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J'ai essayé de fumer du café, et c’était la pire expérience de ma vie

Les adolescents sont visiblement prêts à faire des choses de plus en plus stupides pour se défoncer.
05 avril 2014, 8:55am

Photos : Elizabeth Vasquez

Les rares adolescents qui ne peuvent pas se fournir en cannabis sont visiblement prêts à faire des choses de plus en plus stupides pour se défoncer. Récemment, on a vu fleurir de nombreux articles sur la prétendue nouvelle tendance du moment : fumer des grains de café. Parmi les effets secondaires mentionnés lorsqu'on ingère la caféine de cette manière, on retrouve des convulsions, des diarrhées, des vertiges, des hallucinations, des vomissements, de la fièvre et tout un tas de trucs absurdes qui n'ont rien à voir avec ce mode d'ingestion. Ce potentiel fake  n'a rien de nouveau : en 2011, un Redditor avait raconté ses expériences de fumeur de grains de café, et un post sur Erowid datant de 2007 évoquait déjà cette manière stupide de consommer de la caféine. Pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, j’ai décidé d’essayer par moi-même. Heureusement, ma pote Elizabeth s’est portée volontaire pour immortaliser ce moment et appeler une ambulance en cas d’extrême urgence.

On a commencé par regarder des tutoriels sur YouTube et de nombreuses vidéos de gamins en train de rouler des joints de café avec des post-it et du coton. En tant que fumeur invétéré, j'ai décidé de commencer avec un simple joint.

J'ai pris mon moulin à café, des cigarettes, des feuilles et du coton, ainsi que le portrait de George W. Bush et de sa femme qui me sert habituellement de plateau à rouler. J'ai mélangé une bonne portion de café torréfié moulu (saveur noisette) avec mon tabac. J'ai finalement roulé un joint ignoble avec un filtre fait maison – j’avais beau avoir passé des années à me bousiller les poumons, je n'étais pas encore prêt à les exposer à une telle chose sans la moindre protection.

Tranquillement posé sur mon balcon, j’ai allumé le joint. J'espérais sentir un petit goût de noisette – mais finalement, ça ressemblait à une cigarette normale, en plus artificiel. Je me suis dit que je n'avais peut-être pas mis assez de café. J'en ai donc roulé un deuxième en doublant la dose. La fumée était étonnamment douce, même si elle était légèrement amère et qu’elle n'avait absolument pas un goût de café. Je me suis senti stupide et Elizabeth m'a demandé si je commençais à avoir des hallucinations. Ce n’était pas vraiment le cas, mais j'espérais quand même que ça m'aiderait à fluidifier mon trafic intestinal, lequel me bloquait depuis deux jours. Je me suis senti un petit peu étourdi, mais rien de plus.

Comme tout fumeur qui se respecte, j'étais tenté de passer à l'étape supérieure. Je me suis donc emparé de ma cigarette électronique. Après l'avoir vidée, je l'ai remplie de café turc finement moulu que ma grand-mère m'avait donné avant de partir en vacances. D’ailleurs, j'espère qu'elle ne lira jamais ces lignes.

Après la première bouffée, j'ai su que j'étais sur la bonne voie ; ça avait un goût de produit chimique brûlé. J'ai rapidement senti une douleur au niveau des tempes et une légère migraine. Pour faire simple, c'était désagréable. Ma deuxième bouffée m'a fait tousser et, même en buvant de l'eau, je n'ai pas pu faire passer l'arrière-goût. L'étourdissement et la migraine sont devenus plus intenses, et j'ai jeté un regard désespéré à George W. pour qu'il me dise quoi faire. Pour des raisons évidentes, il n'a pas su m’orienter. Elizabeth m'a proposé d'aller prendre un peu l'air, ce qui m'a paru être une excellente idée. Nous sommes donc allés dans une petite boutique où on peut acheter du matériel pour fumer, pour y prendre une pipe à crack et un bang. En chemin, Elizabeth m'a dit que je n'avais pas l'air dans mon assiette, même si je ne me sentais pas trop mal – en dehors de la migraine, en tout cas.

Une fois dans la boutique, je me suis rendu compte qu'il n'y avait aucune manière légalement acceptable de demander une pipe à crack, et après plusieurs tentatives ratées de me faire comprendre en faisant allusion à une « sorte de paille en verre pour vapoter », le vendeur m'a demandé ce que je comptais mettre dedans. « Du café ». Il m'a regardé avec un de ces regards méprisants qu'on réserve aux idiots et aux mythomanes – ce qui s’appliquait partiellement à mon cas. J'ai finalement trouvé la pipe idéale, que j’ai achetée avec un bang pas cher et quelques filtres.

