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Nouvelle Zélande

La Nouvelle Zélande refuse de faire d’un habitant des îles Kiribati le premier « réfugié climatique »

Le pays natal de Ioane Teitiota, un archipel du Pacifique, est menacé par la montée des eaux. Il espérait devenir le premier homme à obtenir l’asile climatique.

par Pierre Longeray et Pierre-Louis Caron
21 Juillet 2015, 4:40pm

Vue satellite d'une île de l'archipel des Kiribati. (Photo ?via Wikicommons / NASA)

Un citoyen des îles Kiribati — un archipel du Pacifique menacé par la montée du niveau des eaux de la mer — a vu sa demande d' « asile climatique » refusée ce lundi par la justice de Nouvelle-Zélande, où il est installé avec sa famille depuis 2007. Ioane Teitiota devrait donc être renvoyé vers son pays d'origine. Si le statut de « réfugié climatique » n'est pas reconnu par le droit international, en 2014, 19,3 millions de personnes ont été obligées de quitter leur foyer en raison de catastrophes naturelles.

« C'est [une décision] un peu archaïque prise par la Nouvelle-Zélande, car tôt ou tard il faudra bien trouver une solution à ce problème, » indique ce mardi à VICE News, Catherine Withol de Wenden, juriste et chercheuse spécialisée dans les migrations internationales au Centre d'études internationales (CERI) de Sciences Po Paris.

Ce lundi, la plus haute juridiction de Nouvelle-Zélande a estimé que la demande de Teitiota ne répondait pas aux critères établis par les Nations Unies pour définir le statut de réfugié. La Convention de Genève — qui définit les caractéristiques du statut de réfugié — garantit une protection aux personnes « craignant avec raison d'être persécutées du fait de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques ».

Teitiota avait déclaré qu'il ferait face à une « persécution passive » s'il était obligé de retourner dans son pays — disant que le gouvernement des Kiribati n'était pas capable de le protéger, lui et sa famille, des effets du changement climatique responsables selon lui de la montée des eaux menaçant son foyer. La cour néo-zélandaise a estimé que « M. Teitiota ne courait pas de "grave danger" » aux Kiribati, reconnaissant néanmoins que l'île était confrontée à des « défis » climatiques.

Reportage photo du photographe Ciril Jazbec aux Kiribati pour témoigner de la montée des eaux. 

Les Kiribati sont le premier pays à voir le soleil se lever le matin — étant placé à l'Est dans le premier des fuseaux horaires. Le pays, peuplé par 110 000 habitants, est composé de trois archipels posés au milieu de l'océan Pacifique — les îles Gilbert, Phoenix et celles de la Ligne. C'est l'un des plus petits pays du monde, avec une surface terrestre de seulement 811 km2, mais avec une zone maritime de 3,5 millions de km2. Les îles sont à fleur d'eau — en moyenne, le pays est situé 1,8 mètre au-dessus du niveau de la mer — elles sont donc particulièrement menacées par la montée des eaux, l'un des phénomènes naturels attribués au réchauffement climatique.

Emplacement des îles Kiribati. (Capture d'écran Google Maps)

Pour faire face à ce péril, le président du pays, Anote Tong, avait acheté en 2014, 20 km2 de terre sur une île de l'archipel des Fidji, située à quelque 2 000 kilomètres du pays menacé par la montée des eaux. « J'espère que nous n'aurons à y envoyer personne, mais si cela devenait absolument nécessaire, alors nous pourrions le faire », déclarait à l'époque Tong. D'autres pays composés d'archipels font face au même défi, notamment les Maldives, les Seychelles ou le Vanuatu.

« Persécuté par les pays industriels »

Avant d'arriver en Nouvelle-Zélande, Teitiota a vécu plusieurs années de chômage à Tarawa, la capitale des Kiribati. Il habitait avec la famille de sa femme à l'époque, les vagues ont inondé plusieurs fois leur maison. En 2007, sa femme et lui récupèrent enfin un visa de travail pour partir s'installer en Nouvelle-Zélande, comme il le racontait en début d'année à Foreign Policy, qui lui a consacré un portrait.

Une digue de fortune, construite sur une des îles de l'archipel des Kiribati, pour empêcher l'eau de pénétrer dans les terres. (Photo via Flickr / Australian Minister of Foreign Affairs and Trade)

Teitiota avait confié la mission de renouveler son visa de travail à un avocat néozélandais, mais d'après Teitiota, c'est à cause d'une incompréhension que l'avocat n'a pas rempli sa mission. Teitiota se fait contrôler en 2011 lors d'un classique contrôle routier, alors que son feu arrière droit est cassé, et dit s'apercevoir alors qu'il n'est pas en règle. Il est menacé d'expulsion.

Sa femme et lui contactent à ce moment Michael Kidd, un avocat et pasteur néozélandais qui prend en charge leur dossier. Kidd argumente devant la Haute Cour, puis la Cour d'Appel néozélandaises, entre 2012 et 2014. Il explique que Teitiota a été indirectement persécuté par les pays industriels, qu'il juge responsables du réchauffement climatique. Les demandes devant ces deux cours seront finalement rejetées. Ce lundi, la dernière chance de Teitiota se jouait devant la Cour Suprême néozélandaise. Elle a décidé de ne pas lui accorder le statut de premier réfugié climatique dans le monde.

La question du statut de réfugié climatique

Pour François Gemenne — lui aussi chercheur au CERI de Sciences Po, qui étudie les migrations environnementales — « Il faut arrêter de chercher à créer un statut unique de réfugié climatique, » explique-t-il à VICE News, ce mardi après-midi. Gemmene propose plutôt « un ensemble de traités bilatéraux […] et non un statut unique de réfugié qui implique une obligation d'assistance et qui est perçu comme une contrainte que le Nord fait peser sur le Sud. »

Catherine Withol de Wenden abonde en ce sens, pointant elle aussi le caractère contraignant d'une modification du statut de réfugié pour y inclure des clauses environnementales, « Les gouvernements du monde entier ont peur de voir affluer des millions de personnes chez eux, personne ne veut créer un précédent, une brèche dans le contrôle des frontières, » explique la spécialiste.

Ce mardi matin, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères français et en charge de l'organisation de la Conférence climat (COP21) qui se tiendra en France en décembre 2015 prônait quant à lui une « réponse mondiale », interrogé sur la question des réfugiés climatiques par une auditrice de la radio France Inter. « Ce n'est pas une question qui va être directement réglée par la COP21, mais la France et beaucoup d'autres pays sont en train de travailler pour qu'on arrive à trouver une solution mondiale, » a déclaré le ministre.

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Vue satelliteUne île de l'archipel des Kiribati. (Photo via Wikicommons / NASA)