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Le blogueur américain qui veut absolument combattre Poutine

Benjamin Wittes n'est pas seulement spécialiste des questions de sécurité nationale, il est aussi un combattant en arts martiaux de bon niveau, assez pour vouloir affronter le président russe en taekwondo et lui prouver qu'il n'est qu'un imposteur.

Entre Donald Trump et les membres de sa famille terrés à la Maison Blanche, ignorant les dangers que peut représenter Poutine, et le meilleur ennemi du président russe, John McCain, handicapé par une récente intervention chirurgicale, les citoyens américains sont en droit de se poser la question suivante : si le président russe venait à mettre en péril la sécurité nationale, qui se lèvera pour s'y opposer ? Tout le monde s'interroge, mais en vrai, personne ne sait vraiment qui sera cet homme providentiel.

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Je l'ai toujours dit et je le redis ici-même : quand il faut accomplir un acte héroïque et que vous ne savez pas qui solliciter, appelez un blogueur. Pas sûr qu'il parvienne à vous rendre le service tant espéré, mais il tentera le coup : ces gens-là sont prêts à tout pour se faire remarquer.

C'est là que Benjamin Wittes, rédacteur en chef du blog Lawfare, consacré à la sécurité intérieure américaine, entre en piste. Le bonhomme s'est spécialisé dans les affaires entourant les élections américaines, dont on soupçonne qu'elles ont été manipulées par le Kremlin, et les liens étroits et polémiques que Trump entretient avec Moscou. Le genre de sujets plutôt en vogue depuis novembre 2016 et la victoire de Donald, qui a valu au site Lawfare d'exploser ses résultats d'audience avec une hausse de 600% de son lectorat sur la dernière année.

Mais le succès du blog et de son patron Wittes ne tient pas seulement à sa ligne éditoriale. Le bonhomme, qui se décrit lui-même comme « un homme d'âge moyen avec un emploi de bureau qui s'entraîne raisonnablement mais pas trop non plus » est aussi capable de quelques provocations en lien avec sa passion pour les arts martiaux – qui lui vaut tout de même d'être aujourd'hui ceinture noir de taekwondo et d'aïkido. Dernièrement, il a retweeté un message adressé à Poutine qu'il avait lui-même posté en 2015. Son objet ? Proposer tout simplement au président russe de se mesurer à lui en taekwondo pour qu'il prouve à tout le monde qu'il mérite bien son titre de ceinture noire tant vanté dans les médias.

Car pour Wittes, ce statut d'expert en arts martiaux attribué à Poutine ne va pas de soi. Les dizaines de vidéos montrant le président russe mettre une misère à ses adversaires sur les tatamis et les photos de lui, torse nu bombé à califourchon sur son cheval, ne constituent pas des preuves suffisantes à son goût. Mieux, Wittes accuse Poutine d'être « un escroc des arts martiaux qui affronte seulement des gens qui craignent son pouvoir et qui acceptent de se faire battre. » Une seule façon pour lui de prouver le contraire : « Combattez-moi, je ne suis qu'un journaliste déjà un peu âgé prêt à en découdre, n'importe où et n'importe quand, du moment que c'est à un endroit où vous n'avez aucune autorité pour m'arrêter. Tout pour couper court à l'écriture de votre roman viriliste dont vous êtes le héros. »

Selon Wittes, cette construction médiatique d'un Poutine doué pour le combat n'est pas simplement guidée par un narcissisme exacerbé. Elle relève aussi d'un programme propagandiste savamment élaboré pour consolider son emprise sur la Russie et se présenter sous un jour menaçant face aux autres grandes puissances mondiales. « Tout cela rentre dans la même logique que les agressions envers les pays voisins de la Russie, la répression engagée contre les communautés LGBTQ ou contre les opposants politiques », écrivait carrément Wittes en 2015, pour qui cette attitude de « mec dur » permet à Poutine d'asseoir son autorité et sa virilité, et donc l'obéissance et la docilité de son peuple.

Etonnamment, Poutine n'a jamais répondu aux avances de Wittes, ce qui a eu le don d'énerver le journaliste. Samedi, il a donc réitéré sa proposition de combat. Peut-être aura-t-il l'honneur d'affronter le président russe, maintenant que ce dernier a aidé Trump à accéder au pouvoir tout en convaincant le président américain de créer une unité commune de cyber-sécurité, Poutine a remporté toutes les victoires dont il avait besoin. Peut-être qu'à la manière d'Alexandre Le Grand, constamment à la recherches de nouvelles batailles à remporter, Poutine acceptera ce combat. Juste pour tromper son ennui.