraiment eu l’impression, pour la première fois, de faire exactement ce que je voulais. Je pense qu’il ne marchera pas trop du coup, mais c’est cool, parce que moi, je suis hyper content. Et puis bon, faut arrêter de déconner aussi. Je vais mourir, comme toi, dans pas longtemps. On le sait, ça va craquer là. Dehors, c’est

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Akira

. Alors fuck off. Autant se faire plaisir. Autant y aller à fond. Et encore là, sur ce maxi je me trouve encore un poil trop mesuré. Quand tu vois un mec comme Jamal Moss, tu te dis que t’as encore une sacré marge. Lui, il en a vraiment rien à foutre. C’est le hard-bop de la techno. Rien à voir avec tous ces faiseurs qui font un son crade exprès mais qui niquent tout avec un drumkit ultra-propre. C’est bon, les gars. Donc là, mon prochain défi, c’est de faire un truc ghetto-funk hyper propre, voire midi. Parce que le son sale, c’est devenu trop facile.

Et puis ça revient en force là le funk, le boogie-funk, ça va être la grosse pignolade l’an prochain.

Ah ouais. Ah ouais. Le slap, mec. Gros retour du slap. Le slap est haï de façon universelle, dans tous les styles de musique. À part dans le jazz-fusion, et encore. Basse six-cordes, sans tête, fretless, arpèges, chiquenaudes, mélodie.

Au lycée, j’avais appris le slap, uniquement pour jouer les morceaux de Faith No More et la reprise d’ « Immigrant Song » de Led Zeppelin par Infectious Grooves. [Rires]

C’est pas vrai ! Tu l’avais rentrée ?

Ouais, c’était pas si dur en fait.
Est-ce que tu savais jouer « Violent & Funky » ?

Ah non, mec, ça c’était beaucoup trop balèze.
Putain, Robert Trujillo. C’était une de mes idoles ce mec. Déjà, rien que le nom. TRUJILLO. Merde. Par contre Faith No More, je déteste. J’ai envie de mettre des pains à Mike Patton. Putain, mais Angel Dust, c’était de la merde ! [Rires] Quitte à écouter un truc un peu ridicule, autant écouter Tool ! Avec machin, là, Maynard ! Je les avais vus en concert en 92.

La tournée avec Fishbone ?

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Rires

] Incroyable. À l’époque c’était hyper impressionnant. Alors que le mec fait 1m20 !

Il y a des gens dont tu voudrais parler qu’on aurait mis de côté ?

Oui, Ron Morelli, une rencontre importante. Quelqu'un qui m'a beaucoup fait avancer depuis deux ans, avec qui on s'est aussi retrouvés sur plein de trucs : New York, la rue, le son crade. Et puis j'aimerais juste revenir vite fait sur Teki Latex. C’est quelqu’un qui a fait beaucoup pour la scène parisienne. Il n'y a pas assez de gens qui l'estiment à sa juste valeur. Teki, il avait envie de décloisonner les scènes. Et ça, personne te le pardonne en France. Que ce soit en musique ou dans le cinéma ou la télé ou ce que tu veux. Alors que le mec m’a accueilli et il a accueilli plein de gens, quoi. Tout ça sans opportunisme. C’est rare.

C’est un peu ton rêve initial ça, de décloisonner, de tout mélanger.

Ouais, mais ça en France, t’as pas le droit. Bon, parfois, ça va trop loin aussi. Quand Étienne Daho a fait son disque jungle, c’était n’importe quoi. [

Rires

]

C’est quoi la suite du coup ?

Je sais pas encore, mais là dans l’immédiat je renoue avec ma vieille obsession pour le Japon. Pas plus tard que cet après midi, j’ai claqué 120 euros sur le net pour une compile de pop 60’s d’Okinawa. Utilité zéro. Plaisir 10 000. Mais on s’en fout. On va tous crever. Alors allons-y, mec. Allons-y.

Nice Seeing You est disponible sur ClekClekBoom. Vous pouvez le commander ici. Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey France. Il aurait également aimé savoir jouer le générique de Seinfeld, mais il n'a pas eu le temps. Il est sur Twitter - @lelojbatista