Nos enfants iront à l’école de YouTube
Culture

Nos enfants iront à l’école de YouTube

Ça vous dit de devenir une star de YouTube ? Eh bien il y a une école pour ça.
05 juin 2018, 12:07pm

Ils s’appellent Cyprien, Squeezie, Norman ou EnjoyPhoenix et ce sont les nouveaux millionnaires 2.0. Purs produits de la Toile, ces youtubeurs postent et amassent un joli pactole. Et s’il suffisait tout simplement, pour y parvenir, d’avoir la bonne recette et de l’appliquer ? C’est ce que YouTube croit. Bienvenue dans le bootcamp où YouTube forme et conditionne la nouvelle génération de stars de la vidéo.

Ils sont des milliers à poster quotidiennement des vidéos sur la plateforme qui appartient à Google, mais rares sont les élus. Une poignée seulement, dans ce monde, se distingue et peut vivre des fruits de son travail. Si en France la concurrence est rude, elle l’est aussi à Los Angeles, New York, Londres ou Tokyo. Autant de villes où YouTube a décidé d’implanter le programme NextUp depuis 2011.

NextUp est la Star Ac’ de YouTube. 16 participants par ville, sélectionnés parmi des milliers de candidats. Cette année, dans le monde, 360 youtubeurs participeront à ce bootcamp où on leur inculquera les clés du succès en ligne pour optimiser leurs vidéos. Y seront dispensés des cours pour améliorer la lumière et la prise de vue, de montage et de prise de sons mais surtout de marketing, branding et développement de leur marque – c’est à dire eux-mêmes. Cette formation est encadrée par une batterie de professionnels. Professionnels dans la technique mais aussi youtubeurs aguerris et affranchis. Aux États-Unis, par exemple, c’est la star millionnaire de la cuisine Laura Vitale qui dispense ses conseils. Avec 2 millions d’abonnés et près de 300 millions de vues, celle qui s’est lancée un peu par hasard partage son savoir avec les jeunes recrues.

Mais ne croyez pas que n’importe quel wannabe youtubeur peut s’inscrire au programme, les critères sont impitoyables. Les participants doivent d’ores et déjà posséder une chaîne qui fonctionne et qui compte entre 10 000 et 100 000 abonnés. Il leur faut aussi être partenaire YouTube et avoir activé la monétisation sur leur chaîne, ainsi qu’avoir mis en ligne au moins trois vidéos au cours des 3 derniers mois. Il faudrait donc déjà faire partie de l’élite pour arriver au sommet ? Sara Mormino, responsable du contenu chez YouTube s’en explique : « 10 000 abonnés semble être le palier où les gens se disent “ça commence à fonctionner”. À partir de ce chiffre, et jusqu’à 100 000 abonnés, c’est un bon créneau. Nous voulons leur faire comprendre qu’il faut prendre ça au sérieux, les inciter à continuer à s’engager et à réfléchir à ce qu’ils peuvent améliorer sur leur chaîne. »

Un tremplin, donc, pour ceux qui sont déjà un peu bénis des Dieux. En plus de la formation, YouTube offre un chèque de 2 500 dollars à chaque participant de NextUp pour s’acheter du matériel professionnel. L’Anglais Marcus Butler, chanceux participant de la première édition du concours en Angleterre, s’en réjouit. Avec sa « petite » chaîne mêlant musique et sport, il se souvient : « Je pense que j’avais 10 000 abonnés quand j’ai fait ce programme. Je ne pouvais pas en faire mon job, mais ça m’a donné une vision et une ambition. Je me suis dit “Ah, YouTube voit quelque chose en moi”, ça m’a donné le courage d’en faire quelque chose ». 5 ans plus tard, sa chaîne cumule 4.4 millions d’abonnés et 320 millions de vues.

On pourrait aussi se demander si ces 360 chanceux ne se verront pas favorisés par la plateforme en ligne, au terme du bootcamp. Sara Mormino est intraitable : la promotion n’est pas le rôle de YouTube. « Nous ne sommes pas impliqués dans la promotion du contenu. Ce n’est pas notre boulot. Nous sommes une plateforme de distribution, donc ce que nous essayons de faire, c’est aider les gens à tirer profit de cette opportunité. »

Une initiative qui n’a pas manqué de donner des idées en France. C’est le cas de BeautyTube, une collaboration entre L’Oréal Paris et YouTube, qui forme dix youtubeurs beauté (huit filles et deux garçons) triés sur le volet à devenir les experts beauté de demain. Même principe, même formation pour cette Beauty Academy. D’un côté YouTube met à disposition ses connaissances techniques, de l’autre L’Oréal enseigne ses techniques cosmétiques. Dans un communiqué, Delphine Buchotte, directrice de la communication de L’Oréal Paris, explique : « En tant que leader de la beauté dans le monde, notre objectif est de constamment œuvrer à améliorer la diversité et la qualité des contenus beauté à disposition de nos consommateurs (…) pour accompagner les nouveaux talents dans l’expression de leur vision de la beauté et innover dans la qualité des contenus disponibles sur YouTube. » Pas étonnant lorsque l’on sait que, chaque année, L’Oréal sélectionne des youtubeuses pour fouler le tapis rouge de Cannes au côté de leurs égéries. Encore moins étonnant quand on connaît la manne financière que représentent ces influenceurs.

L’argent… Le nerf de la guerre. Spéculer sur les revenus des youtubeurs est devenu un sport national français. S’ils rechignent à révéler ce qu’ils gagnent, EnjoyPhoenix, elle, a délié sa langue sur le plateau du « Supplément », il y a tout juste un an. Est-ce ce chiffre avoisinant les 300 000 euros par an qui allèche la nouvelle génération de stars en ligne ? En tout cas, ils devront s’affranchir d’une semaine impitoyable de bootcamp dans un YouTube Space. Pas de quoi avoir peur, il y a aussi des cours de cocktails. Histoire de briser la glace…

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