Culture

Les films d’horreur sont-ils des outils de propagande chrétienne?

Quand les films d'horreur ne condamnent pas les athées, ils laissent souvent entendre que les religions autres que celle de Jésus sont mauvaises ou annoncent que les prophéties de la Bible se réaliseront peut-être bientôt.
26 octobre 2016, 5:14pm

Quand on pense aux films de propagande chrétienne, des titres récents nous viennent à l'esprit, comme God's Not Dead ou Left Behind avec Nicolas Cage. Des assauts contre le monde laïque méprisés à la fois par les critiques et les spectateurs, qui à l'occasion engrangent des profits astronomiques – The Passion of the Christ. Mais il y a un autre genre qui semble avoir les mêmes visées missionnaires : promotion du christianisme et diabolisation des autres religions (ou de l'absence de religion) : les films d'horreur.

Chaque année, on endure de nouveaux suspenses prévisibles à l'intrigue ridicule : une jeune innocente touche aux instruments de Satan (comme une planche de Ouija), se retrouve ensuite possédée par le démon et finit par être exorcisée in extremis par un prêtre qui traversait une période de doute, mais voit maintenant l'hérésie des réflexions rationnelles.

Bien sûr, tous les films d'horreur ne sont pas des outils de propagande chrétienne. On en trouve même quelques-uns qui condamnent l'Église. Mais presque tous les films d'horreur tournant autour d'événements surnaturels condamnent les athées (The Conjuring, The Rite), laissent entendre que les religions autres que celle de Jésus sont mauvaises (The Wicker Man, The Exorcist, Sinister) ou annoncent que les prophéties de la Bible se réaliseront peut-être bientôt (Legion, The Omen). Même ceux qui n'ont rien à voir avec la religion glissent dans la rhétorique moraliste contre les drogues, le sexe avant le mariage ou n'importe qu'elle idée ne serait-ce qu'un peu libertine.

« Ils se voient comme des missionnaires de l'Église chrétienne, et leurs films sont leurs instruments de missionnaire. La peur est un instrument de missionnaire. »
- Hector Avalos

J'ai grandi dans la peur satanique du début des années 90. Au club vidéo, on ne m'a jamais permis de regarder dans la section des films d'horreur. Ma famille était chrétienne évangélique et croyait en une «guerre spirituelle », l'idée selon laquelle des anges et des démons se livrent autour de nous une éternelle bataille pour nos âmes. Regarder des films comme The Craft ou Dracula de Bram Stoker revenait à inviter le démon à s'emparer de nous. Maintenant que je suis un adulte athée, je ne vois pas de grande différence entre le message de l'Église (Satan est partout et vous avez la Bible pour vous protéger) et celui de nombreux films d'horreur. À tel point qu'on s'attendrait à ce que des parents chrétiens les montrent à leurs enfants comme des versions bibliques de Schoolhouse Rock!.

Mais la vraie question, c'est : est-ce que les producteurs de ces films nous gavent intentionnellement de propagande chrétienne (comme les communistes d'Hollywood qui ont été accusés d'empoisonner les esprits dans les années 40 et 50) ou se servent-ils simplement de références culturelles pour nous faire peur?

« Beaucoup de ces films sont de la propagande chrétienne explicite avec des visées missionnaires », affirme Hector Avalos, un professeur d'étude religieuse à la Iowa State University, qui donne un cours sur la religion au cinéma. Il compare des films comme The Omen à The Passion of the Christ de Mel Gibson, assurant que les deux ont un même but. « Beaucoup de réalisateurs croient au message de leurs films. Ils se voient comme des missionnaires de l'Église chrétienne, et les films sont leurs outils de missionnaire. La peur est un instrument de missionnaire. Leur message, c'est qu'il faut craindre le diable et qu'on devrait voir le christianisme ou la religion comme la meilleure réponse. »

The Conjuring

Le professeur donne en exemple The Conjuring, un film paru en 2013 (l'« histoire vraie de chasseurs de fantômes chrétiens qui a donné une série de films dérivés), qui se termine par une citation d'un vrai chasseur de fantôme à l'origine du film : « Les forces diaboliques sont redoutables. Ces forces sont éternelles et existent bien de nos jours. Le conte est vrai. Le diable existe. Dieu existe. Et notre destin dépend de celui que nous décidons de suivre. »

