Activestills capture l’absurdité du quotidien en Israël et Palestine

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Activestills capture l’absurdité du quotidien en Israël et Palestine

Les membres de ce collectif de photographes militants reviennent sur leurs clichés les plus marquants.
16.10.14

Le 26 août dernier, après 50 jours de combat, la guerre de Gaza qui opposait Israël à diverses forces paramilitaires palestiniennes prenait fin. Au total, ce nouveau conflit a fait plus de 2 000 morts côté palestinien et plus de 70 côté israélien. Parmi ces morts, l'ONG Reporters sans frontières recensait celle de quatorze acteurs de l'information gazaouis et celle d'un caméraman italien d'Associated Press. Si le conflit israélo-palestinien n'est pas le plus meurtrier pour les journalistes, des dizaines d'entre eux mettent régulièrement leur vie et leur sécurité en jeu afin de réaliser à bien leur mission d'information dans la région.

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Les membres du collectif Activestills - qui rassemble dix photojournalistes activistes israéliens, palestiniens ou étrangers - en font partie. Unis par la conviction que le photojournalisme est un outil de changement social et politique, ils arpentent chaque jour Israël et les Territoires palestiniens dans le but de capturer les évènements souvent absurdes et violents qui s'y déroulent. Créé en 2005, ce collectif se voit comme « acteur de la lutte contre toute forme d'oppression » et affirme n'avoir jamais cherché à être ou à paraître neutre. Dans une récente interview pour le site Our Age is Thirteen, Oren Ziv, co-fondateur d'Activestills, déclarait : « Nous n'avons jamais essayé d'être objectifs ; nous ne sommes pas un média grand public. Cela ne signifie pas que les journaux grand public sont objectifs mais, entre eux et nous, il y a dès le début une différence : nous avons toujours exprimé quelles étaient clairement nos intentions et nous n'essayons pas de paraître mesurés. »

Vernissage d'une exposition sauvage du collectif Activestills à Tel-Aviv, janvier 2006

Afin de renforcer leur engagement militant, les photographes - qui ont notamment collaboré avec l'AFP, le New York Times, Paris Match, Al Jazeera et Human Rights Watch - organisent régulièrement des expositions sauvages dans les rues et les espaces publics d'Israël. À leur grand désarroi, leurs images se retrouvent souvent arrachées par des militants de droite opposés à leurs actions.

Pour VICE, les membres d'Activestills ont accepté de commenter et de revenir sur quelques-unes des photos qui les ont le plus marqués.

BIL'IN, CISJORDANIE, JUILLET 2008
Bil'in est une petite ville de 1 800 habitants, à proximité de Ramallah. Chaque vendredi, les habitants y organisent une manifestation contre la barrière de séparation qui a englouti la moitié de leurs terres. Cette photo remonte à 2008. À l'époque, je m'y rendais quasiment toutes les semaines - revenir constamment aux mêmes endroits et ne jamais arrêter de documenter ce qui s'y déroule a toujours été important pour notre collectif. Je connaissais quasiment tous les gens qui participaient aux manifestations. L'un d'eux s'appelait Bassem Abu Rahme. Tout le monde le surnommait « Fill ». À chaque manifestation, il s'approchait du mur et tentait de dialoguer en hébreu avec les soldats. Le jour de cette photo, quelques activistes avaient réussi à traverser un grillage et à marcher entre celui-ci et le mur. Fill faisait partie du groupe. Il s'est mis à courir avec un cerf-volant qu'un militant israélien lui avait offert, tandis que les soldats observaient la scène. Près d'un an plus tard, le 17 avril 2009, il a été visé à la tête par une grenade lacrymogène. Il est mort sur le trajet qui le conduisait à l'hôpital. Quand je suis rentré chez moi, après être allé le voir à la morgue de Ramallah, j'ai fouillé mes photos d'archive et je suis tombé sur celle-ci. Je l'ai offerte à sa famille. Elle a depuis été utilisée sur des t-shirts et des posters et lors de commémorations.
- Oren Ziv

NABI SALEH, CISJORDANIE, AOÛT 2012
Nabi Saleh est un petit village de 500 habitants en Cisjordanie. Il y a cinq ans, ses résidents se sont mis à organiser des manifestations hebdomadaires contre l'occupation israélienne et contre l'expansion de la colonie voisine, aujourd'hui forte de 1 600 habitants. À l'époque, les colons venaient de s'emparer de la source d'eau du village. En réponse à leurs manifestations, les habitants de Nabi Saleh ont subi une répression injustifiée et disproportionnée et plus de 10 % d'entre eux ont été arrêtés par les autorités israéliennes. Sur cette image, les soldats arrêtent Nariman Tamimi, une importante militante du village, tandis que sa fille Ahed tente de les en empêcher. En 2012, la jeune fille de 12 ans a reçu des mains du premier ministre turc Erdogan le « Prix de la ville d'Istanbul » pour son engagement.
- Oren Ziv

