Publicité
Stuff

Je suis allergique au sperme

Je ne peux physiquement pas recevoir de semence – ça en fait rire certains au point de se pisser dessus.

par Louise Doherty
18 Janvier 2016, 6:00am

Cet article a été initialement publié sur Broadly

L'allergie au sperme existe bel et bien, mais elle est très rare. Pas aussi rare que vous pourriez le penser, mais suffisamment pour que la première réaction des gens soit de pisser de rire lorsqu'ils en entendent parler. Il existe malheureusement des hommes allergiques à leur propre sperme – une situation peu enviable, mais qui leur permet au moins d'être la seule personne concernée par cette triste affaire. Mais pour les femmes dont le corps décide de rejeter le juteux catalyseur même de la vie, une allergie au sperme est une autre paire de manches.

Laure, 29 ans, a été diagnostiquée allergique au sperme il y a deux ans. « Ça va vous paraître fou, mais je n'ai pas eu le fin mot de l'histoire avant mes 27 ans. À 17 ans, je pensais naïvement que la sensation de piqûre, les démangeaisons et les gonflements que j'avais éprouvés avec mon premier partenaire étaient... normaux », a raconté Laura à Broadly. « J'étais beaucoup plus inquiète par rapport au fait que ma pilule me transformait en une sorte de loup-garou hormonal criblé d'acné.

C'est à 25 ans que j'ai rencontré mon premier vrai petit copain. Nous avons dû faire quelques compromis : il ne voulait pas mettre de préservatif et je ne voulais ni devenir folle ni voir mon visage se transformer en une piscine purulente. Nous avons eu recours à la technique du retrait – qui, au fait, peut-être aussi fiable que les préservatifs, ce que personne ne vous dira jamais ».

« J'ai remarqué que si je ne me précipitais pas vers la douche pour me laver dans les cinq minutes suivant un rapport sexuel, j'avais l'air d'avoir été barbouillée de feutre rouge par un enfant surexcité. J'ai supposé que j'avais affaire à une IST, ce qui a fait peser toutes sortes de questions sur notre relation. Nous avons tous les deux faits des tests, lesquels n'ont rien donné. Puis j'ai passé des heures sur Google, qui m'ont finalement mis sur la voie d'une hypersensibilité au liquide séminal humain. »

Depuis le premier cas déclaré en 1958, près de 100 cas confirmés d'allergie au sperme ont été dénombrés chez les femmes, bien que de récentes études suggèrent que cette affliction puisse être bien plus répandue qu'on ne le pense. Naturellement, les femmes hésitent à se manifester – souvent par peur d'être renvoyées chez elle avec une poignée d'antibiotiques et un sourire condescendant.

C'est exactement ce qui est arrivé à Laura : « Mon médecin a fait de son mieux pour contenir son large sourire en me glissant avec insistance des dépliants sur les IST. Je lui ai montré un article très sérieux issu d'une revue médicale et j'ai fini par obtenir des excuses et un rendez-vous chez un spécialiste. »

Selon le Docteur Rob Hicks, médecin généraliste et auteur du livre

Beat Your Allergies, une allergie au sperme est inhabituelle mais reste aisément compréhensible pour les spécialistes : « C'est une réaction du système immunitaire, exactement comme les autres allergies. Les gens réagissent à une protéine qui se trouve dans le sperme, ce qui donne lieu à des symptômes tels que des rougeurs intimes, des démangeaisons, une sensation de brûlure et parfois quelques douleurs. Cela provoque plus rarement l'anaphylaxie, une réaction allergique sévère potentiellement mortelle. »

Photo : Danil Nevsky via Stocksy

« Je suis sortie de mon rendez-vous et j'ai explosé de rire, se souvient Laura. J'ai réalisé que mon diagnostic était probablement lié à un accident inexpliqué de mon adolescence. À plusieurs reprises, alors que j'avais 15 ans, mes poignets se sont mis à me gratter et à se couvrir de cloques, et mes lèvres ont tellement gonflé qu'elles en touchaient mon nez. Mon médecin a mis ça sur le compte du stress [occasionné par les examens]. Mais avec le recul, il me semble que cela avait peut-être à voir avec mes premières fellations de débutante ».

Les antihistaminiques peuvent aider à contenir les réactions allergiques chez les personnes atteintes mais les options en termes de traitement à long terme sont quelque peu limitées : « l'abstinence, l'utilisation du préservatif ou la désensibilisation », selon le Dr. Hicks.

« Par "désensibilisation", on fait référence au fait de persévérer malgré la douleur afin de la tolérer avec le temps », note Laura. « Mais la tolérance marche de façon individuelle. J'ai réussi à l'atteindre avec un homme, mais je devrais tout recommencer si nous nous séparons. Et puis, comment tomber enceinte quand son corps traite l'essence même de son partenaire comme un immigrant clandestin ? »

Photo : Alice Nerr via Stocksy

« Il est possible de tomber enceinte avec une allergie au sperme et les femmes devraient se rassurer sur ce point : cela ne rend pas stérile », affirme le Dr. Hicks. Son conseil pour Laura et les autres ? « Demander conseil à leur médecin, qui peut leur suggérer une insémination intra-utérine ou une fécondation in vitro en utilisant du sperme qui a été lavé afin d'éliminer les protéines déclenchant l'allergie ».

En dépit du chemin tortueux et incertain qui s'étend devant elle, Laura réussit à voir un avantage à sa déplaisante allergie. « Quand je ne vois personne, c'est juste une anecdote intéressante que je peux sortir au cours d'un jeu ennuyeux type action ou vérité. Mais cela a eu un impact plus profond et plus positif sur la manière dont je vois la vie en tant que femme ».

« À quelques exceptions près, la société considère qu'une femme a de la valeur ou est remarquable du fait de son physique ou de sa capacité à se reproduire. Quand ce dernier point n'est plus garanti, il faut redéfinir sa vie d'une autre manière – au travers d'un travail qui a du sens, d'expériences, de relations, et rappeler au monde chaque fois qu'on a l'opportunité de le faire que toutes les femmes ne veulent pas suivre la voie de la procréation vers laquelle elles sont aveuglément envoyées ».

« Je suis définitivement convaincue qu'il existe une corrélation entre mes convictions féministes, libérales et mon allergie. Et j'en suis heureuse. Mais est-ce que j'aimerais plutôt avoir une allergie aux arachides sympa, normale, comme n'importe qui d'autre ? Ouais, probablement. »

*Son nom a été changé