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Marcher dans les nuages

On se souvient tous de ce moment où, dans Super Mario, il était possible de grimper au sommet d’une tige de haricot pour accéder à un monde caché dans les nuages.

par Matthew Francey
17 Décembre 2012, 10:00am

On se souvient tous de ce moment où, dans Super Mario, il était possible de grimper au sommet d’une tige de haricot pour accéder à un monde caché dans les nuages. Oui, je sais, c’est le monde le plus cool. Tomás Saraceno, un architecte devenu artiste, est très certainement fan de Mario parce que grâce à lui, une version gigantesque de ce monde existe maintenant pour de vrai !

Tomás est le premier artiste à avoir été invité à résider au Centre des Arts, des Sciences et de la Technologie à l’Institut de technologie du Massachussetts. Ses recherches se fondent principalement sur les technologies futures et les plates-formes aéroportées. Ses projets précédents ont consisté à installer une « ville nuage » à Berlin et une toile d’araignée géante à New York, censée représenter la structure de la galaxie.

Son projet le plus récent – On Space Time Foam – couvrait 1 200 mètres carrés au-dessus du HangarBiocca à Milan, et était composé de trois couches de papier film transparent. Je l’ai appelé pour parler d’art, de sciences et de cette nouvelle terre aérienne.

VICE : Salut Tomàs ! De quoi est fait ce truc de fou ?
Tomás Saraceno :
C’est fait à 99.1 % d’air ! Toute la structure fonctionne sur la combinaison de différentes pressions d’air dans les membranes du papier film et dans l’espace d’exposition. L’expérience s’avère différente pour chacun(e) parce que les mouvements et l’espace entre les membranes dépendent du poids de la personne et de la pression qu’elle exerce dessus. C’est pas évident à comprendre, mais pour faire simple, c’est un peu comme des lasagnes.

Hein ?
Les membranes sont comme les couches de lasagnes, et l’air, c’est la viande entre les couches. Le poids de trois personnes aura plus d’effet sur la structure que le poids d’une seule. On se rapproche de la théorie de la relativité d’Einstein : il disait que la masse d’un corps influait sur l’espace et le temps. Dans le cas présent, la membrane se courbe, et il peut être difficile d’en réchapper. Un peu comme un trou noir.

Cool ! Ça rebondit ?
Non, ce n’est certainement pas un château gonflable. J’aimerais bien voir tous les journalistes qui l’ont décrit ainsi essayer de rebondir dessus. C’est impossible. Pour rebondir, il faut quelque chose qui puisse vous faire rebondir, comme un ressort par exemple. Tu peux sauter sur n’importe quelle surface, mais pour On Space Time Foam, c’est justement le contraire : il s’affaisse sous vous au lieu de vous faire rebondir.

Comment peut-on se déplacer ?
Les mouvements d’une personne dépendent de la position des autres personnes. Si quelqu’un veut sortir mais se retrouve trop bas pour atteindre la sortie, deux ou trois personnes doivent aller de l’autre côté pour soulever cette personne de deux ou trois mètres. Ça établit une relation directe entre les personnes sur le nuage.

Un peu comme l’effet papillon.
Exactement, l’installation est comme un écosystème ; on est tous reliés les uns aux autres et à l’espace. Parfois, des gens que l’on ne voit même pas ont une influence sur nos mouvements. Puis, après un certain temps, on commence à comprendre les dynamiques de l’espace. Il y a une certaine procédure d’adaptation. On découvre ses influences sur les autres, que celles-ci soient conscientes ou inconscientes. Ça dépend aussi du langage corporel parce que les choses se passent trop rapidement pour que l’on soit capable de communiquer avec les mots. Il faut essayer de réagir aux mouvements des gens et coopérer.

Ça fait quoi de marcher là-dessus ?
[Rires] C’est génial ! Au début, ça fait un peu peur, comme la structure se trouve à 20 mètres de hauteur. Généralement, on s’inquiète aussi de sa solidité, ou alors on a peur de se faire « avaler », mais il n’y a aucun risque que cela arrive. On a fait énormément de calculs et toutes les mesures de sécurité ont été prises, même en cas d’incendie, donc il n’y a aucune raison de s’inquiéter.

Ça a l’air un peu déboussolant.
Oui, au début, mais le cerveau s’adapte très rapidement aux nouveaux environnements. Une fois sur la mousse, on commence à tenir compte de la dimension verticale, ce qu’on ne fait généralement pas. C’est fascinant de sentir son cerveau s’adapter à des mouvements étrangers.

Qu'est-ce qui va arriver à ton projet quand ce sera fini ?
On l'a construit de façon à pouvoir le reconstruire ailleurs, à l'extérieur du studio, en le remplissant d'hélium ou d'hydrogène. Ce sera une sorte d'île flottante. 

Tu veux le mettre où ?
Peut-être dans les Maldives, l'un des premiers endroits qui va se retrouver sous l'eau à cause du réchauffement climatique. Je suis toujours soucieux de ce que deviennent mes projets. Là, on a invité des scientifiques du MIT pour voir comment on pourrait utiliser cette île flottante pour distiller l'eau dans l'air.

On Space Time Foamfait partie du projet « Cloud Cities ». Quelle est la phase suivante ?
Je suis sur un projet à Rotterdam qui consiste à créer un plateau volant. Il est censé s’envoler et flotter au gré du vent. L’idée est de mettre le sol en valeur depuis l’espace aérien. C’est un mélange entre un cerf-volant et une montgolfière.

Ça a l’air génial. Les gens pourront marcher dessus ?
Oui, oui. Nous voulons que les gens marchent dessus. Il fera 300 mètres de long. Si le vent est assez fort, on espère atteindre 60 mètres de haut.

Pourquoi tiens-tu tant à combiner la science avec l’art ?
C’est génial de pouvoir utiliser l’art comme outil pour expliquer des concepts difficiles à comprendre.

Merci Tómas.

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