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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Music by VICE

Katerine attend vos instrus rap de pied ferme

On a rencontré Philippe Katerine pour parler de son film, de rap, de François Hollande et de la possibilité d'un clash avec Sébastien Tellier.

par Yérim Sar
04 Juillet 2014, 11:45am


Depuis plus d'un mois, Philippe Katerine diffuse chaque lundi un clip issu de son album Magnum. Des vidéos essentiellement composées d'extraits du film du même nom, diffusé sur Canal+ en avril dernier, et sorti dans la foulée de son 9ème album produit par SebastiAn. J'ai été rencontrer le garçon pour comprendre où il voulait en venir exactement avec ce projet et parler un peu de rap, de François Hollande et de la possibilité d'un clash avec Sébastien Tellier.


Noisey : Il y a ce côté « on adore ou on déteste » chez toi. C'est quelque chose que tu calcules ? Ton comportement dans les médias, etc.
Katerine :
Qui est naturel ? Ce serait difficile de le savoir. Moi-même je ne sais pas du tout. Après, qu'on déteste ou qu'on aime, c'est un peu la loi du genre : ce serait un peu inquiétant de faire l'unanimité. Mais ce n'est pas du tout quelque chose que je recherche, je ne joue pas de rôle. Je ne pense pas du tout à la réception, aux conséquences que ça va avoir, à ce que ça va provoquer. Mais cette absence de demi-mesure dans les réactions, je l'ai observée, oui. Ça ne me déplaît pas et ça ne me plaît pas spécialement non plus... Mais si je mettais tout le monde d'accord ce serait moche, ça voudrait dire que ce que je fais, mes chansons... que tout ça n'aurait pas de force, tout simplement.

J'ai eu l'impression que Magnum était plus une extension de ta musique plutôt qu'un « vrai » film.
Non, pas pour moi, ce n'est pas du tout un gros délire, c'est un film avec un début et une fin, une conception très écrite au fond. Je ne vois pas du tout ça comme un clip mais comme un film d'aventure, avec du suspens, j'espère. On suit le personnage sans savoir ce qui va lui arriver. Après bien sûr, il y a des chansons dedans. Sur ce film, l'idée était de faire une comédie musicale, comme il en existait à Hollywood à une certaine époque où les chansons dans les films illustraient la narration, ou alors la contredisaient. Il fallait que j'intègre les chansons, puisque c'était le cahier des charges. C'est une commande de Canal +, en gros si je ne faisais pas de live : « on veut bien que ce soit l'album de la semaine mais il faut bien faire quelque chose ». Pourquoi pas un film ? Bon, j'ai toujours été attiré par le cinéma, mais je n'y avais pas pensé avant. On m'a donné l'argent pour le faire, un producteur et tout ça. On avait suffisamment pour s'exprimer, j'ai pris ça comme une aubaine et on s’y est mis.



Quelles ont été tes références pour cette première expérience ?
J'en ai plein, je ne suis pas vraiment cinéphile mais j'ai vu beaucoup de films dans ma vie. Je pense qu'on se promène un peu avec tous les films qu'on a vus, autant ceux qu'on a aimés que ceux qu'on a détestés. Et dans les influences, il y a aussi ce qu'on a détesté. Je n'ai pas du tout dressé une liste de tout ça, j'ai même évité le sujet pour ne pas y penser. Mais je rêvais d'un film, en tant que spectateur, que je voulais voir à l'écran et que je n'avais jamais vu de ma vie. Même si forcément, il y a plein de références inconscientes, c'est fatal.

Pourquoi avoir choisi Arielle Dombasle ?
C'est quelqu'un avec qui j'ai déjà travaillé, on a fait un disque ensemble, Glamour à mort, je lui ai écrit des chansons... C'est une personne dont l'esprit me stimule. Elle dit des phrases que l'on n’entend nulle part ailleurs, ce qui en fait quelqu'un d'extrêmement précieux pour moi. C'est elle qui « expose » le disque en quelque sorte, avec cette fameuse phrase « ne soyez pas vous-même ». Donc je voulais qu'elle développe le concept.

Ça te correspond vraiment cette idée ?
C'est quelque chose qui me parle, qui me fait réfléchir... C'est très complaisant de se dire « je veux être moi-même ».

Qu'est-ce qu'il y avait de si particulier dans Magnum pour développer un concept de film autour ?
Dans un disque, il y a ce qu'on entend et ce qu'on n’entend pas. Et je trouvais que ce que l'on n’entendait pas était aussi intéressant que ce que l'on entendait. C’est le cas pour tous les disques d’ailleurs. Mais cette fois il y avait peut-être plus d'espace pour le faire. Il y a certains disques où tout est balisé, tout est bien fini, terminé. Et je trouve ça très ennuyeux. Alors que celui-ci était plus ouvert, ce qui permettait d'installer de la fiction là-dedans.