COLLINES D'HÉBRON, CISJORDANIE, SEPTEMBRE 2012
Je me trouvais sur les collines du Sud d'Hébron, à proximité du village de Gwawis. C'était un matin ; je venais de rejoindre des militants qui accompagnaient des bergers palestiniens et leur troupeau. Tout d'un coup, des résidents de la petite colonie sauvage et illégale de Mitzpe Yaïr sont arrivés et ont menacé les bergers. Bien que la loi israélienne lui interdise d'agir de quelque façon que ce soit à l'extérieur de sa communauté, l'homme ci-dessus, chef de la sécurité à Mitzpe Yaïr, est arrivé en tirant en l'air avec le M16 que lui a fourni l'armée israélienne dans le cadre de son travail. Les moutons ont couru dans tous les sens et les bergers et les militants ont été contraints d'évacuer la zone.
- Shiraz Grinbaum

JABALIA, GAZA, NOVEMBRE 2012
L'opération Pilier de Défense à l'automne 2012 à Gaza a causé la mort de quatre civils israéliens et celle de 71 civils palestiniens, dont au moins 26 enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas. Cette image a été prise lors des funérailles de Mahmoud Raed Saddlah, âgé de 4 ans. Je suis entrée dans la pièce alors que son petit corps s'apprêtait à être emmené au cimetière. Les femmes pleuraient. C'était très dur. J'ai photographié ce groupe et je suis partie car je ne voulais pas être trop intrusive. Cette image sera finalement l'une des plus fortes que j'ai prises durant cette offensive militaire.
- Anne Paq

TEL-AVIV, ISRAËL, MAI 2013
J'ai couvert le mouvement social en Israël dès son début, en juillet 2011, quand la militante Daphni Leef a planté sa tente sur le boulevard Rothschild, dans le centre de Tel-Aviv, en signe de protestation contre la vie chère. Son action a provoqué les plus grandes manifestations qu'a jamais connu le pays et, tout l'été, tout le boulevard a été occupé par de jeunes Israéliens mécontents de la politique économique de leur gouvernement. Le soir du premier anniversaire du mouvement, alors que des milliers de personnes défilaient dans les rues, Moshe Silman, un citoyen qui se sentait « volé » par l'État, s'est immolé par le feu, avant de décéder quelques jours plus tard de ses blessures. Si cet acte a affecté la lutte, ces militants rêvent toujours d'un meilleur futur et des manifestations sociales ont été de nouveau organisées les mois suivants. En mai 2013, quand a été prise cette image, toujours dans le centre de Tel-Aviv, la gauche israélienne manifestait contre la privatisation du marché du gaz. Le théâtre Habima avait commissionné un artiste pour faire refléter les mots « Faites un vœu » sur l'eau des fontaines.
- Oren Ziv

QALANDIYA, CISJORDANIE, JUILLET 2013
J'ai pris cette photo un matin du mois sacré de Ramadan au checkpoint de Qalandyia, entre Jérusalem et Ramallah. Ces Palestiniens attendent d'être autorisés à traverser pour se rendre à la prière matinale à la mosquée Al-Aqsa. Si ce genre de scène humiliante reste très fréquent en Cisjordanie, ces dernières années, suite à la réaction de l'opinion publique internationale, les autorités israéliennes ont rendu plus humaines ces attentes parfois très longues.
- Yotam Ronen

AL-KHADER, CISJORDANIE, NOVEMBRE 2013
L'un des avantages au fait d'être un journaliste militant est d'être invité à des actions politiques auxquelles personne d'autre ne pourrait accéder. Sur cette photo, on voit un activiste palestinien buriner le mur de séparation. Ce genre d'action est assez fréquent. Au départ, il faisait si sombre que je pouvais à peine photographier quoique ce soit. Puis, le mur s'est ouvert et la lumière a aussitôt traversé le trou. Les soldats israéliens sont arrivés une heure plus tard, montrant ainsi que le mur ne permet pas vraiment de protéger le territoire israélien d'éventuels intrus - ce qui est pourtant officiellement sa raison première.
- Ryan Rodrick Beiler

