Il n’est jamais trop tard pour dire à vos amis que leur date est un loser

Surtout si c’est un loser abusif.

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nov. 7 2018, 8:19am

Illustrations par Jaik Puppyteeth

J’ai l’impression que la plupart des gens ont eu des dates soit merdiques dès le début, soit assez prometteurs pour donner le change et mieux se révéler merdiques à la fin. D’un autre côté, et c’est peut-être encore plus vrai dans ce sens, je suis prête à parier que beaucoup de gens ont vu leurs amis sortir avec des personnes horribles.

Communiquer entre amis, c’est primordial. Mais est-ce de notre ressort d’expliquer à nos potes que cette personne qu’ils fréquentent ne leur apportera rien de bon ? Est-ce qu’une écoute attentive et objective constitue la meilleure réponse qu’on puisse offrir quand nos amis nous déroulent la liste des raisons pour lesquelles 1) notre relation craint et 2) on a des goûts de merde ? Personne n’aime s’entendre dire qu’il a tort. Une attitude défensive ou passive-agressive, c’est tout naturel. Prendre le parti de cette personne qui vous pourrit la vie plutôt que celui de votre ami qui avance ses inquiétudes bidons pour vous en détourner, c’est bien facile.

Je suis la pire pour ce qui est d’écouter mes amis, et on ne présente plus mon talent pour mettre en valeur ma relation intime avec un enfoiré de niveau olympique, plutôt que de prendre en compte la montagne de preuves qui se dresse contre lui. «Peut-être qu’avec moi ce sera pas pareil...Comment je pourrais laisser qui que ce soit me faire du mal ?» : voilà un mantra qui m’a mise dedans à plus d’une reprise. À chaque fois, je suis abasourdie de voir un connard se montrer à la hauteur de sa réputation de connard, et je me retrouve à devoir accepter que je n’ai rien de spécial, et que je ne suis qu’une victime de plus. Et à chaque fois, je regrette de ne pas avoir tout simplement écouté mes amis dès le début.

Me décider à exprimer mes réserves quant aux dates de mes amis, c’est difficile. Je l’ai déjà fait. La plupart des temps on écarte gentiment mon avis. Parfois, on m’envoie balader. La plupart du temps, j’arrive à survivre avec un loser à proximité sans trop l’ouvrir. Comme je n’ai pas beaucoup d’amis proches, j’ai tendance à ne rien dire pour garder le peu que j’ai, sauf bien sûr dans les cas les plus critiques. Je fais confiance à mon instinct, tout comme je fais confiance à mes amis pour gérer leurs soucis sans que j’aie trop à m’en mêler. Quand je parle de cas critique, j’entends des situations qui peuvent devenir dangereuses. De deux choses l’une : ou bien notre date est un loser, ou bien c’est un loser abusif. Jamais je n’hésiterai à exprimer à mes amis une inquiétude justifiée si je sens que leur sécurité est en jeu.

Comme je voulais approfondir ma connaissance du sujet, c’est tout naturellement que je me suis tournée vers les réseaux sociaux. Ça vire souvent au glauque quand j’ouvre mes DMs à tous mes followers Twitter, mais cela valait le coup de recevoir tous ces messages haineux et ces dickpics superflues quand on voit les retours que j’ai pu avoir par ailleurs. J’ai interrogé des gens sur ces fois où ils auraient préféré écouter leurs amis, ou au contraire ces moments où ils ont tenté de leur faire entendre raison.

(J’ai, bien entendu, modifié les noms.)

« Sans mentir, je me suis pissée dessus »

L’année dernière j’ai eu un mec pendant neuf mois, un malade, complètement taré et abusif. À peu près tous mes amis me le disaient, c’était la pire personne au monde, et lui il essayait de me persuader qu’ils disaient ça parce qu’ils étaient jaloux de notre bonheur, qu’ils essayaient de nous séparer à tout prix. Quand j’ai voulu l’emmener à un concert des Counting Crows en septembre dernier, ça a été horrible : sur le trajet, j’ai eu le malheur de sauter une chanson dans la playlist, et il a pété un câble, à tel point qu’il est sorti de la voie rapide et s’est engagé sur une route au bord d’une falaise, avant d’accélérer jusqu’à 150, tout ça pour me faire peur. Sans mentir, je me suis pissée dessus : j’étais en larmes, hystérique. J’ai continué à le voir les deux semaines suivantes. Pour tout vous dire, mes amis le comparaient souvent à un serpent : à les entendre, on aurait dit qu’à tout moment il allait ouvrir grand sa mâchoire pour m’avaler toute crue. - Sarah, 23 ans

Pornomaniaque

Mon frère a attendu qu’on ait rompu, mon ex et moi, pour me dire qu’il l’avait toujours détesté : apparemment, quand ils étaient seuls tous les deux, mon mec n’avait qu’un seul et unique sujet de conversation, le porno. - Lisa, 20 ans

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« Elle a coupé les ponts avec nous »

Une fois, j’ai avoué à une amie que je n’aimais pas son mec, un gros parasite. Ils se sont grave politisés, et puis elle l’a épousé. Aujourd’hui elle a coupé les ponts avec nous : ils vivent en marginaux avec quatre animaux, pour soi-disant «se libérer du système». Je lui ai exprimé le fond de ma pensée, elle l’a très mal pris, mais elle m’a aussi dit qu’elle respectait mon opinion. Moi j’arrive plus à la comprendre, c’est tout. Elle est passée de meilleure amie à étrangère totale. Elle a jeté la plupart de ses proches, et ça c’est plutôt mauvais signe. - Alexis, 20 ans

« Et il a fini par me poignarder »

Je suis sorti avec ce type pendant presque un an et demi, et aucun de mes amis ne l’appréciait. En vrai ils le détestaient de oufffffff et moi j’étais là «mais y a quoi ? Il vous a rien fait». Et le jour où on s’est engueulé pour savoir si oui ou non on peut mettre de l’ananas sur une pizza, il a fini par me poignarder à coups de couteau-suisse. Mes amis avaient raison, du coup maintenant j’écoute toujours leurs conseils sur mes relations. Son signalement au cas où : il se méfie comme de la peste des ordinateurs et d’Internet en général… genre, il a pas de téléphone parce que pour lui, les téléphones veulent sa mort et utilisent le gouvernement comme une arme contre lui. - Andrew, 21 ans

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Vu que la plupart des anecdotes que j’ai reçues venaient de gens qui n’avaient pas assez écouté leurs amis, je commence à changer d’avis sur la question. Si on tient assez à une personne pour avoir peur qu’il ou elle sorte avec quelqu’un de toxique, il serait peut-être bon de lui en parler. Les cas sont tous différents, donc il faut d’abord bien identifier pourquoi on n’aime pas la fréquentation en question. Si le désir peut nous aveugler, l’égoïsme aussi. Si on se méfie, est-ce par égard pour nos amis ou pour nous-mêmes ? S’ils ont moins de temps pour nous parce qu’ils sont en train de vivre quelque chose de nouveau comme par exemple, une histoire d’amour, ça n’en fait pas des connards pour autant. Avant de dire à nos amis de larguer leur date, il est primordial de savoir si notre réaction est solide et justifiée.

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