Naissance d'un bébé « à trois parents » dans une clinique ukrainienne

Un couple qui a essayé pendant une décennie d'avoir un enfant est finalement devenu, ce mois-ci, le premier à réussir une « FIV (fécondation in vitro) à trois personnes ».
18 janvier 2017, 5:30pm
Rainer Jensen/picture-alliance/dpa/AP Images

Un couple qui a essayé pendant une décennie d'avoir un enfant est finalement devenu, ce mois-ci, le premier à réussir une « FIV (fécondation in vitro) à trois personnes ». Les experts mettent néanmoins en garde contre cette méthode, qui est encore et purement au stade expérimental. Il n'y a pas encore assez de preuves qu'elle peut en effet augmenter les chances de fertilisation.

Une clinique en Ukraine a révélé ce mercredi que des médecins avait utilisé une technique expérimentale appelée transfert du noyau, qui consiste à combiner le sperme du père avec l'ovule de la mère avant que ce mélange ne soit placé dans un autre ovule donné par une troisième femme. L'ovule a ensuite été implanté dans l'utérus de la mère.

Le 5 janvier dernier, celle-ci a donné naissance naturellement à un enfant, qui aura l'identité génétique de ses parents ainsi que des traces de l'ADN de la donatrice du deuxième ovule.

Le docteur Valery Zukin, qui a mené le processus à la clinique Nadiya, a publié une vidéo sur Facebook d'une fécondation in vitro en cours.

L'utilisation de la FIV à trois, ou thérapie de remplacement mitochondrial, a été pensée originellement pour aider les parents à empêcher la transmission de troubles génétiques dévastateurs à leurs enfants. Son utilisation contre la stérilité chez les couples en bonne santé est sujette à discussion et certains avancent que son efficacité reste à prouver.

« Il y a très peu de preuves, voire aucune, qui soutien l'utilisation de transferts mitochondriaux pour améliorer la qualité de l'embryon ou de l'ovule, ou d'inverser le vieillissement de l'ovule, »nous a dit le docteur Jane Stewart, secrétaire de la Société britannique de la stérilité. « Il n'y a certainement pas assez de preuves scientifiques disponibles pour justifier son utilisation clinique pour améliorer les résultats d'une FIV. »

En décembre, dans une décision historique, le Royaume-Uni a autorisé les procédures de FIV à trois personnes, mais seulement dans le cadre du traitement de maladies génétiques. La Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA) a par ailleurs annoncé que les cliniques pourraient d'ores et déjà postuler au nom de leurs clients pour procéder à ces pratiques. Cela après que la HFEA a étudié les dernières preuves scientifiques au nom de la sûreté de la procédure.

Il y a deux ans, le parlement britannique avait voté en faveur de cette technique. Pour le moment, personne ne considère l'utilisation des FIV à trois dans le cadre du traitement contre la stérilité outre-Manche, nous a indiqué un porte-parole de la HFEA. Selon celui-ci, il faudrait un changement dans la loi pour que cela se produise.

L'enfant n'est pourtant pas le premier bébé à naître avec l'ADN de trois personnes différentes. En avril dernier, un garçon est devenu le premier à naître d'une fertilisation in vitro de trois personnes. Mais dans ce cas-là, les médecins avaient utilisé une technique appelée le transfert de noyau maternel. Celle-ci a été utilisée pour empêcher la transmission d'une maladie génétique appelée le syndrome de Leigh, portée par la mère.

La procédure avait été menée par un groupe de médecins américains mais avait eu lieu au Mexique, où il n'y a pas de lois qui interdisent ce genre de tests. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration réfléchit à autoriser éventuellement le traitement, mais doit encore l'officialiser. De plus, un comité de l'Institute of Medicine enquête actuellement sur les implications éthiques de la technique.

La principale raison du délai pour approuver le traitement est l'opinion publique. Ses opposants craignent que son autorisation fasse augmenter le nombre d'enfants péjorativement appelés « bébés sur mesure » — même si ces procédures ne peuvent pas être utilisées pour modifier des traits physiques comme la couleur des yeux ou des cheveux.


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