DÉSERT DU NÉGUEV, ISRAËL, DÉCEMBRE 2013
L'année dernière, le plan Prawer-Begin a menacé de déplacement des dizaines de milliers de Bédouins citoyens d'Israël qui vivent dans des villages non reconnus par les autorités, bien que nombre d'entre eux soient plus anciens que l'État d'Israël, créé en 1948. Cette photo d'un Bédouin sur son cheval a été prise à proximité de l'un de ces villages. Si le plan Prawer a finalement été annulé suite à la mobilisation de Bédouins dans tout le pays, la plupart de ces communautés n'ont toujours pas accès à l'électricité, à l'eau et au réseau routier.
- Keren Manor

JÉRUSALEM-OUEST, ISRAËL, DÉCEMBRE 2013
Il y a un an, le gouvernement israélien a adopté une loi autorisant le placement en rétention des immigrés clandestins sans procès jusqu'à un an. Rapidement, les migrants - souvent originaires du Soudan, d'Éthiopie ou d'Érythrée - se sont mobilisés dans tout le pays pour faire reconnaître leurs droits et leur statut de réfugié. Ils ont aussi organisé une « Marche pour la liberté » depuis le centre de détention d'Holot, dans le sud du pays, jusqu'à Jérusalem. Cette photo a été prise à leur arrivée, devant le Parlement, après trois jours de marche, où ils se sont fait violemment arrêter par la police. Je couvre ce sujet depuis 2007 et ce jour-là a été l'un des plus tristes de toute ma carrière.
- Oren Ziv

JÉRUSALEM-EST, CISJORDANIE, MARS 2014
En mars dernier, plusieurs quartiers de Jérusalem-Est coupés du reste de la ville par la barrière de séparation ont été victimes d'une pénurie d'eau pendant plusieurs semaines. Selon l'Association pour la défense des droits civiques en Israël, ce problème est un « nouvel exemple de la négligence des autorités israéliennes » dans cette zone pourtant sous la responsabilité de la municipalité de Jérusalem. À Ras Shahada, là où a été prise cette image au moment de la pénurie, le problème n'est pas nouveau et les coupures ou le manque de pression sont fréquents. Quand cela survient, les habitants - qui vivent pour la plupart sous le seuil de pauvreté - n'ont alors pas d'autre choix que d'acheter des bouteilles dans les épiceries voisines. Selon HaGihon, le service des eaux de la ville, le problème s'explique par un manque d'infrastructures : alors que le réseau d'eau dans ces quartiers peut prendre en charge 15 000 personnes, la population est estimée entre 60 000 et 80 000 personnes.
- Tali Mayer

JÉRUSALEM-EST, CISJORDANIE, JUILLET 2014
Le 12 juin dernier, trois adolescents israéliens ont été kidnappés alors qu'ils faisaient de l'auto-stop à la sortie d'Hébron, en Cisjordanie, avant d'être assassinés. En guise de représailles, des Israéliens militants d'extrême droite ont tué le jeune Mohammed Abou Khdeir, Palestinien de 16 ans, en le brûlant à vif. Les Palestiniens ont alors organisé des manifestations comparables à celles de la seconde Intifada en 2002 en Israël et en Cisjordanie afin de rendre justice au jeune Mohammed et d'exprimer leur colère. J'ai pris cette photo le 4 juillet dernier lors d'affrontements avec les autorités israéliennes à Chouafat, son quartier d'origine, à Jérusalem-Est. Son corps n'avait alors pas encore été remis à sa famille, ce qui n'a fait qu'aggraver la rage des jeunes du coin. Cette nuit-là, ils avaient décidé de s'en prendre aux lignes de tramway, bien que les plus vieux aient tenté de les en dissuader. Il faisait très sombre et ils ne voulaient pas être pris en photo. Moi et un autre collègue étions les seuls reporters présents. Suite à cette soirée, le tramway n'a plus circulé dans le quartier pendant plusieurs jours - ce qui a certainement eu un impact sur l'économie de la ville. Deux jours plus tôt, la police israélienne avait violemment chargé lors d'une manifestation similaire à l'aide de balles en caoutchouc d'un nouveau genre et très dangereuses - deux de mes collègues d'Activestills, deux autres journalistes et une dizaine de manifestants y ont d'ailleurs été blessés.
- Faiz Abu-Rmeleh

QALQILYA, CISJORDANIE, JUILLET 2014
Le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice, l'organe judiciaire principal de l'ONU, a jugé la construction de la barrière de séparation par Israël contraire au droit international et exigé son démantèlement. Cette photo a été prise le 9 juillet dernier alors que des militants palestiniens et internationaux célébraient les 10 ans de cette décision. Les affrontements avec la police israélienne sont fréquents dans cette ville presque totalement entourée par le mur.
- Ahmad al-Bazz

Retrouvez une interview de Keren Manor et Oren Ziv, co-fondateurs et membres d'Activestills, concernant le mouvement social de 2011 en Israël sur VICE UK

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