amour

Rencontrer en ligne, c’est aussi recevoir des messages haineux de parfaits inconnus

Trouver l’amour sur les sites de rencontres ressemble parfois au parcours du combattant.
20.7.18
Photo par Hitesh Choudhary via Unsplash

« Je t’ai vu sortir de la pharmacie. Tu es laide. Ça m’a enlevé l’envie de te suivre jusque chez toi pour te baiser. »

C’est le dernier message qu’a reçu Savannah* avant de fermer son compte Instagram, dans lequel elle publiait des captures d’écran de messages irrespectueux reçus sur des sites de rencontres. « J’avais commencé ça pour montrer que ce n’était pas des exceptions, les gars qui me parlent de pipe dès la première conversation ou qui me traitent de salope quand je ne veux pas les rencontrer. Mais je ne me sentais plus en sécurité. »

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Le compte Instagram de Feminist_Tinder, qui rapportait des interactions semblables à celles de Savannah, est aussi fermé pour une raison d’épuisement émotionnel depuis 2016.

En 2014, Yael Perez, productrice de spectacles thématiques et danseuse burlesque connue sous le nom de Miss Meow, a créé le compte Dating in Mtl. Elle a commencé à partager les captures d’écran de certains hommes, dont l’identité reste cachée, pour exposer ce à quoi les femmes font face quotidiennement. « Après mon divorce, je suis retournée au monde du dating en ligne. J’étais étonnée d’être bombardée de messages, mais ce qui m’a le plus surprise était que même sur les sites qui demandent un certain effort, comme Match.com et OkCupid, les hommes continuaient d’émettre des propos stupides, sexuels et ridicules. »

Alors que Savannah déplore les remarques négatives fréquentes sur son physique lorsqu’elle ignore un utilisateur de Tinder, Yael Perez se dit qu’elle doit se rappeler que ça n’a rien à voir avec elle. « Si un mec se permet d’attaquer mon apparence, c’est qu’il a clairement des insécurités et des problèmes d’ego », dit-elle.

Une médaille pour chaque type qui écrit « ta chatte doit goûter bon »

Ce que remarque aussi Yael Perez dans la jungle des sites de rencontres, c’est que plusieurs utilisateurs semblent s’attendre à une récompense dès qu’ils lui disent qu’elle a un joli cul. Elle ne saisit pas pourquoi les hommes s’attendent à quoi que ce soit quand ils lui écrivent un compliment vulgaire. « Les hommes semblent penser qu’on leur doit une réponse simplement parce qu’ils nous écrivent un message. Parfois, même quand je prends le temps de répondre poliment que je ne suis pas intéressée, ils vont se sentir attaqués parce que je ne suis pas assez en pâmoison devant eux », renchérit-elle, avant d’expliquer qu’elle ne répond que lorsqu’un gars lui écrit quelque chose avec plus de substance que « hey ».

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La danseuse burlesque indique qu’elle est humaine (« même si mes amis disent parfois que je dois être un robot, parce que mon rouge à lèvres est toujours parfait »), donc l’apparence est importante, mais qu’elle tient surtout à rencontrer quelqu’un qui a un cerveau et une personnalité. « Je crois qu’il faut mettre de l’effort dans notre rédaction de messages. Vérifier l’orthographe et au moins se relire. »

Savannah est d’accord : « J’ai été traitée d’élitiste et de fille qui allait rester seule avec ses chats et ses diplômes seulement parce que j’avais répondu à un homme, après qu’il m’ait écrit cinq fois « how r u », que je n’avais pas envie de répondre à quelqu’un qui ne met pas le temps nécessaire à écrire des mots de trois lettres comme are et you. »

Les deux femmes ont également reçu des photos de pénis non sollicitées. « Je n’en demande pourtant jamais à des inconnus, seulement à des amants. Un ancien amant m’en a envoyé une vraiment fantastique pour mon anniversaire l’an dernier, raconte Yael. J’étais dans un souper avec mes deux sœurs quand il me l’a envoyée et j’ai souri sans laisser à personne la chance de comprendre pourquoi. »

Des sites qui gardent leur importance

Utiliser un site de rencontres n’apporte pas que de mauvaises expériences. « J’ai eu de merveilleux moments et je ne partage pas les bons messages, par respect pour les utilisateurs qui me les envoient. » Savannah avoue qu’à certains moments, elle trouvait ça insupportable. « Je suis restée proche de certaines personnes rencontrées sur les sites. Je ne pense pas toutefois que c’est comme ça que je rencontrerai quelqu’un. Je vais aller voir une voyante ou espérer que mes amies me présentent un frère inconnu qui est revenu soudainement dans leur vie. »

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Christine, une jeune femme en couple depuis un peu plus de six mois, s’est souvent découragée aussi : « Lire les présentations des gars m’endormait. Ils semblaient tous pareils et tous fake. J’ai abandonné souvent. J’avais l’impression que ça devenait mon travail à temps plein, me chercher un gars beau, drôle et intéressant, qui me trouverait lui aussi belle, drôle et intéressante. » C’est sur Réseau Contact qu’elle a finalement rencontré un homme qui lui plaisait. « Mes parents sont contents », conclut-elle.

Yael persévère et croit que la personne qu’elle recherche est bien là. « Nous vivons dans une culture où tout le monde est tout le temps « go go go ». Nous sommes occupés, nous travaillons de longues heures et, pour moi, il n’y a pas tant de célibataires dans mon cercle social », souligne-t-elle, démontrant l’utilité et l’importance des sites de rencontres, même si elle est plaisamment surprise d’avoir été invitée il y a quelques semaines à sortir avec un gars croisé dans la rue.

S’inscrire à une agence de rencontres plutôt qu’à un site

L’agence de rencontres Intermezzo, établie à Outremont depuis 1996, se différencie de l’expérience des sites en ligne. « Notre agence est en croissance depuis ses débuts. Souvent, les gens nous demandent comment on tire notre épingle du jeu avec tant de sites. La réponse est facile… c'est justement à cause des sites de rencontres que notre clientèle augmente », explique Joan S. Paiement, la présidente de la compagnie qui a recours à des conseillers et des coachs relationnels. Elle précise que, contrairement aux sites, qu’elle compare à des catalogues en ligne, Intermezzo propose la certitude de rencontrer des personnes sérieuses qui ont investi dans leur projet de rencontre. « Dans les sites en ligne, on estime que 70 % des profils contiennent des éléments faussés, comme des photos datant de dix ans, des hommes mariés, des femmes qui mentent sur leur poids ou des hommes sur leur grandeur », dit-elle.

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Tout en convenant que l’agence est un service de luxe, Joan S. Paiement affirme qu’elle est habituellement le premier recours des professionnels ou de personnalités connues du public qui désirent la discrétion et la confidentialité que seule une agence peut offrir. « Notre clientèle typique, composée de femmes et d’hommes hétérosexuels et homosexuels qui ont entre 23 et 82 ans, retient nos services, car ils n'ont pas de temps à perdre à regarder les profils en ligne. La perte de temps à feuilleter ces catalogues en ligne est colossale. Et nous considérons que nos membres ne sont pas des objets qu'on magasine dans un catalogue comme on le ferait pour un frigo. »