On était presque arrivés quand on a réalisé qu'il avait oublié de mettre la pipe à crack dans le sac. J'ai couru jusqu'au magasin, ce qui a empiré ma migraine. J'avais du mal à garder le rythme ou à trouver mon souffle. Jusque là, c'était vraiment nul.

Une fois rentré, j'ai préparé un bon vieux café turc pendant que je m'entraînais avec la pipe. Je dois admettre que je n'en avais jamais utilisé auparavant, mais j’ai rassemblé mes souvenirs de la série The Wire et déposé une pincée de café dans le trou, avant de chauffer e tout avec une flamme de mon briquet. Après quelques secondes, on pouvait voir de la fumée sortir par le dessus. J'en ai aspiré une grosse bouffée. Bien entendu, c’était horrible.

J'avais la bouche pâteuse, et ma gorge m'implorait d'arrêter ces conneries. La migraine s’est empirée, et tout mon corps a été parcouru de frissons désagréables. Je me suis forcé à prendre une deuxième taffe au nom de la science et mes paupières m'ont paru très lourdes. Le café que je préparais a commencé à déborder, et je me suis précipité pour l'ôter du feu. Je comptais m'en servir pour le bang.

Pendant qu'on attendait que le café refroidisse, je me suis assis et j'ai souffert en silence. Le goût de merde brûlée me restait dans la bouche et le nez, et il m'a fallu boire une bouteille d'eau entière pour le faire passer. Ça m'a fait un peu de bien sur le coup, mais je me sentais toujours anxieux et léthargique. Pendant que je souffrais dans mon coin, Elizabeth a préparé le bang en le remplissant avec du café tiède. Je suis allé à la salle de bain pour me passer de l'eau sur le visage avant cette épreuve finale, et j'ai remarqué que mes pupilles étaient vraiment très dilatées en me regardant dans le miroir. Mon cœur martelait dans ma poitrine. J'ai essayé de chier, mais ce n'était même plus une option.

Il avait commencé à pleuvoir dehors quand je suis revenu me mettre à table pour essayer le bang. L'odeur du café envahissait toute la pièce. J'ai prudemment pris une petite bouffée, et à ma grande surprise, c'était vraiment doux. Mon corps s'était peut-être habitué à cette immondice ; j'étais peut-être même déjà accro. J'en ai pris une autre, plus grosse, et elle m'a immédiatement fait tousser un épais nuage de fumée. Entre deux toux grasses, j’ai décidé d'arrêter.

Pendant les heures qui ont suivi, je me suis senti comme une sombre merde. Je me sentais un peu comme la fois où j'avais pris trop de Ritaline, quand j'avais 17 ans et que j’étais sensiblement plus stupide qu’aujourd’hui. Ce jour là, j’avais vécu mon premier bad trip. J'avais fini allongé sur le carrelage de ma salle de bain à attendre que cette mauvaise sensation passe. J'ai envisagé de faire la même chose cette fois-ci, mais c'était impossible sachant que ma salle de bain actuelle est tristement revêtue de lino. La migraine était devenue insupportable, et j'avais envie de vomir. Au bout d'un moment, je me suis dit que j'allais avoir besoin d’un vrai joint pour me calmer les nerfs. En effet, la douleur s’est légèrement dissipée, même si je continuais à frissonner incontrôlablement. Je me suis couché en position fœtale et je me suis endormi.

Je me suis réveillé vers 3h du matin. Mon T-shirt et mon oreiller étaient trempés de sueur, mais je me sentais beaucoup mieux et encore un petit peu défoncé. Je peux vous garantir qu'il n'existe pas de moyen plus stupide d'ingérer de la caféine que de faire passer un gramme de grains de café à travers ses poumons. Si vous tenez vraiment à essayer des méthodes alternatives, je vous conseille les comprimés de caféine, le savon à la caféine, les inhalateurs de caféine, les bonbons à la caféine, voire même le bacon cafféiné.

Je ne pense pas que cette mode existe réellement. Mais si jamais il existe quelques adolescents qui fument vraiment du café : pour l’amour de Dieu, arrêtez tout de suite.

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