Les milieux alternatifs sont remplis de crétins

Imaginez les mecs de The Fall aujourd’hui en jogging Nike et parka North Face, en train de bouffer du poisson frit un dimanche après-midi devant la BBC 2 et une Newcastle en canette grand format.

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mai 7 2013, 11:00am

Je n’ai jamais foutu les pieds à Nottingham. Le seul truc chez moi qui pouvait faire écho à cette ville, excepté les histoires de Robin des Bois et de la forêt de Sherwood, restait les romans d’Alan Sillitoe et le Nottingham Forest de Brian Clough. C’est pour ça que j’ai voulu en savoir un peu plus sur les Sleaford Mods, un groupe originaire de ce coin boisé et que j’ai découvert récemment. Rien que leur nom déboite. Et leur post-punk déboîte tout autant.

Sérieux, ca faisait longtemps que j’avais pas écouté un truc aussi bien. Imaginez les mecs de The Fall aujourd’hui – s’ils avaient encore la moindre pertinence – en jogging Nike et parka North Face, en train de bouffer du poisson frit un dimanche après-midi devant la BBC 2 et une Newcastle en canette grand format. C’est bien comme ça. J’ai posé quelques questions par mail à leur chanteur, Jason.

VICE : Il semblerait que vous soyez des grands fans de The Thing de John Carpenter. Qu’est-ce que tu aimes dans ce film ?
Jason Williamson :
Tous les personnages du film sont des cols bleus à l’exception d’un docteur et d’un scientifique. Ces mecs détestent leur boulot et ce putain de monstre horrible se pointe et offre à la plupart d’entre eux une mort violente et douloureuse, mais ce truc leur prend leur code génétique, donc ils ne meurent pas vraiment. C’est horrible. Et ça reprend de plus belle au fur et à mesure que le film avance, la même chose, quel enfer.

À quoi ressemblent les East Midlands ? Sur la page du Wikipedia français, ils parlent de golf et de voile. Ceci dit, Nottingham et Sherwood doivent leur célébrité à autre chose.
Du golf et de la voile ? Ah, ah ! Bon, j’imagine qu’il y a des parcours de golf dans le coin, mais c’est réservé aux blaireaux.  Du golf… C’est comme conduire une Porsche, strictement aucun intérêt. Les East Midlands sont une région assez grande, il y a plein de maisons centenaires et de moulins. Les centres-villes sont un mélange d’architecture des soixante-dix et d’influences américaines – le genre de bâtiments aux toits plats, comme des fast-foods.

J’ai vu que tu avais passé quelque temps en Californie, ça ne t’a pas plu ?
J’avais une cousine là-bas en fait, et je lui ai demandé si je pouvais venir. Je suis resté environ neuf mois, c’était en 1992. J’ai tenté ma chance dans un groupe, mais c’était naze. Ç’était pas l’Amérique que j’avais vue à la télé. Après deux semaines, je me suis retrouvé sans une thune, du coup j’ai trouvé un job comme veilleur de nuit d’une résidence un peu à l’écart de San Francisco. C’était ultra chiant, j’étais raide tous les soirs juste pour trouver le courage d’aller faire ce putain de taf. Il y avait de violentes scènes de ménage sans arrêt et je devais appeler la police. J’avais quoi ? 20 ans… l’enfer. Tout ça pour dire, que non, j’ai pas trop aimé, tout le monde était à moitié chelou.

Vous avez joué à une soirée dédiée à Alan Sillitoe, un écrivain que j’adore. Il était de Nottingham, aussi. Vous êtes fan de Sillitoe ?
On nous a demandé de jouer dans cette soirée. En fait, c’était notre deuxième concert en tant que duo, Andrew m’avait rejoint peu de temps avant et on avait juste fait un seul concert à deux. L’album Wank était sorti peu avant, mais on a accepté parce que c’était vraiment un honneur de le faire. Alan Sillitoe est très, très, important ; c’était un observateur génial de la classe ouvrière, un auteur « réaliste » si tu veux. Donc on a fait ce concert, et après ça on eu de la presse pour la première fois – depuis tout roule.

Je ne comprends pas tout aux paroles. Mais vous avez tout l’air d’être de vrais « jeunes gens en colère ».
Regarde autour de toi,  c’est le règne du vide. Le milieu de l’art est rempli de crétins. Les milieux « alternatifs » sont également remplis de crétins, ce qui est peut-être encore pire. Les mecs qu’on pouvaient apprécier en musique il y a quelques temps ont tout foutu en l’air en se transformant eux aussi en gros crétins. Ce qui appartenait à des mecs géniaux, dans l’histoire de la musique, est constamment repompé et reproduit encore et encore. Je regardais un putain de magazine il y a pas longtemps, et ce blaireau de Miles Kane [le frontman des Last Shadow Puppets] est assis là, il veut ressembler à Marc Bolan où à je ne sais qui. Putain, casse-toi ! Le monde est de nouveau incapable de dissimuler les plans des Riches, le peuple se fait baiser de manière rationnellement inconcevable, et pour enjoliver le tout, les magazines et les médias en tous genres servent la soupe à des lèche-culs dans le seul but de protéger les intérêts de catégories accros aux profits et aux trucs chiants.

Je cherchais une définition de votre musique sur Internet et j’ai trouvé ça : hip-punk. Vous êtes quand même pas un groupe de fusion ?
Ah non, pas vraiment.

Et quand vous annoncez vos concerts avec des « Live ?! Like a suicide », ça veut dire que tu es fan des Guns n’ roses ?
Oui.

Sinon, on voit des frites sur la pochette de votre album Wank.
C’est des frites d’une friterie, des vraies frites. J’ai pris cette photo avec mon téléphone, il y a un bail, après être sorti un soir.

On vous voit aussi poser près d’un container de vêtements donné par les gens pour les plus pauvres. Faut relier ça au nom de votre groupe, Sleaford Mods ? L’importance que les Mods accordaient aux fringues, tout ça ?
Non, pas du tout. J’aime bien le truc Mods, mais franchement c’est de la connerie pour passer le temps. Il y a eu des moments géniaux évidemment, les Sex Pistols, The English Dogs, Headshrinker d’Oasis et plein d’autres trucs, c’est ce que ça veut dire pour moi, « Mods ». C’est pas ces trucs de scooters et de drapeaux là, et Paul Weller qui fait toujours le même truc depuis des lustres. Cassez-vous. Et la banque de vêtements, ça rappelle que les inégalités existent un peu partout et qu’on est sur la pente de la destruction de toute forme de compassion.

Ils sont où les Mods maintenant ?
Dans les musées. Et les rassemblements d’extrême droite.

T’aimes le foot sinon ?
Non, j’ai jamais aimé ça. Et c’est le genre de trucs, t’aimes ou t’aimes pas. J’aime pas.

Les Sleaford Mods seront en concert au Festival Câbles à Nantes ce mercredi 8 mai. Plus d'info

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