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Hasta luego Alberto !

Alberto Contador prendra sa retraite après le Tour d'Espagne. Il tourne ainsi une page d'histoire du cyclisme longue de quinze ans, faite de suspicions, de suspensions, mais aussi de victoires, de panache et de bravoure.

par VICE Sports
07 Août 2017, 12:02pm

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Il l'a annoncé avec un sourire simple et désarmant. Celui d'un coureur conscient que ses plus belles années sont derrière lui, heureux d'avoir tant brillé et apaisé de bientôt raccrocher. Lundi 7 août, Alberto Contador a confirmé qu'il prendrait sa retraite après la Vuelta 2017. Une décision logique au vu de son lent déclin sportif depuis son abandon sur le Tour 2014, ce qui n'empêche pas l'immense majorité des fans de cyclisme d'éprouver une certaine nostalgie, voire une pointe de tristesse, à l'idée de voir El Pistolero définitivement rengainer.

Car malgré le retentissement médiatique de l'affaire Puerto, dont il est sorti blanchi mais pas indemne, malgré sa suspension de deux ans et la perte de son titre sur le Tour 2010 pour un contrôle positif au clenbutérol, Contador, champion d'une génération gangrénée par le dopage, n'est pas marqué du sceau de l'infamie comme ont pu l'être certains de ses rivaux, de Rasmussen à Riccardo Ricco. Sa longévité, sa modestie, et surtout son exceptionnel coup de pédale en montagne en ont fait l'une des idoles du public.

Pendant 15 ans, le "meilleur grimpeur du monde" tant vanté par Thierry Adam a traîné sa silhouette chaloupée, cabrée sur ses pédales, en danseuse sur les plus beaux cols d'Europe. Angliru en Espagne, Alpe D'Huez en France ou Stelvio en Italie, Alberto Contador a fait parler sa technique et sa classe sur les trois Grands Tours. Il fait partie du club très fermé des six coureurs à les avoir tous remportés. Mieux, même déchu de ses titres sur la Grande Boucle en 2010 et sur le Tour d'Italie 2011, il totalise encore 7 victoires sur les courses de trois semaines, trois sur la Vuelta, deux sur le Tour de France et deux sur le Giro, toutes remportées au prix d'attaques tranchantes et de coups audacieux.

Car c'est là la clé de la popularité et de l'aura qui entoure Contador : loin d'un Uran obnubilé par le porte-bagage de Bardet ou d'un Evans il y a quelques années, le Castillan ne s'est jamais contenté de sucer les roues en attendant la défaillance de ses adversaires. Il a offert au public quelques-unes des plus belles passes d'armes de ces dernières années, face à des rivaux au pedigree plus ou moins douteux qui plus est. Malgré les lourdes suspicions qui pesaient sur le duel, qui ne s'est pas extasié sur son mano a mano hallucinant avec Rasmussen sur le Tour ou son attaque face au Sky sur Paris-Nice ?

S'il n'a pas toujours été récompensé de son audace, Contador a montré un panache indéniable. Qu'il soit le plus fort ou non, que son équipe domine la course ou pas, il a fait preuve d'une égale propension à attaquer ses adversaires sans sombrer dans des comptes d'apothicaire pour sauver un obscur top 10. Et c'est ce qu'on aime chez lui.

Contador incarne à lui seul les deux visages du cyclisme. Celui d'un sport devenu séduisant lorsqu'il se libère du carcan des tactiques frileuses et de l'ennui des courses écrasées par la Sky et celui, moins reluisant, d'un monde où les suspicions et les héritages sulfureux demeurent, même pour un des coureurs les plus respectés du peloton.

Car Alberto Contador est bien un produit de son époque. Victime d'un anévrisme cérébral qui manque de le tuer en 2004, il est déjà dans le viseur des spécialistes du dopage, qui ne manquent pas de rappeler que l'EPO favorise la création de caillots de sang... Puis c'est au tour de ses relations avec certains gourous du peloton d'être mises en avant. Avec le docteur Fuentes, dans l'affaire Puerto, mais aussi avec Manolo Saiz, patron de la Once et de Liberty Seguros, deux équipes citées fréquemment dans les affaires de dopage. Son arrivée dans le giron de Johan Bruyneel, l'acolyte d'Armstrong, ne plaide pas non plus en sa faveur.

Héros de son temps ou victime de son époque, Alberto Contador est sûrement un peu des deux. Il aura surtout eu le mérite de marier palmarès et panache, à une période où aucun autre coureur du peloton ou presque n'a réussi à concilier les deux. C'est pourquoi, sur les routes de la prochaine Vuelta, on espère qu'El Pistolero disposera encore de quelques cartouches pour faire le coup de feu une dernière fois.