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Peut-on être accro au sommeil ?

Je dors vraiment tout le temps. Se pourrait-il que je sois littéralement accro ?
24.1.16

« Le sommeil fait partie de nos besoins biologiques élémentaires ; tout comme nous devons respirer et nous nourrir, nous devons dormir pour vivre. Dire que quelqu'un est accro au sommeil, c'est comme dire qu'il est accro à l'oxygène. »

C'est ce que me répond le Dr. Neil Kline, de l'American Sleep association, quand je lui demande s'il est possible que je sois accro au sommeil.

Je ne suis pas totalement convaincue.

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Je dors énormément. Le week-end, je me réveille vers midi, je fais deux ou trois siestes dans la journée, et je me recouche définitivement vers 23h ou minuit. En semaine, je me couche généralement vers 21h, même si je ne rentre chez moi que vers 19h30, et je me réveille à 8h le matin, soit une demi-heure avant de devoir partir au boulot. J'ai presque toujours 15 ou 20 minutes de retard.

Le Dr. Kline affirme qu'on ne peut pas être accro au sommeil car il s'agit d'un besoin biologique. Mais il y a bien des gens qui sont accros à la nourriture et au sexe, qui sont aussi des besoins biologiques. Alors, pourquoi pas au sommeil ?

La Société américaine d'addictologie définit l'addiction comme « un trouble primaire et chronique du circuit de la récompense, de la motivation et de la mémoire… Il se traduit par la recherche pathologique par l'individu d'une récompense et/ou d'un soulagement par le recours à une substance ou d'autres comportements néfastes. » Autrement dit, vous continuez inlassablement à faire quelque chose au-delà du raisonnable, même si c'est très mauvais pour vous.

On pourrait avancer l'idée que la dépendance naît d'une réaction chimique, et que c'est pour cela qu'on peut être accro à la nourriture ou au sexe. Mais il se produit aussi une réaction chimique pendant le sommeil : deux substances, l'acétylcholine (qui vous maintient éveillé) et l'adénosine (qui vous fait somnoler) réagissent à l'intérieur de votre corps tout au long de la journée. Quand vous vous réveillez d'une sieste, vous avez généralement une montée d'acétylcholine.

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"Il n'est pas normal de vouloir rester couché toute la journée, tous les jours."

Si vous googlez « addiction au sommeil », vous tombez sur les inévitables listesX choses que seuls ceux qui dorment beaucoup peuvent comprendre »), Doctissimo qui tente de vous convaincre que vous êtes atteint d'un cancer, et énormément de résultats concernant l'addiction aux somnifères, qui est effectivement aussi répandue que dangereuse. Mais l'addiction aux somnifères et l'addiction au sommeil, c'est-à-dire le désir de dormir presque en permanence, ne sont pas vraiment comparables.

Si des gens deviennent accros aux somnifères, selon BR Meier, un psychologue de Los Angeles qui a cosigné un article sur l'addiction au zolpidem pour le Delaware Medical Journal, c'est parce qu'ils ont du mal à dormir. Ils commencent par prendre quelque chose de léger comme le Benadryl qui, comme les somnifères classiques, peut troubler le cycle du sommeil et en perturber la qualité, engendrant ainsi une forme de dépendance.

« Ce n'est pas parce que quelqu'un dort beaucoup qu'il ou elle est déprimé(e), mais ce n'est pas normal d'être fatigué en permanence. Il n'est pas normal de vouloir rester couché toute la journée, tous les jours. En général, c'est le signe que quelque chose ne va pas », estime Meier.

Quand j'évoque la possibilité que je sois accro au sommeil, même sans être diagnostiquée comme dépressive, il me répond que la raison pour laquelle on ne peut pas être accro au sommeil est tout simplement que… eh bien, on ne peut pas.

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« La première question que je poserais est la suivante : en quoi cela vous dérange-t-il ? Médicalement parlant, nous ne voyons pas cela [l'addiction au sommeil] comme un trouble », me répond le Dr. Emmanuel During, de la Clinique des troubles du sommeil de Stanford quand je lui fais part de mes interrogations.

Donc visiblement, on ne peut techniquement pas être accro au sommeil car une telle addiction n'existe pas. Et tant pis pour mon rêve de me retrouver un jour dans « My Strange Addiction ».

La raison pour laquelle on ne peut pas être accro au sommeil est tout simplement que… eh bien, on ne peut pas.

Le fait de beaucoup dormir ne bouleverse pas ma vie quotidienne comme si je souffrais d'hypersomnie ou d'apnée du sommeil, donc ce n'est pas vraiment un trouble du sommeil. Ça ne détruit pas non plus mes relations comme si j'étais alcoolique ou accro à l'héroïne, donc ce n'est pas vraiment une addiction. Je veux simplement être fraîche et en forme en permanence, en ayant autant d'énergie que possible. À chaque fois que je me réveille, je me sens bien mieux et prête à travailler efficacement. C'est tout l'intérêt des siestes, non ?

En informatique, il y a une théorie qu'on appelle « la course à la veille ». Dans ce scénario, votre téléphone/votre ordinateur travaille toujours à la vitesse maximale pour retourner aussi vite que possible en mode « veille » et économiser un maximum d'énergie. En théorie, plus votre appareil reste longtemps en veille, et plus la batterie dure longtemps, conservant ainsi son énergie pour le moment où vous en aurez vraiment besoin. Nous savons tous à quel point il est pénible de voir notre téléphone s'éteindre alors que nous sommes dans un bar ou au beau milieu d'un message important.

Bien sûr, je pourrais boire du café. Je pourrais aussi faire plus de sport, ce qui reviendrait à décharger ma batterie jusqu'à ce qu'elle soit presque vide mais pas tout à fait, et la recharger à ce moment-là. Mais à quoi bon ? Votre corps, tout comme votre téléphone, s'économise naturellement en ralentissant votre métabolisme, comme s'il se mettait en veille. Mais alors, pourquoi ne pas tout simplement dormir ?

Vous connaissez le vieux dicton qui dit que le mieux est parfois l'ennemi du bien. Il existe des études qui montrent que trop dormir peut être mauvais pour la santé. On ne peut pas faire d'overdose de sommeil, mais dormir excessivement peut conduire à une mort plus précoce, ce qui n'est pas génial.

C'est là que je ne m'en sors pas trop mal. Toutes ces études sont encore trop récentes pour véritablement prouver quelque chose. Surtout, elles parlent du fait de trop dormir, ce qui n'est pas vraiment mon cas. Je fais juste beaucoup de siestes, ce qui ne me semble pas bien méchant. Peut-être que je me tue à petit feu en dormant, mais si c'est le cas, il y a franchement pire.