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Tech by VICE

Les marchands d'armes du dark web deviennent riches

Chaque mois, des dizaines de milliers de dollars d'armes, d'explosifs, de munitions et d'accessoires sont échangés sur le dark web.

par Joseph Cox
21 Juillet 2017, 7:00am

Image : Flickr - Michael Saechang

Le marché des armes sur le dark web est bien étrange. Les sites marchands débordent d'arnaqueurs et de policiers infiltrés, c'est un fait. En même temps, il a été montré maintes fois que des internautes étaient parvenus à vendre et acheter leurs engins de mort dans les profondeurs d'Internet ; le Glock 17 avec lequel Ali David Sonboly a tué neuf personnes à Munich en juillet 2016 venait d'un dark market.

Behind the curtain : The illicit trade of firearms, explosives and ammunitions on the dark web, une nouvelle étude réalisée par l'organisation de recherche non-gouvernementale RAND Europe, tente de faire la lumière sur cette dimension inquiétante du réseau. Ses conclusions sont alarmantes : le volume de transactions généré par les catégories "armes à feu" et apparentées des dark markets atteindrait plusieurs dizaines de milliers de dollars par mois.

L'un des auteurs de l'étude, Giacomo Persi Paoli, a affirmé que le marché était "assez gros pour faire beaucoup de bruit" au cours d'un échange téléphonique avec Motherboard.

Le travail de Giacomo Persi Paoli et ses collègues Judith Aldridge, Nathan Ryan et Richard Warnes est basé sur une méthodologie similaire à celle des études consacrées au marché de la drogue sur le dark web : les dark markets génèrent des informations qui sont collectées grâce au réseau Tor puis analysées. RAND Europe affirme que 52 vendeurs uniques d'armes, de munitions, d'explosifs et d'accessoires répartis dans 811 catégories sur 18 sites marchands ont été étudiés pour Behind the curtain.

La plupart du temps, quand un internaute effectue un achat sur un dark market, il est appelé à noter la qualité de la transaction. Ce système basique permet aux futurs clients potentiels de savoir s'ils s'adressent à un marchand digne de confiance. Comme chaque note correspond à un échange, il est également révélateur du volume de ventes. Une aubaine pour les chercheurs, qui l'utilisent pour découvrir quels objets ont été vendus et comptabiliser le volume des transactions.

Les dark markets ont une autre fonctionnalité bien commode pour les internautes et les chercheurs : il n'est pas rare que les vendeurs d'armes à feu précisent d'où et vers où ils effectuent leurs livraisons. Une fois de plus, les analystes de RAND Europe n'ont eu qu'à se baisser pour récolter des informations précieuses sur les pays les plus impliqués dans la vente d'armes en ligne.

Nous devons souligner que ces méthodes ont des limites. Difficile, par exemple, de repérer les vendeurs qui fabriquent des notes positives en achetant leurs propres objets.

Grâce aux données récoltées sur le dark web, les chercheurs de RAND Europe sont parvenus à la conclusion que le marché des armes à feu générait 136 ventes et 80 000 dollars de revenus mensuels. Dans Behind the curtain, ils affirment que les pistolets étaient le produit le plus disponible. Ils sont suivis par les fusils et les pistolets-mitrailleurs.

Une portion non négligeable des armes vendues partaient pour l'Europe. Le pays le plus actif dans la vente était, sans surprise, les États-Unis.

"L'Europe était le principal client, tant en termes de nombre de ventes confirmées que de revenus", a affirmé Paoli.

Les armes à feu pèsent bien peu dans le commerce sur le dark web : les 811 catégories étudiées par les chercheurs de RAND Europe ne représentent que 0,5% des listings d'objets qu'ils ont récupérées sur les dark markets. Reste que les Glock, les AR-15 et les AK-47 des blacks markets génèrent sans doute bien plus d'argent que nous le pensons.

"Le volume d'échanges peut être considéré comme suffisamment haut pour représenter un problème aux yeux des législateurs et des forces de l'ordre", explique l'étude.

Dans son récent rapport Serious Organised Crime Assessment, la National Crime Agency (NCA) du Royaume-Uni a désigné le dark web comme une menace dans la lutte du pays contre les armes à feu illégales. La NCA, le Bureau de l'Intérieur et la Metropolitan Police ont fourni des témoignages aux chercheurs de RAND Europe.

"J'espère sincèrement que ce travail va permettre d'éclaircir quelques unes des légendes urbaines qui traînent", a déclaré Paoli.

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