À la rencontre d'un défenseur de la weed cacher

On a discuté avec un juif orthodoxe qui soutient activement la légalisation du cannabis.

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03 Août 2015, 5:00am

On a tous un ami Facebook qui, chaque semaine, balance un nouvel article de source plus ou moins sûre nous annonçant que le gouvernement français envisagerait de modifier la législation concernant l'usage récréatif ou médical de la marijuana, comme aux États-Unis. Après les États de Washington et du Colorado, l'Alaska a, en février dernier, décidé de légaliser le commerce et l'usage récréatif du cannabis. Depuis, à en croire les nombreux débats entrepris sur le sujet aux quatre coins du pays, beaucoup d'autres États devraient suivre le mouvement.

Ainsi, en plus de l'ouverture de nombreux dispensaires, on a pu voir émerger des cultivateurs-chimistes à la Walter White qui n'en finissent plus de croiser les races pour donner naissance à des variétés encore inconnues. Aujourd'hui, on trouve aussi des distributeurs permettant d'obtenir son « 20 balles » aussi facilement qu'une canette, un Uber de la weed qui vous ramène votre commande en moins de 10 minutes, ou encore des pizzas à la weed vendues par quelques petits malins ayant flairé le bon filon.

Néanmoins, le plus surprenant de tous les projets entrepris a été lancé par une entreprise du Colorado. Cette compagnie, toujours anonyme, est actuellement en pourparlers avec le Grand rabbin Moshe Elefant, président de l'agence de certification cacher de l'Union orthodoxe de New York, afin de mettre en vente des produits certifiés cacher – c'est-à-dire aptes à la consommation par les juifs religieux – à base de marijuana.

Pas besoin d'être rabbin, prêtre ou imam pour savoir que drogue – même douce – et religion ne font pas bon ménage. Afin de comprendre cet étrange rapprochement, j'ai interrogé le Français Gil Amsallem, sexagénaire, juif orthodoxe et thérapeute santé bien connu de la profession. En plus d'être consommateur de marijuana, l'homme soutient sa légalisation et sa reconnaissance thérapeutique.

Gil Amsallem ; Photo de Tealer

VICE : Comment définirez-vous la weed cacher ?
Gil Amsallem : Ça ne m'évoque que du positif. Ça permettrait à de nombreux juifs orthodoxes de consommer de la weed sans qu'ils aient à se demander s'ils sont ou non en contradiction avec la religion. La dénomination « cacher » nous permettrait d'en consommer sans problème.

Déjà, au 15ème siècle, le rabbin David Ben Zimra se demandait si les juifs pouvaient ou non consommer des substances récréatives. La marijuana a des effets positifs sur le corps, donc pour cette raison, elle est cacher. On se doute bien que, dans l'histoire, les Égyptiens qui travaillaient le chanvre n'en faisaient pas que du tissu. Il y avait des tas de produits qui déjà permettaient l'euphorie, la joie et l'ivresse.

Après, pour une partie de la communauté juive et pour une partie des rabbins, la weed reste une drogue, donc ils sont contre.

Dans la religion, il est interdit de se déconnecter de la réalité, non ?
Oui, sauf qu'à l'occasion de certaines fêtes, l'alcool coule à flot. Il n'y a pas d'interdit absolu, mais il y a des débats sur la question.

En Israël, plus de 11 000 personnes sont autorisées à consommer la plante pour des raisons médicales, car on reconnait ses bienfaits dans des maladies comme le cancer, le sida, les maladies neurologiques, les dépressions postromantiques – et Dieu sait que les Israéliens en sont victimes. Du coup, sa consommation est assez répandue en Israël.

Aujourd'hui, certes les États-Unis sont fer de lance en la matière, mais c'est notamment pour des raisons financières. C'est un énorme business. La weed cacher, c'est avant tout du marketing.

Par définition, dans le processus de pousse, si aucun composant chimique n'est ajouté, la weed est cacher ?
Oui, mais seulement selon une partie de la communauté. Certains juifs séfarades n'ont aucun problème à fumer de l'herbe pendant Pessah car cette fête symbolise la sortie d'Egypte et donc la liberté. Aussi, pendant la fête, on mange du pain azyme. On ne mange pas les produits qui ont eu le temps de fermenter. Dans la beuh, il y a des graines – ce sont des germinations comme le maïs, le cumin, etc. En revanche, de par la tradition, les Ashkénazes ne fument pas pendant les fêtes.

Aujourd'hui, à New-York, la communauté juive est très importante. Aux États-Unis, de nombreux États ont légalisé la weed à usage médical ou prévoient de le faire. En France, ouvrir un marché de la weed permettrait d'avoir plus de contrôle, d'assainir le trafic et d'apaiser la crainte de certains. Ça favoriserait la détente et le bien-être de beaucoup de fumeurs qui s'en grillent un petit en étant stressé. On est beaucoup à avoir grandi avec. Personnellement, j'ai fumé mon premier joint à 14 ans. Aujourd'hui, j'en ai 60 et je ne suis pas un délinquant, bien au contraire. Après, il y a des limites, comme avec l'alcool. Mais quand on regarde les rapports établis sur les méfaits de la drogue, on voit que les chiffres sur la weed sont bien meilleurs que ceux concernant l'alcool ou les médicaments.

Aujourd'hui, la machine de la légalisation est lancée. On finira par y arriver. Le représentant Moshe Elefant se bat énormément mais est un peu en balance quant à la légalisation à usage récréatif. Néanmoins, c'est une chose qui en découlera forcément. Vu le nombre d'États qui ont légalisé la marijuana, on va avoir des chiffres concrets sur lesquels s'appuyer. Ainsi, je pense que, d'ici 4 ou 5 ans, on pourra fumer tranquillement. Ça permettrait en plus à l'État de s'enrichir – en Italie, par exemple, l'armée contrôle les plantations « nationales ».

Vous qui travaillez dans le corps médical, que pensez-vous de la législation et de la réglementation internationale ? On donne la possibilité à certains de se soigner avec un produit fait avec des plantes et on impose à d'autres des traitements chimiques.
Oui, mais c'est en partie à cause des lobbys pharmaceutiques. Les produits naturels sont bien meilleurs que les produits de synthèse. Dans la nature, on a tout ce qu'il nous faut pour nous soigner. On n'a rien inventé, on a juste tout oublié. Dans la culture juive, on considère que Dieu nous a offert tout ce dont nous avions besoin. Il nous a donné tout ce qu'il faut pour vivre, nous soigner et évoluer. Il suffit de regarder les cultures amérindiennes pour voir la myriade de produits qu'ils ont pour détoxiquer le corps et l'esprit. Avec le temps, on a pu voir que ces populations vivent et croissent en conservant leurs traditions. Je dirais même qu'elles sont plus saines d'esprit que nous, avec nos sociétés urbaines et industrialisées. Un retour à la nature par la plante est possible.

Le concept de cacher pourrait-il s'étendre à d'autres drogues ?
Non, car dans la cacheroute, il y a des règles. Tous les jours, des produits demandent le label. À partir du moment où il y a un risque pour la santé, ce n'est pas possible. La weed, elle, a des vertus thérapeutiques.

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