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À la frontière ougandaise, les Sud-Soudanais fuient la famine

Chaque jour, plus de 3 500 personnes fuient le Soudan du Sud vers l'Ouganda.

par Peter Lind
21 Février 2017, 1:45pm

Un nouveau rapport publié ce lundi pointe du doigt la guerre civile, et l'instabilité qui en découle, comme responsables de la famine au Soudan du Sud. Quelque 100 000 personnes font désormais face à la famine, alors que 4,9 millions d'autres se retrouvent dans le besoin extrême de nourriture.

Cette nouvelle alerte intervient alors que le conflit opposant les forces loyales au président, Salva Kiir, aux rebelles fidèles à l'ancien vice-président, Riek Machar, a gagné la région de Kajo Keji, près de la frontière avec l'Ouganda.

Les Soudanais du Sud fuyant leur pays déchiré par la guerre ont confirmé les exactions détaillées dans les rapports de l'ONU. L'agence avait dénoncé les violences, les viols et les attaques systématiques contre des civils. Le nombre de réfugiés qui entrent en Ouganda a atteint une moyenne de 3 657 par jour, ces dernières semaines. Ce chiffre a connu un pic de 6 765 nouveaux arrivants le 1er février, selon les Nations unies.

Des milliers de personnes cherchent à traverser les frontières illégalement, car les forces gouvernementales de l'Armée de Libération du Peuple Soudanais (SPLA) exigent l'équivalent de 3 dollars [2,85 euros] pour laisser les gens partir.

En décembre, le secrétaire général de l'ONU de l'époque, Ban Ki-Moon, avait prévenu : « Le risque est bien réel que ces atrocités de masse, qui incluent des épisodes récurrents d'épuration ethnique, dégénèrent en un possible génocide. »

William Tomdien. (Photo de Peter Lind)

En bas de la colline — au-delà du bras asséché de la rivière Kayo, qui sépare l'Ouganda et le Soudan du Sud —, ils trouvent la sécurité. Ils sont nombreux à arriver là avec seulement ce qu'ils peuvent porter dans leurs bras. « Les forces loyalistes ont tiré sur nos voisins. Ils ont dit qu'ils aidaient les rebelles, mais ils étaient innocents. C'est la troisième fois que je fuis. J'ai passé la plupart de ma vie en exil », raconte William Tomdien.

La plupart des réfugiés qui passent la frontière sont des femmes et des enfants — 86 pour cent, selon l'ONU. La plupart des hommes se battent au Soudan du Sud ou essaient malgré tout d'y gagner leur vie.

Nancy Yobu. (Photo de Peter Lind)

« Je suis partie à 15 heures hier. Des gens sont venus dire : Tu veux mourir ? Sinon, quitte le pays. J'avais peur qu'ils viennent chez moi », a dit la jeune femme de 21 ans Nancy Yobu, quelques minutes après avoir traversé la frontière.

Selon l'ONU, des soldats ont reçu la permission de violer des femmes à défaut de percevoir un salaire. Plusieurs femmes quittent leurs villages en toute hâte pour éviter un tel sort.

Une réfugiée sud-Soudanaise pousse son vélo. (Photo de Peter Lind)

La plupart des femmes traversent la frontière toutes seules, portant seulement leurs bébés, de la nourriture et des appareils électroménagers.

Un berceau abandonné à la frontière ougandaise. (Photo de Peter Lind)

Une fois la frontière croisée, beaucoup de personnes laissent leurs biens à la frontière. Mais ils se rendent vite compte que leur voyage est loin d'être fini.

Emmanuel Sokiri. (Photo de Peter Lind)

Certains, comme Emmanuel Sokiri, se préparent pour passer de longues années en exil. « La situation est mauvaise. On a volé les affaires de mon père. Je vais y retourner pour la sixième et dernière fois pour prendre mes affaires, ma femme et mon fils de deux ans. Il ne reste presque plus personne dans le village. »

À la frontière ougandaise. (Photo de Peter Lind)

À l'instar d'Emmanuel, beaucoup de personnes font cette traversée plusieurs fois et prennent quelques bouts de leurs vies à la fois — dans des coffres ou des boîtes. Des cadenas sont le seul moyen de protéger leurs biens.

Un vélo chargé avec des objets personnels, dont un poulet. (Photo de Peter Lind)

Après avoir traversé la frontière, les réfugiés marchent 5 kilomètres jusqu'au centre d'accueil de la ville d'Afoji, où ils sont transférés dans des camps.

Un camion en train d'être chargé. (Photo de Peter Lind)

Les réfugiés et leurs biens sont alors conduits dans un camion, chargé de les emmener dans leurs nouveaux foyers. À partir de là, ils trouveront une parcelle de terre dans l'un des campements de réfugiés de la région, et essaieront de reconstruire leurs vies.

« Plus de 60 pour cent des réfugiés sont des enfants, et beaucoup d'entre eux arrivent avec des niveaux alarmants de malnutrition... Les derniers arrivants font état de souffrance au Soudan du Sud avec des luttes intenses, des enlèvements, des viols et des menaces sur leur vie, ainsi qu'une forte pénurie alimentaire », a dit le porte-parole de l'ONU William Spingler le 10 février.

Philip Lomer. (Photo de Peter Lind)

Plus de 1,5 million de Sud-Soudanais ont fui ce qui ressemble à l'enfer sur terre. Ceux qui y sont restés sont principalement les handicapés et les personnes âgées, laissés de côté comme des canards boiteux dans des campements à l'extérieur des villages, a dit Philip Lomer, un Sud-Soudanais de 70 ans. « J'ai dû marcher sur des corps de morts pour arriver en Ouganda. »


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