L'homme qui fabrique des prothèses pour les éléphants

Habituellement, Therdchai Jivacate fabrique des prothèses pour de petits animaux. Mais cette fois-ci, il a vu un peu plus grand.
20 juin 2016, 7:00am

Ajustement d'une prothèse pour éléphant. Image : Fondation des amis des éléphants d'Asie.

Therdchai Jivacate est un chirurgien thaï, inventeur et concepteur de prothèses de jambes de génie. Au cours de sa carrière, il a réalisé plus de 20000 prothèses de jambes personnalisées pour toutes sortes d'êtres vivants, des chiens aux chats en passant par les oiseaux et les humains.

Un jour, quand il a aperçu Mosha, une éléphante d'Asie domestique de deux ans et demi qui avait perdu sa patte avant droite lors de l'explosion d'une mine à la Fondation des amis de l'éléphant d'Asie, il a décidé de relever l'un des plus grands défis de sa carrière : confectionner une jambe artificielle pour que l'animal puisse retrouver sa mobilité.

« Quand j'ai vu Mosha, j'ai remarqué qu'elle était obligéede lever sa trompe en permanence afin de garder l'équilibre. A l'époque, elle pesait environ 600 kg et elle mettait les deux tiers de son poids sur sa patte avant gauche, qui commençait à s'incurver dangereusement, » explique Jivacate.

Jivacate n'avait jamais réalisé de prothèse de jambe d'éléphantà l'échelle auparavant. Il admet qu'il a fait de nombreux essais et erreurs avant que lui et son équipe d'assistants vétérinaires de l'hôpital de la fondation parviennent finalement à réaliser une prothèse que Mosha puisse utiliser avec facilité.

Le plus difficile, déclare Jivacate, a été la conception de l'aspect

biomécanique de la prothèse : il fallait que le moignon de Mosha puisse être inséré facilement dans le dispositif, comme une chaussette, et que le tout soit aligné de façon à ce qu'elle puisse marcher correctement.

La fabrication de la prothèse. Image : Fondation des amis des éléphants d'Asie.

« Nous savions que, dans le cas où elle ressentirait de la douleur, elle ne voudrait pas marcher avec la prothèse, » déclare Jivacate. « Au début, elle était intriguée par ce que l'on avait attaché à son moignon, et essayait de détacher la prothèse avec sa trompe. Mais nous l'avions solidement attachée, » ajoute-t-il.

Jivacate et son équipe ont réalisé la prothèse de 15 kg en thermoplastique, acier et élastomère. Il aura fallu 12 heures à l'éléphante pour apprendre à marcher avec, après 5 à 6 ajustements de l'alignement de la prothèse selon un axe permettant un mouvement fluide .

En six ans, Mosha a reçu six prothèses différentes, successivement adaptées à sa taille et son poids croissant.

« Mosha grandit vite, » explique Jivacate. « La première année, il lui a fallu pas moins de trois modèles de prothèses différents. »

Actuellement, elle pèse environ 2 tonnes ; sa jambe artificielle doit donc être renforcée. Jivacate et son équipe en profitent pour affiner leurs recherches. Leur but est de trouver le ou les matériaux idéaux, qui permettront de réaliser des prothèses plus durables, plus résistantes, à un coût réduit.

Jivacate se réjouit que l'éléphante ait pu continuer de vivre une vie normale, sur ses quatre pattes : « Les animaux ne demandent pas d'aide, mais ce n'est pas une raison pour les laisser tomber quand on peut améliorer leur quotidien. Je pense qu'elle a compris que je fabriquais des prothèses, et à chaque fois que je passe à l'hôpital pour éléphants, elle me salue en levant sa trompe. »

Un autre éléphant utilise maintenant l'une des prothèses de Therdchai Jivacate. Image : Fondation des amis des éléphants d'Asie.