Ce que signifie mourir empoisonné au gaz sarin

En Syrie, le régime de Bachar Al-Assad est accusé d'avoir utilisé des armes chimiques sur des centaines de personnes, dont de nombreux enfants.
13 avril 2017, 4:45am

Cet article a été initialement publié sur Tonic.

Le monde entier a vu cette vidéo insoutenable d'enfants syriens morts, entassés à l'arrière d'une camionnette, apportant ainsi la preuve que des attaques au gaz ont bien été perpétrées en Syrie ces derniers jours. On dénombre au moins 58 victimes, dont de nombreux enfants, tous décédés dans d'atroces conditions. Concrètement, c'est une fin que personne ne devrait endurer – vraiment personne. Toutes les armes chimiques ont été interdites en 1925 par le Protocole de Genève après leur utilisation lors de la Première guerre mondiale. Durant la Seconde guerre mondiale, de telles attaques étaient donc très peu répandues. Elles n'ont été utilisées que par l'Armée japonaise contre la Chine. En 1972, la Convention sur les armes biologiques a interdit tout développement, production et stockage d'armes chimiques. À la suite du massacre au gaz sarin de près de 5 000 personnes par Saddam Hussein en 1998, la Convention a réaffirmé sa volonté de bannir toutes ces armes de la planète et en a ordonné la destruction. L'utilisation d'armes chimiques est aujourd'hui une violation du droit international, mais l'histoire nous a souvent montré que cette barrière n'est pas suffisante – loin de là.

S'il existe des méthodes d'exécution cruelles et barbares, le gaz chimique est probablement l'une des pires manières de mourir. Les agents chimiques utilisés dans ce type de gaz sont tous des insecticides très puissants et mortels pour l'homme. Le premier agent de ce type – du sarin – a été créé pendant la Seconde guerre mondiale par des scientifiques allemands. Plus tard, c'est en 1952 que des scientifiques anglais ont mis au point le gaz VX. Très similaires au gaz sarin, ces gaz ont été utilisés en période de guerre car une faible dose suffit pour tuer.

Les composants présents dans le gaz fonctionnent en se liant et en désactivant l'acétylcholinestérase, une enzyme qui se place entre les terminaisons nerveuses, dont le seul boulot consiste à détruire l'acétylcholine, un neurotransmetteur important. Lorsque l'acétylcholinestérase est désactivée, l'acétylcholine s'accumule dans tout votre système nerveux, entraînant une stimulation excessive de la glande ou du muscle aval. Il en résulte deux scénarios désastreux.

Tout d'abord, l'acétylcholine active de nombreuses sécrétions glandulaires et des processus intestinaux. L'acétylcholine en surdose explique ce qui a été rapporté et vu dans les vidéos prises juste après l'attaque, à savoir un écoulement incontrôlable de salive, des vomissements, des contractions, une défécation involontaire, des pupilles minuscules et un rythme cardiaque très lent qui provoque un évanouissement.

Ensuite, l'acétylcholine provoque des contractions et des spasmes musculaires involontaires et particulièrement douloureux, favorisant une faiblesse musculaire. Les muscles deviennent rapidement tétanisés, ce qui entraîne une paralysie totale. Le diaphragme (le muscle principal responsable de la respiration) n'est pas épargné par cette attaque, la respiration devient très compliquée et finit par s'arrêter. Les muscles du larynx et de la gorge sont également paralysés, et les victimes ne peuvent plus avaler et finissent par s'étouffer avec leur propre salive. La mort par du gaz sarin est habituellement causée par l'étouffement par sa propre salive, accompagnée d'une paralysie. Très souvent, la victime est lucide pendant le déroulement de l'horreur qui dure plusieurs minutes. En un mot comme en cent, c'est barbare et criminel.

Le gaz sarin pénètre également dans la barrière hématoencéphalique. Pour les chanceux, cela se produit avant l'étouffement des voies respiratoires. Il en résulte un coma qui soulagera la sensation de noyade, mais peut également induire des crises difficiles à contrôler. Le traitement de l'empoisonnement par ce genre de gaz chimique commence par la décontamination, dans laquelle les victimes sont déshabillées et nettoyées avec de l'eau. C'est primordial, car l'empoisonnement continuera sans décontamination appropriée, et peut également mettre le personnel médical en danger.

Heureusement, des antidotes existent et visent à arrêter les deux scénarios mentionnés ci-dessus. Les injections d'atropine ralentissent la salivation, les vomissements, la défécation et les activités glandulaires involontaires. Le pralidoxime inversera les contractions et la paralysie, mais si le gaz sarin a été utilisé, le pralidoxime doit être administré dans les cinq à huit minutes pour éviter une mort certaine. La plupart des militaires portent des auto-injecteurs qui contiennent les deux antidotes.

Malheureusement, ce n'est pas la première fois que des armes chimiques sont utilisées en Syrie. Les enquêteurs des Nations Unies ont désigné Al-Assad comme responsable des trois précédentes attaques au gaz, et de la mort de plus de 800 civils tués au gaz sarin dans la banlieue d'Alep.