Comment tu t’es retrouvé à bosser avec SebastiAn ?
Je lui ai demandé des instrus sur lesquels je ne suis pas intervenu. Il me les a envoyés et là-dessus j'ai fait le texte et la mélodie de voix. Dès que j'avais fini ma chanson, je venais chez lui l'enregistrer. C'est comme dans le hip-hop en fait. C'est tout simple. Sauf qu'il y a des mélodies, des trucs, mais c'est exactement pareil. C'est la première fois que je faisais ça, je me suis complètement laissé embarqué.

C'était une prise de risque ?
Plutôt une expérience... une expérience incroyable pour moi, je ne pensais pas faire ça un jour : pouvoir m'abandonner à quelqu'un. C'est ça le truc aussi. De toute façon, je n'avais pas le temps pour une autre formule. J'ai une vie de famille extrêmement remplie. Donc ça me permettait de pouvoir exprimer tout ce que j'avais à dire en faisant confiance à quelqu'un. C'était la bonne méthode pour moi à ce moment là. Exactement ce qu'il me fallait. Plus j'avance dans la musique et plus je m'aperçois que faire confiance aux autres est une bonne chose.



Il y a une référence à Hollande dans le film, avec le discours « Moi, dictateur » qui renvoie à son « moi, président ». T'en penses quoi de ce mec ?
Il y a quelque chose d'intéressant chez Hollande, c'est qu'il casse complètement l'image de père de la nation, incarnée par De Gaulle, qu'on voyait chez Chirac et chez Sarkozy. Le père de la nation tout puissant, viril, avec des certitudes. Ce qui m'intéresse beaucoup chez Hollande, c'est qu'il est pas tout à fait dans la certitude, il exprime un doute, ce qui est une façon de dire : il est peut-être à la tête du pays mais il est comme les autres. Je trouve que c'est une honnêteté qu'on ne peut que saluer.

Il y a aussi la scène où les animaux agissent avec toi comme un public. Ils sont meilleur public que les humains ?
Non, parce que je pense que dans tout animal il y a de l'humain et dans tout humain il y a de l'animal. Au final, ça se vaut.

J'ai l'impression que tu étais plus percutant quand tu n'avais pas ta moustache.
Ah oui, plus fort et tout ? Bon, je sais pas, il faut que je me la rase alors.

Tu te vois renouveler l'expérience du double projet album/film ?
Je sais pas, parce que je n'ai aucun plan pour l’instant... Je ne sais pas du tout ce que je vais faire demain. J'en sais strictement rien.

Il y a toujours ces scènes de danse où tu es bien entouré. C'est vraiment pour la danse ou juste pour les danseuses ?
J'aime être entouré de danseuses, bien sûr. Mais la danse en elle-même m'intéresse aussi. Par contre, c'est très ennuyeux de dormir tout... heu, de dormir (sourire) oh le lapsus. De DANSER tout seul. C'est très ennuyeux. On ne peut pas s'en contenter toute la vie.



Tu écoutes quoi en ce moment ?
Dans ma bagnole depuis un certain temps, j'ai Yeezus de Kanye West, et puis Childish Gambino.

Tu es très rap, en fait.
Oui, j'en écoute beaucoup. Plutôt du rap américain que français je dois dire. Même si j'aime beaucoup Fugazi par exemple... non pas Fugazi, comment c'est déjà…

Fuzati ?
Voilà.

Du coup tu as suivi le clash Booba/Rohff ?
Ah oui, j'ai lu ça dans le journal.

Ça t'inspire quoi ? Si tu étais en clash avec Sébastien Tellier, tu irais dans une boutique qui lui appartient pour tout défoncer ?
[Rires] Oh avec Sébastien Tellier c'est mal barré. Je ne suis pas sûr qu'on y trouverait notre compte. Au fond, c'est des trucs de cour de récré qui sont plutôt touchants à la limite. Y'a un côté humain. Surtout que bon, la musique de Booba... Moi j'adore Booba mais sa musique ne correspond pas du tout à ça. C'est ça que je trouve intéressant : ce sont des clash de garçons de 10-12 ans quoi. Alors que sa musique est très adulte. Rohff je ne connais pas très bien.

Tu te verrais collaborer avec quelqu'un de l'univers rap ? Pas forcément un rappeur, pourquoi pas un beatmaker, vu ton travail avec Sebastian.
Ah oui complètement. Ouais j'adorerais. Après, je ne sais pas ce que ça pourrait donner. Instru ou rappeur carrément... Tout est envisageable. Mais surtout au niveau des instrus, ça me plairait beaucoup.

L'appel est lancé.
Ah oui oui oui. Le standard reste ouvert. Envoyez-moi des instrus !


Yérim ne se laissera jamais pousser la moustache. Il est sur Twitter - @spleenter
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