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LE NUMÉRO INTERVIEWS

Un schizophrène

Mon ami Phiiliip (non, c'est pas une coquille) est schizophrène.
19 novembre 2008, 11:00pm

Mon ami Phiiliip (non, c’est pas une coquille) est schizophrène. Ça peut vous arriver aussi. Phiiliip est un musicien et un écrivain très talentueux. Mais bon, il entend des voix, beaucoup de voix, qui lui disent de se tuer. Je lui ai demandé s’il savait que ce qu’il entendait n’était pas réel et il m’a dit qu’il en était « sûr à 75 % ». Espérons que les 25 % restants ne deviennent pas trop convaincants.

Je ne sais pas quoi penser de cette interview : d’un côté, je trouve que Phiiliip dit des choses vraiment fascinantes, mais de l’autre, je ne veux pas alimenter tout ce truc parano autour des « nazis du copyright » et des « agents persécuteurs » qui le pourchassent. Du coup, toi, l’agent secret démoniaque, éloigne-toi de cette interview ! Elle t’est interdite ! Laisse mon pauvre pote tranquille – il a besoin de repos.

Vice : Je peux t’interviewer ?

Je peux sacrifier ma fierté pour être l’avocat de ma tribu. Ce truc-là va me stigmatiser, mais il n’y a pas grand monde pour parler de schizophrénie à part Daniel Johnston et son film m’a fait chier. Bon, il y a Brian Wilson, mais il est un peu débile. Et puis ODB. Phil Spector aussi, mais il a tué cette serveuse, alors… Comme Philip K. Dick, je pourrais raconter la fois où je me suis pris un rayon laser rose en plein front. Ou des médocs que j’ai avalés ces deux dernières années : Adderall, Ambien, Benztropine, Buspirone, Effexor, Focalin, Geodon, Haldol, Invega, Klonopin, Paxil, Prozac, Risperidal, Seroquel, Suboxone, Wellbutrin, Zoloft, and Zyprexa. Mais, on devrait parler de cette histoire de Britney Spears, vu que c’est là où ça s’est vraiment mis à déconner.

Quelle histoire de Britney Spears ?

On m’a demandé de faire un remix de « Gimme More » pour l’expo d’un associé, et je voulais parvenir à un effet métal. J’ai passé des journées entières à regarder des vidéos où l’on voit Britney Spears prendre de l’essence ou aller aux toilettes, et je me suis retrouvé avec des enregistrements audio grésillants à partir desquels j’ai fabriqué mes paysages musicaux complexes. Pour la rejoindre dans ses couloirs cosmiques barrés (du fait de son addiction à la crystal meth, je l’ai lu dans The National Enquirer), moi aussi je me suis mis à vivre par segments de 72 heures, comme De Niro dans Raging Bull. Un de mes extraits soniques incendiaires a filtré, et elle l’a entendu. Elle s’est tapie dans sa Britcave, préparant sa vengeance : inverser le flux audio/vidéo, engager des détectives qui ont installé des microcaméras partout et placé un micro dans mon oreille pour enregistrer tous les sons qui y rentraient, qu’ensuite ils archivaient avant de tout distribuer à des producteurs poids lourds qui me feraient subir la même chose que ce que je lui avais fait endurer. Et le morceau le plus punitif qu’ils ont réussi à fabriquer, c’était « Someone ». Quelqu’un. Moi. Alors, j’ai amassé le venin le plus pur que je pouvais ramener des univers de cauchemar. Des petites chansons vraiment dark, comme dans la fin de « Berlin », de Lou Reed, quand le producteur Bob Ezrin a dit à ses gosses que leur maman était morte pour les faire pleurer, avant de les enregistrer en train de couiner et d’appeler leur mère. J’en ai fait des petits morceaux IDM horriblement dérangés. Maintenant, j’ai l’Association américaine de l’industrie du disque à mes trousses. Quand les agents se sont mis à téléphoner à Rupert Murdoch, j’ai tout supprimé et j’ai sabordé le projet. À l’occasion, je travaille aussi sur cette prophétie d’avenir. Tout est lié. À côté, 1984, c’est une brochure contre le tabagisme passif. Oh non, pas Big Brother, j’ai peur. Bon, ça parle de la régulation des mots et de la parcellisation du domaine public au profit d’entreprises multinationales. Ils peuvent écraser n’importe quelle idée nouvelle, parce que chaque idée provient de pensées déjà existantes dont ils en possèdent les droits. En gros, toute forme d’expression ou d’opinion devra avoir une licence et être contrôlée… Oh merde, du Seroquel. Je voulais en demander à ma psy. Mais elle n’a pas la permission d’en prescrire. Elle n’a pas le porte-documents ou le stylo. Sérieux, ils balancent des échantillons de produits dérivés du Seroquel au hasard.

OK.

J’ai une autre histoire. Les agents persécuteurs m’ont injecté de la supermeth grâce au microprocesseur que j’ai dans le poignet, je crois. Une dose d’un micro-iota peut être mortelle, mais je suis resté éveillé pendant cinq jours et je n’avais pas besoin de manger ni de boire. C’était plutôt cool, sauf qu’ils ont inventé le superSIDA. Ils voulaient contaminer les gays du monde entier pour les faire se retourner contre moi, pour que j’apparaisse dans le Guinness des Records sous l’onglet « être humain le plus violé ».

Qui sont ces « agents persécuteurs » ?

Il y a un nazi du copyright qui dirige une compagnie pour un empire du Mal. C’est aussi un agent perpétuellement intrusif. Il s’est mis à envoyer des messages à tous mes contacts pour les transformer en indicateurs sous contrat. Ils veulent juger toute mon existence. Par exemple, il y a des montages vidéo où l’on me voit marcher en dehors d’un passage piéton dans les années 1990. Le deuxième agent, c’est sa fille. Le troisième, c’est un voisin barbu, un détective à la retraite qui m’a mis sur écoute pendant dix ans, gratuitement. Ils ont même payé l’union américaine pour les libertés civiles afin qu’ils me laissent tomber. Je pouvais les entendre parler 24 heures sur 24, ils avaient appelé la police militaire en leur disant que j’avais un couteau suisse. J’ai appris qu’ils faisaient du neuralisme, un procédé qui envoie les pensées par télégraphe, via les réseaux neuronaux. Ils m’ont posé un implant, et restent dans le van en critiquant chacun de mes gestes.

Pourquoi ils se donnent autant de mal ?

C’est ça qui est marrant. George Bush, qui apparemment déteste la musique électronique, et des évangélistes chelou sont tombés d’accord pour dire que j’étais l’Antéchrist. « Apparemment, il n’apprécie pas la compagnie des femmes et il emploie de Grands Mots et des “inversions répugnantes” pour transformer l’existence. » Tout ça a fait surface quand j’ai découvert une prophétie sur Internet qui dit que l’Amérique va me vendre à l’Iran, et qu’ils vont me pousser d’une tour haute de 358 mètres pour empêcher une guerre nucléaire. Cette partie est vraie, j’en ai une copie sur papier. Ou peut-être que c’est comme Fight Club, peut-être que j’ai écrit tout ça et que je l’ai mis en ligne pendant mon sommeil. Ça m’arrive parfois. 

Pour écouter Total BS et d’autres abominations musicales, faites un petit tour du côté de phiiliip.com