Avec les Français qui soutiennent le Parti républicain américain

Une interview du vice-président du GOP France, qui prône « le bon sens de droite des deux côtés de l'Atlantique » – mais ne soutient pas Donald Trump.

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oct. 19 2016, 5:00am

Le GOP France – pour Grand Old Party, le nom du Parti républicain américain – est un collectif de jeune Français passionnés de politique, qui prône « le bon sens de droite des deux côtés de l'Atlantique ». Créé il y a dix ans, le GOP France ne s'adresse pas aux Américains résidant en France, mais bien aux Français épris de la droite d'outre-Atlantique qui militent pour que les propositions du parti soient un jour appliquées en France.

Habituellement, le GOP France se pose en soutien des candidats républicains, relayant paroles, programmes électoraux et évolution des débats, et proposant des rencontres ou des cafés-politique. En début d'année, les militants du GOP France soutenaient notamment les sénateurs Ted Cruz et Marco Rubio.

Et puis Donald Trump est arrivé. Immédiatement, Pierre Toullec, président du GOP France, s'est désolidarisé du milliardaire, et en a profité pour se mettre un peu en retrait après dix années d'implication,. Mais l'équipe du GOP France reste motivée. À l'aune de l'élection présidentielle américaine, Maruan Basic, vice-président du GOP France, qui termine un Master en Affaires Publiques tout en travaillant au sein d'un cabinet de lobbying, m'a expliqué pourquoi il ne soutenait pas Donald Trump – et ce qu'il aimait tant chez les Républicains américains.

Photo via Facebook

VICE : Avant tout, pouvez-vous revenir sur la genèse du GOP France ?
Maruan Basic :
Le GOP France a été fondé en 2006 par Pierre Toullec – qui en est encore l'actuel président – dans le sillage de l'action de G. W. Bush, alors président des États-Unis. Il a eu cette envie dès 2004, lorsqu'il a vu les larmes partiales, en direct à la télé, de la journaliste Laurence Haïm lors de la réélection de Bush. L'idée est ici de proposer aux gens un traitement différent de l'information concernant le Parti républicain américain. Souvent dans les médias français, les démocrates américains sont les « gentils » et les Républicains sont les « méchants », on dirait presque Satan ! C'est une vision trop manichéenne selon nous. Un blog a donc été créé et a vite rencontré du succès, lequel se répercute sur nos réseaux sociaux.

Pourquoi les gens viennent-ils vers vous ?
Les gens viennent nous voir parce que la politique américaine les intéresse. Jusqu'à peu, le GOP France était présent dans les médias, nous étions invités sur I-Télé et BFM TV, des cafés-politique étaient organisés avec des centaines de personnes. Pierre Toullec se rendait aux États-Unis, le GOP France avait sa place, sa parole. C'est un collectif qui est connu des candidats américains. Ainsi, le GOP France était en contact direct avec les équipes de campagne de Mitt Romney et John McCain. Pour ma part je suis arrivé dans le collectif en 2012, lors du soutien à Mitt Romney. Depuis 2015, le GOP France a un statut d'association.

OK. Aujourd'hui, il semble quand même fonctionner au ralenti...
Oui, soyons honnêtes : Trump a cassé notre dynamique. Nous préparions l'alternance, l'après-Obama. L'idée était de moderniser notre blog, d'être toujours aussi actifs, et nous le restons d'ailleurs sur les réseaux sociaux, mais l'élection de Donald Trump aux primaires a brisé notre élan. Une fois qu'Hillary Clinton sera élue, nous reprendrons notre projet.

La playlist « Droit de port d'arme à feu » sur le compte YouTube du GOP France


Vous semblez certain que Hillary finira par être élue.

Hillary Clinton a énormément de casseroles, elle n'est pas très populaire, y compris dans l'électorat démocrate. Sa chance, c'est que Trump est pire qu'elle. Trump est un anti-Américain au fond. Un arriviste. Il ne faut pas oublier qu'en 2008, il était démocrate et finançait une partie de la campagne de Clinton !

Le GOP France a rapidement désavoué Trump, d'ailleurs.
Dès le début, nous avons affirmé que nous ne soutiendrons pas Trump. Il n'y a pas de Trumpiste au GOP France ! Aujourd'hui sur nos réseaux sociaux, les partisans de Trump se montrent agressifs envers nous. Il y a une sorte de mouvement « Trump-France », qui ne nous ressemble en rien : c'est un mouvement composé d'islamophobes, de xénophobes et d'antisémites. Donald Trump est un menteur, qui a adhéré très récemment au Parti républicain. Depuis un an, il dit tout et son contraire, prend des postures extrêmes, surjoue le xénophobe. Ce n'est rien d'autre qu'un businessman et un show-man issu de la téléréalité. Contrairement à Jeb Bush par exemple, qui est un homme politique, lui. Un « énarque » qui connaît les dossiers et sait de quoi il parle. Mais il s'est hélas rapidement fait distancer.

Pour vous, Trump ne représente donc en rien le Parti républicain ?
Non. Trump, pardonnez-moi l'expression, mais c'est un troll. C'est Marine Le Pen aux USA. Le même phénomène, ultra-populiste, démagogue. Il n'est pas en accord avec le parti qu'il dit défendre. C'est un milliardaire qui se comporte de manière vulgaire et outrancière, et qui dérange son propre électorat en ne payant pas d'impôts. Le Parti républicain a normalement un programme économique libéral. Trump a un programme fiscal davantage protectionniste, opposé au TAFTA par exemple. Tout le monde devrait s'inquiéter de ce côté isolationniste, de cet homme soutenu par des dictateurs. Quand un candidat à l'élection présidentielle de la plus grande démocratie du monde a comme soutien Vladimir Poutine et Kim Jong-Un, il y a de quoi se poser des questions !

Au final, qu'est-ce qui vous sied dans les idées du Parti républicain américain ?
Au-delà du show, le débat idéologique est très vivant aux États-Unis. Le Parti républicain représente là-bas une vraie droite de conviction, alors qu'en France nous avons une droite un peu timorée. Les conservateurs américains ne craignent pas de défendre leurs valeurs. Et le contexte actuel, très sécuritaire, entre en résonance pour nous avec le discours de Bush, qu'il a pourtant prononcé il y a quinze ans, sur l'avènement du terrorisme. On voit bien aujourd'hui qu'il avait raison. Et qu'Obama a empiré les choses en huit ans.

Vous êtes dans un positionnement atlantiste alors ?
Oui, tout à fait. Les militants du GOP France sont pour beaucoup des militants de droite en France, plutôt conservateurs. Pour nous, il faut une Amérique forte sur le monde. Une Amérique forte, c'est une Europe plus forte aussi, et davantage en sécurité. L'amitié transatlantique est très importante pour nous, ainsi que son influence sur l'Europe et le monde. Le Parti républicain représente cela. Il est trop caricaturé en France. Par exemple, ce ne sont ni des fous de Dieu, ni des fous dangereux. Simplement, leur laïcité est aconfessionnelle, là où celle de la France se veut areligieuse.

Le GOP France sera-t-il toujours présent lors du mandat d'Hillary Clinton ?
Oui, bien sûr. À défaut de l'après-Obama, nous préparons déjà l'après-Clinton. Les projets en suspens verront le jour en temps voulu.


Elsa est sur Twitter.

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