On aura toujours besoin de Bikini Kill

Le groupe emblématique du mouvement riot grrrl a annoncé sa reformation en début de semaine.

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18 Janvier 2019, 10:34am

Kathleen Hanna de Bikini Kill en décembre 2016. Photo : Wikimedia

Je pourrais m'attarder pendant des heures sur la reformation de Bikini Kill annoncée mardi dernier, et sur le fait qu'elle arrive pile au bon moment. Car quel plus beau phoenix qu'un groupe dont les soubresauts auront toujours accompagné notre colère, et qui émerge de nouveaux après des années vacillantes pour les femmes d'une manière générale ?

À travers leurs cris éraillés, leurs « SALOPES » marqués au feutre sur le ventre, Bikini Kill a constitué l'un des marqueurs les plus forts d'une féminité défiante dans l'histoire du punk rock. Leur retour sur scène semble aujourd'hui nécessaire, et amplement justifié. Mais les résumer à cela reviendrait à les circonscrire au présent, peut-être même à les y réduire. Alors que les choses sont bien plus bordéliques, et bien plus passionnantes que ça.

Pendant 30 ans, la musique de Bikini Kill aura été un exutoire pour toutes celles que l'on aura privé de leur féminité. En 1990, les rythmiques furieuses de la batteuse Tobi Vail et de la bassiste Kathi Wilcox, ainsi que les hurlements reconnaissables entre mille de la chanteuse Kathleen Hanna, semblaient n'être là que pour répondre au patriarcat ambiant de la scène punk de Washington contre lequel elles s'étaient dressées. Leur musique (façonnée aux côtés d'autres groupes comme Bratmobile, Heavens to Betsy, Huggy Bear, lesquels ont tous contribué à créer le mouvement riot grrrl) était unique parce qu'elle s'était bâtie sur l'idée que les armes utilisées contre les femmes pour les tenir à l'écart pouvaient être retournées contre l'oppresseur - et servir comme produit d'appel à l'insurrection. Sur le premier couplet de « Double Dare Ya », publié sur la cassette Revolution Girl Style Now ! (1991), Hanna hurle :

Dare you to do what you want
Dare you to be who you will
Dare you to cry, cry out loud
« You get so emotional, baby »

[Je te mets au défi de faire ce que tu veux
Je te mets au défi d'être qui tu veux
Je te mets au défi de pleurer à tue-tête
« Qu'est-ce que tu peux être émotive, chérie »]

Ce sont parmi les paroles les plus célèbres de Bikini Kill pour une raison ; elles donnent l'impression de couvrir le manifeste de tout ce que le groupe - et le mouvement riot grrrrl en général - représentait alors. Longtemps après leur séparation en 1997, ces paroles ont continué de résonner aux oreilles de jeunes fans de musique : aujourd'hui encore, la furie qui en émanait (et qui émanait de toutes les autres choses auxquelles Hanna a fait entendre sa voix) n'a pas perdu de sa superbe ni de son éclat électrique.

On n'a pas juste besoin de Bikini Kill en 2019 à cause du climat politique actuel, mais parce que nous n'avons jamais cessé avoir besoin d'elles, leur musique portant une force et une respiration qui nous ont tant accompagnées. Le mouvement #MeToo a été caractérisé par l'idée que les guerres contre le patriarcat devaient être menées sans honte, publiquement. Avant cela, il y avait des groupes comme Bikini Kill qui pouvaient dire à haute voix ce que l'on se contentait de murmurer, et offraient une soupape pour notre colère et notre confusion, produits d'une société pas vraiment concernée.

La notoriété (toute relative) de Bikini Kill en tant que grandes prêtresses riot grrrl nous montre que de jeunes ados avides d'alternatives à un rock genré (on vous laisse deviner lequel) pouvaient facilement trouver (et peuvent toujours) un échappatoire grâce à elles. Les aimer, pour un nombre non négligeable de personnes, peut s'avérer être une porte d'entrée qui mène à des questions plus radicales de politiques de genres (le mouvement riot grrrl, même s'il a pu être excitant, restait assez limité), ou globalement pour se développer intellectuellement et en tant qu'individu(e).

Le sentiment d'appartenance est assez étrange en soi, et c'est ce que Bikini Kill m'a procuré dans ma vie, en m'offrant un éclairage nouveau sur ce qu'était la scène punk hardcore à prédominance macho dans laquelle j'avais grandi. Elles m'indiquaient que mes propres arguments - souvent à rebours de ce qu'exprimaient constamment les hommes sur scène - étaient recevables, voire même plus recevables.

On a besoin de Bikini Kill maintenant parce qu'on a toujours eu besoin d'elles ; on a toujours eu besoin de plus de meufs devant, moins de machisme dans le rock. Bikini Kill a montré que c'était possible en 1990 - et même si elles ne s'étaient pas reformées en 2019, elles seraient considérées comme elles l'ont toujours été : des pionnières.

Lauren O'Neill est sur Twitter.

Cet article a d'abord été publié sur Noisey UK.

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