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Drogue

Pourquoi j'ai arrêté la weed

Paranoïa, positions fœtales et sucreries : quelques raisons pour lesquelles je refuse de me prosterner devant l'autel de la ganja.
30.3.15
Toutes les illustrations sont de Nicholas Gazin

Alors que la décriminalisation et la légalisation se répandent aux États-Unis, on peut légitimement penser que n'importe qui est en passe de devenir un évangéliste de l'herbe. Mais il reste encore pas mal de gens qui refusent ostensiblement de se prosterner devant l'autel de la ganja. Pour certains, l'herbe représente leur passé trouble de petit criminel qui a fait les mauvais choix. Pour une poignée de personnes, la weed ne sait rien faire d'autre que mettre à mal leur santé mentale et les faire marmonner en position fœtale. En règle générale, on a plutôt tendance à parler des shitheads qui pensent que fumer de la weed empêchera la banquise de fondre ou résoudra le conflit israélo-palestinien. On a donc décidé qu'il était temps d'écouter l'autre camp – celui des gens qui ont tiré un trait définitif sur la marijuana. Voici leur histoire.

JAZZ ET PARANOÏA

Après l'université, j'étais vraiment à fond dans la weed et les drogues psychédéliques. Je fumais de l'herbe tous les jours, et c'était incroyable. Mais au bout d'un certain temps, je me suis mis à avoir des réactions intenses. La première fois, c'était à un concert de Phish au Merriweather Post Pavilion. Je passais un bon moment avec des amis, en fumant de l'herbe et en écoutant Phish jouer « Reba ». Et là, tout d'un coup, je pouvais voir le monde se refermer sur moi. C'est comme si le ciel était devenu noir, et je me suis évanoui.

Cependant, je n'avais pas envie de renoncer à la weed pour autant. Mais j'ai revécu la même chose un peu plus tard dans l'année, alors que j'étais au festival de jazz de la Nouvelle Orléans. J'ai ressenti la même chose après avoir tiré sur un blunt – par chance, j'ai vite trouvé un endroit pour m'allonger. Mais j'ai commencé à avoir des hallucinations. Ma copine était censée me récupérer après le concert et elle avait quelques minutes de retard. J'étais persuadé qu'elle était en train de se taper un autre mec. Après, j'ai cru qu'elle était morte et j'ai quitté le festival pour partir à la recherche de son cadavre. Elle n'avait aucune idée d'où j'étais et elle m'a trouvé quelques heures plus tard en train d'arpenter Bourbon Street, complètement déphasé.

Je ne jette pas l'opprobre sur la weed – je pense que ces réactions sont également dûes aux autres drogues que j'ai ingérées au cours de ces dernières années. Mais aujourd'hui, à chaque fois que je tire sur un joint, je me mets dans un état qui fait que ça ne vaut même plus le coup pour moi de fumer. Ça a ruiné tellement de moments de ma vie que je préfère me rabattre sur la bière pour me détendre.

GANDALF L'ÉVENTREUR

J'ai arrêté de fumer quand j'avais 19 ans, après une soirée particulièrement étrange. J'avais passé plusieurs heures à fumer avec un SDF qui jouait de l'harmonica dans une maison abandonnée. Mon ami joueur de djembé et moi-même avions rencontré cet étrange personnage alors qu'on jouait dans la rue. Vers 2 ou 3 heures du matin, mon pote m'a lâché pour passer chez un de nos amis communs. Je me suis donc retrouvé tout seul dans un tas de ruines avec ce SDF qui devait bien faire 2 mètres de haut. Il était constamment voûté sur une branche d'arbre gigantesque qui lui faisait office de canne, ce qui lui donnait des airs de Gandalf.

À la fin de la nuit, j'étais complètement fracassé. Je ne me rappelle pas très bien de la suite des événements. Je ne sais plus si Gandalf a sorti un couteau, s'il a parlé de son couteau ou s'il a évoqué les gens qu'il avait poignardés quand il était au Vietnam, mais au bout de quelques temps, j'étais convaincu qu'il allait m'ouvrir comme un poisson et jongler avec mes organes vitaux. Finalement, mon ami est revenu et m'a conduit jusqu'à la maison de ses parents, où je me suis écroulé sur un lit. Je n'ai plus jamais retouché à un joint depuis. Parfois, il peut être très dangereux d'être un putain de hippie.

FRINGALE FATALE

Quand j'étais à la fac, j'adorais boire en semaine. Le seul inconvénient, c'était la gueule de bois que je me tapais pendant les cours – jusqu'à ce que je découvre que fumer de l'herbe ne produisait pas la sensation d'avoir un pieu planté dans le crâne durant plusieurs heures.

