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Dans la ville chinoise où les chauffeurs de taxi n'ont pas le droit aux tatouages

À Lanzhou, dans le nord-ouest de la Chine, les chauffeurs qui ont déjà des tatouages doivent subir une intervention chirurgicale pour les faire enlever.
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
30.9.20
China, tattoo
Un homme montre son corps couvert de tatouages lors d'une convention à Shanghai, en Chine. Photo : Johannes Eisele/AFP

Les mentalités à l'égard des tatouages ont considérablement évolué ces dernières années, des études faisant état d'une augmentation du nombre d’entreprises qui les acceptent. Mais cela ne semble pas être le cas partout, ni dans toutes les industries. En Chine, une ville vient d'imposer une règle controversée de non-tatouage aux chauffeurs de taxi, soi-disant pour protéger les femmes et les enfants.

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Cet ordre a été émis en août dans le cadre d'une nouvelle campagne menée par les autorités de la ville de Lanzhou, dans le nord-ouest de la Chine. Les responsables des transports ont pris cette décision après que plusieurs passagers ont exprimé leur peur et leur malaise face à un conducteur tatoué. « Les tatouages visibles sur les conducteurs peuvent causer de la détresse aux passagers femmes et enfants, peut-on lire dans un arrêté officiel. Les conducteurs tatoués doivent les enlever au moyen de procédures chirurgicales dans la mesure du possible. »

« Les tatouages sont si courants de nos jours. Au lieu de sévir contre les personnes tatouées, le gouvernement ne ferait-il pas mieux de sévir contre la corruption et le sectarisme ? » – Swan Chan, tatoueur chinois

En Asie de l'Est, cette mesure a ravivé le débat sur les tatouages, qui ont été associés pendant longtemps aux syndicats du crime organisé.

Le tatoueur chinois Swan Chan s’oppose à la décision du gouvernement de Lanzhou. « Cet ordre draconien et étroit d'esprit fait reculer les choses de quelques siècles en Chine, dit-il. Les tatouages sont si courants de nos jours. Au lieu de sévir contre les personnes tatouées, le gouvernement ne ferait-il pas mieux de sévir contre la corruption et le sectarisme ? »

Des chauffeurs de taxi tatoués se sont également prononcés contre cette pratique. « Je comprends que nos dirigeants veuillent présenter notre industrie sous un jour plus positif, mais l'ordonnance du gouvernement est tout simplement discriminatoire. Nos tatouages ne font pas de nous des méchants et des criminels », a déclaré un chauffeur de taxi de Lanzhou au New York Times, ajoutant que l'enlèvement chirurgical des tatouages est un processus non seulement coûteux mais aussi douloureux.

Le débat a également fait son chemin sur les réseaux sociaux chinois, de nombreux utilisateurs du site de microblogging Weibo exprimant leur sympathie pour les chauffeurs de taxi de Lanzhou. « Il existe encore des gens qui discriminent les tatouages, à notre époque ? » se demande un utilisateur de Weibo. « Si une passagère ne se sent vraiment pas à l'aise de monter dans une voiture avec un conducteur tatoué, elle est libre de choisir de ne pas le faire. Il est injuste de pénaliser ces conducteurs qui ne font que gagner honnêtement leur vie », écrit un autre.

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