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Vice Blog

La Caverne de la brutalité : l’art de Glenn McCoy

J’ai comme l'intuition que le caricaturiste politique Glenn McCoy doit sa notoriété actuelle à un système de quotas tout juste mis en place. McCoy porte un lourd fardeau en étant le seul caricaturiste enragé de droite du New York Times. Pendant sept ans, le caricaturiste enragé de gauche Ted Rall a contrebalancé cette rage démesurée, mais Rall a été viré en 2004 pour cause de « mauvais goût ». De fait, les dessins de McCoy sont devenus la seule pointe humoristique du journal. Contrairement à de nombreux caricaturistes politiques, Glenn ne dessine jamais de petits personnages alter égo dans le coin en bas à droite. A-t-il fait ce choix par états d’âme ? L’idée de dessiner un mini McCoy était-elle, comme on est en droit de le supposer, trop gay pour sa sensibilité de Républicain ?

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Glenn ne s’est jamais simplement contenté de se foutre de la gueule des libéraux. Son art allait bien au-delà de tout ça et consistait à se foutre de l’humanité entière. Comme Sergio Aragones de chez Mad, les humains ressemblent pour lui à de vulgaires monstres délavés de l’île de Pâques pourvus de faciès charnus, des poils de cul frisés sur un menton en forme de cul. Et d'un nez en aubergine. Pat Oliphant, caricaturiste et heureux gagnant du prix Pulitzer, est souvent attaqué pour ses caricatures présumées racistes ; les dessins de McCoy sont un hymne à la haine de l’humanité entière. En gros, lorsqu’il s’attaque à Michael Moore, il se contente de le dessiner. Dans les caricatures de McCoy, Nancy Pelosi a la même gueule que Michael Jackson. On pourrait même croire que le G.W. Bush mono-sourcil à la lèvre protubérante a été dessiné par un caricaturiste de gauche. La caricature de la Statue de la Liberté post-11 septembre et le portrait d’une Terri Schiavo post-mortem font de lui le digne héritier de la famille des hominidés.

En voyant ces dessins, j’ai pitié pour les Républicains. Aucun parti politique ne mérite qu’on dévoile son inconscient collectif au grand jour avec autant de vulgarité. Les dessins de McCoy relatent les affaires de fornication de Ted Kennedy (harcèlement sexuel, alcool), de Martin Sheen (idem), ou encore de Slick Willy aka Bill Clinton (un porc goitreux en boxer taché de rouge à lèvres). En bon Républicain ordinaire, McCoy dessine un bébé Obama-écrase-merde aux lèvres violettes, et les détenus de Guantanamo deviennent des divas capricieuses qui refusent de coopérer. Les humains chez McCoy ne sont plus qu’un immense gribouillis de misanthropie psychotique. McCoy est un peu comme le Grinch ou le Yéti ; du haut de sa montagne, il contemple avec haine le village voisin. Quel parti politique accepterait d’être caricaturé par un tel connard ?

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J’ai également un peu pitié pour McCoy. En 2006, il semble faire son autoportrait sans le savoir en caricaturant une conversation entre une vieille femme sans menton et un général trois étoiles raide comme une chemise amidonnée. Le général a une morphologie beaucoup plus carrée que les autres personnages de McCoy, mais il a toujours ce fameux nez en forme de tubercule et le menton en forme de fesse. Il tient un verre dans une main et exhibe fièrement ses médailles tout en expliquant que la presse lui en a décerné une pour avoir insulté Rumsfeld. La vieille dame sourit avec admiration. Sur le buffet dressé à la va-vite derrière lui, on reconnaît une matière grumeleuse qui ressemble à du caviar. Un dirigeant militaire parle en argot afro-américain et contraste avec l’ambiance feutrée des cocktails caritatifs d’Hollywood ou du Upper East Side new yorkais. McCoy n’avait pas besoin de s’attaquer à l’armée néo-McCarthiste (expression trouvée par une demi-douzaine de gradés pour désigner le Secrétaire de la Défense. Les médias n’ont pas arrêté d’en parler cette semaine). Une fois de plus, McCoy n’a pas pu s’empêcher de jouer les ogres baveux qui chopent un chiot sans défense avant de le saigner à blanc.

DESSINS : GLENN MCCOY

http://twitter.com/#!/sammcpheeters