Tous les soirs, je fumais un joint avec mes colocataires. Tout se passait très bien, jusqu'à ce que je commence à travailler dans une boulangerie réputée. Quand je terminais le boulot, je ramenais avec moi l'équivalent de 40 euros de pâtisseries, en me disant que j'allais les partager avec mes colocs. Évidemment, ce n'est jamais arrivé. Quelques heures après mon joint quotidien, je m'enfilais des quantités indécentes de pains au chocolat et de croissants. Ce n'était pas très beau à voir.

Finalement, j'ai arrêté de fumer parce que j'étais devenu tellement ballonné que je faisais des cauchemars mettant en scène des sucreries. Et le lendemain, je passais chaque pause aux toilettes. J'ai donc tiré un trait sur la weed pour le bien de mon colon.

CRIME ET CHÂTIMENT

À la fac, je fumais et dealais énormément d'herbe. Je n'étais pas Tony Montana ou un truc du genre, mais j'achetais environ 500 grammes de weed par semaine pour couvrir mes frais de consommation. J'étais devenu assez habile en la matière, et je planquais la weed dans la fermeture de ma sacoche en cuir noir. Tout allait bien, jusqu'à ce que je me fasse choper.

Alors que je marchais avec des potes qui avaient l'air franchement défoncés, je me suis fait arrêter. Les flics ont trouvé qu'on avait l'air « suspect » et se sont ramenés avec un chien – lequel n'a pas trop tardé à retrouver les 30 grammes que j'avais dissimulés dans ma sacoche.

J'ai eu de la chance parce que je me trouvais dans le Vermont, où les jeunes de moins de 21 ans possédant moins de 60 grammes sur eux ne sont pas considérés comme des dealers. Je ne risquais pas la prison, mais j'ai dû m'adonner à cette chose avilissante qui consiste à pisser dans un bocal et discuter avec un médecin.

Mon premier médecin était nul, mais le second m'a encouragé à essayer d'arrêter l'herbe. Il m'a tout simplement expliqué que je n'avais aucun moyen de savoir si ma vie était mieux avec ou sans weed sans faire de petite pause.

Plus tard, lorsque les tests se sont terminés, j'ai réalisé que la weed me rendait parfois mécontent et anxieux. Je prenais de mauvaises décisions, et fumer ne m'aidait pas à avoir les idées claires. J'ai arrêté quelques temps, et mes notes se sont améliorées. Je ne suis pas en train de dire que la weed affecte tout le monde négativement, mais elle a clairement un mauvais effet sur moi. Ça fait maintenant dix ans que je n'ai fumé aucun joint, et je ne l'ai jamais regretté.

VOL AU-DESSUS D'UN NID DE COUCOUS

Le LSD a ruiné toutes mes défonces à la weed. Un jour, j'ai eu un trip affreusement nul qui a affecté mes perceptions pour toujours. Ce jour-là, j'étais dans la maison de vacances de mes parents, située au bord d'un lac paisible. C'est un endroit idyllique, mais il me rappelle certains sombres souvenirs refoulés. Peut-être que c'est dû au fait que la maison est remplie d'abris pour oiseaux et de babioles anxiogènes. Dans tous les cas, alors que j'étais en plein trip, quelque chose m'a rendu triste et indifférent. Aujourd'hui encore, j'ai du mal à mettre des mots sur ce sentiment. Je me sentais comme un enfant sur la mauvaise pente, comme si ce n'était pas moi qui contrôlais mon destin et mes décisions. Ce trip a été tellement traumatisant qu'il m'a fallu voyager quelques temps à travers le pays pour redescendre.

Malheureusement, depuis ce jour, je ne peux plus fumer de weed. Une seule taffe suffit à me donner une crise de panique. C'est comme si mes pensées devenaient incontrôlables. Tout se trouve perverti – même les choses que je considère habituellement comme positives. Je commence à me poser des questions type, Pourquoi mes amis sont-ils mes amis ? Ils essayent juste de profiter de moi … C'est devenu vraiment accablant. Imaginez ce sentiment étrange vous gagner alors que vous partagez simplement un joint avec votre pote dans un parc et que vous ne sachiez plus rien faire d'autre que de mettre des mots sur vos délires paranoïaques. Maintenant, ça va un peu mieux.

Toutes les illustrations sont de Nick Gazin. Retrouvez-le sur Instagram.