Le film de Warner Bros a été commercialisé pour les institutions religieuses, et dans une entrevue au Christian Post à propos de la suite, le coauteur Chad Hill a dit : « Conjuring 2 raconte une histoire du point de vue de croyants dont la meilleure arme est la foi en Dieu. Notre film donne l'occasion aux croyants et aux non-croyants de faire le voyage avec eux, et d'une certaine façon changera peut-être une personne aux limites de la foi en lui donnant en quelque sorte la force nécessaire. »

La plupart des réalisateurs de films d'horreur ne font pas aussi ouvertement dans le prosélytisme et n'ont aucune visée missionnaire consciente, d'après David Morgan, un professeur de théologie et d'histoire de l'art à l'Université Duke. Il a étudié de nombreuses peintures et romans basés sur la peur qui ont servi au fil des siècles à changer les comportements sociaux. Bien qu'il soit aussi d'avis qu'il y a des mises en garde moralistes dans les films d'horreur, il ne croit pas qu'il s'agit de propagande chrétienne.

« Les réalisateurs ne font pas nécessairement de la propagande, mais s'appuient sur des références culturelles, estime-t-il. Ils savent qu'un large segment de la population sait reconnaître les vices et les vertus, ainsi que le concept de l'enfer. La rhétorique religieuse leur sert davantage à divertir. »

D'accord, mais il est pertinent de se demander d'où viennent les références culturelles comme le fait d'être possédé par le diable : soit de l'Église, soit des films d'horreur, et deux sources auxquels nous sommes exposés à l'enfance. Les enfants n'étant pas naturellement sceptiques, ils s'opposent rarement en s'appuyant sur la science aux idées véhiculées. Leurs convictions s'accumulent proportionnellement à leurs peurs, ce qui en fait des candidats ont ne peut plus ouvert à la propagande dans les films ou les discours religieux basés sur la terreur. Quand j'étais jeune, mes amis et moi, on n'avait aucun mal à croire les rumeurs grotesques à propos des concerts de Marilyn Manson, du grand nombre de meurtres sataniques au pays ou à la possibilité d'être possédé par le démon si l'on ne faisait même que toucher à une planche de Ouija. On vivait dans une peur constante du diable qui rôdait autour de nous.

The Rite

Jusqu'à un certain point, je pense que le cinéma a pour objet d'éblouir et de fasciner les enfants. Il va donc de soi que les films d'horreur continuent d'utiliser des notions enfantines à propos de l'eau bénite et les crucifix. Mais, pour les adultes, les fictions surnaturelles prétendument basées sur des histoires vraies ne sont que paternalistes. Les croyants affirment qu'il y a eu de nombreux événements inexpliqués dans le monde qui prouvent l'existence de Dieu, comme une paysanne sans éducation exorcisée qui soudainement parle latin ou une maison hantée aux murs couverts de 666 écrits avec du sang. Ces « histoires vraies » proviennent de films d'horreur sévèrement critiqués comme The Exorcism of Emily Rose ou The Amityville Horror, et tôt où tard on a prouvé qu'elles étaient fausses.

Les conséquences néfastes dépassent le malaise qu'elle cause chez un athée. Bien que je sois forcé d'admettre que The Witch en 2015 était un chef-d'œuvre cinématographique, la prémisse était la même que dans The Conjuring : une chasse aux sorcières et leur exécution au 17e siècle étaient justifiées, car elles tuaient véritablement des bébés sous les ordres de Satan. Ces affirmations ont des conséquences dans la vraie vie, comme le montre le documentaire Saving Africa's Witch Children. On torture, abandonne, affame et tue des enfants depuis que des missionnaires évangéliques ont convaincu des Nigériens qu'il y avait des sorcières parmi eux.

Idem pour les films d'exorcisme. Pendant de siècles, des personnes souffrant de problèmes mentaux qui avaient besoin de soins médicaux ont été torturées par des prêtres convaincus que les malades communiaient avec le démon. Que fera-t-on ensuite? Un film faisant passer pour des héros les inquisiteurs espagnols, qui ont écartelé, démembré et brûlé vifs des prétendus hérétiques?

La prochaine fois que vous songerez à sortir 20 $ de vos poches pour aller voir un film à propos de victimes d'une maison hantée, de vampires ou d'un jeu de Ouija que seuls des prêtres et leur eau bénite peuvent sauver, demandez-vous si vous trouvez encore ces films réellement effrayants et si vous êtes prêts à appuyer financièrement des idées pernicieuses en échange d'une dose d'adrénaline.

Suivez Josiah M. Hesse sur Twitter.