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Culture

Quelques livres, séries et disques sortis récemment

O.J. Simpson, de la country, des expulsions de locataires pauvres et les vestiges de l'exode palestinien : notre sélection des meilleurs trucs sortis ce mois-ci.
13.5.16

Cet article est extrait du numéro « Vous nous avez manqué »

EVICTED: POVERTY AND PROFIT IN THE AMERICAN CITY
par Matthew Desmond

C'est une petite demeure à Milwaukee, qui sent bon les petits plats maison. La chambre de la petite fille – dont le panneau indique LA PRINCESSE DORT ICI – est peinte en rose, sur son bureau sont empilés cinq ans de devoirs. Les jouets font du bruit quand on marche dessus. Un déménageur se tourne vers la mère : « On met tout ça dans le camion ou sur le trottoir ? »

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« Le camion » prendra la direction d'un entrepôt, où ses affaires seront stockées à ses frais ; ou bien elles seront empilées sur « le trottoir » et sa nouvelle condition de sans-abri sera exposée aux yeux de tous les voisins. Ces deux uniques choix sont décrits par Desmond dans son livre extraordinaire Evicted, résultat d'une étude ethnographique sur les conséquences de l'expulsion en Amérique. Il y a un siècle encore, les expulsions étaient si rares aux États-Unis que les gens se rassemblaient par milliers pour protester contre les expulsions des familles. Les gens manifestaient, se battaient avec la police et essayaient de reconduire les familles à l'intérieur. Désormais, les expulsions sont un phénomène récurrent. À Milwaukee, plus d'un locataire sur huit a été expulsé de son logement entre 2009 et 2011, ce qui est également le cas pour beaucoup de villes américaines moyennes. À New York, 80 familles sont expulsées chaque jour.

Tandis que nous tendons à croire que l'expulsion est un symptôme de la pauvreté, Desmond affirme que ç'en est une cause, l'une des plus importantes. L'expulsion, écrit-il, « envoie les familles dans les refuges, dans les maisons abandonnées ou dans la rue ». Ce procédé profite à l'industrie florissante du logement social.

Ces 20 dernières années, le loyer moyen a augmenté de 70 %, les salaires et les aides sociales ont stagné, l'emploi a chuté, et les propriétaires se sont professionnalisés – en faisant pression pour des politiques avantageuses, et en capitalisant sur un marché qui joue de plus en plus en leur faveur. Un trou à rats se loue désormais au même prix qu'un deux-pièces en bon état. C'est ce que Desmond essaie de prouver : les femmes avec enfants afro-américaines sont confinées aux logements sociaux. Et lorsqu'elles osent se plaindre de leurs conditions de vie, il est bien plus simple de les expulser que de rénover le logement. Et quand elles payent leur loyer avec du retard (ce qui arrive souvent puisque 70 % de leur salaire sert à payer le loyer), l'expulsion est une bien meilleure solution, plus profitable que de renoncer à un mois de loyer ; on trouvera toujours un nouveau locataire pour prendre sa place.

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Matthew Desmond, professeur de sciences sociales à Harvard, a vécu deux ans dans un parc à roulottes puis dans un motel de Milwaukee. Il a épluché les décisions de justice du tribunal, et a réalisé des enquêtes au porte à porte. Evicted rend compte de cette recherche à travers les histoires de deux propriétaires et de huit locataires de Milwaukee, qui se battent pour trouver et garder un logement. Scott, infirmier, devient accro aux antidouleurs, avant de tomber dans un cycle d'expulsions infernal ; Alreen postule pour 89 appartements ; la ténacité et le désespoir de certaines personnes sont difficiles à oublier.

Desmond a publié un article prouvant que les habitantes de Milwaukee étaient beaucoup plus touchées par les expulsions que les hommes. Depuis, la ville a changé sa politique et mis en place le droit à l'assistance juridique gratuite. Mais le livre, si vous trouvez la force de le lire, est plus profond que cela.

La mère choisit « le trottoir ». D'abord, elle s'agite, rassemble ses affaires, appelle ses proches, puis se calme. Elle prend cet air que les policiers et les déménageurs connaissent bien – l'air d'une mère « qui sort de la cave et découvre la tornade qui a dévasté sa maison ».

Nous la suivons brièvement, elle est propriétaire, bien que la plupart des sujets de Desmond soient locataires. Elle a le regard de quelqu'un qui est désormais habitué au cauchemar de l'expulsion. Le regard « plein de questions », difficile à oublier une fois qu'on a lu Evicted.

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La pauvreté des autres soulève beaucoup de questions. On se dit qu'on pourrait être à leur place si les circonstances étaient différentes, si notre couleur de peau était différente. Desmond livre un récit puissant, chiffres à l'appui, ce qui ajoute au malaise : c'est vrai, on pourrait être à leur place. —Kristin Dombek


AMERICAN CRIME STORY
FX Cette série de dix épisodes s'ouvre sur une scène montrant Rodney King en train de frapper un officier de police, puis sur les émeutes qui en ont découlé en 1992 à Los Angeles. À l'époque, le procès Simpson remettait en question le système judiciaire américain, accusé de racisme. Mais American Crime Story, produit par Ryan Murphy, créateur de Glee et d'American Horror Story, ne prend pas clairement position sur la façon dont la question ethnique a pu influencer le procès, ni sur la culpabilité ou non de Simpson. C'est plus une avalanche de clichés : Sarah Paulson et Sterling K. Brown dans le rôle des procureurs Marcia Clark et Christopher Darden passent leur temps à boire de la tequila et à plaisanter au bureau ; Steven Pasquale dans le rôle de l'inspecteur Mark Fuhrman polit amoureusement ses objets souvenirs nazis. Le casting, les coiffures et les choix de maquillage l'emportent sur tout le reste. John Travolta semble être passé par la case botox tandis que Cuba Gooding Jr. et David Schwimmer, qui jouent Simpson et son confident Robert Kardashian, seraient tout aussi crédibles dans leur propre rôle. Peut-être le but était-il de rendre une sorte de vraisemblance métaphorique. Mais comme dans le procès lui-même, avec des distractions aussi drôles, qui a besoin de justice ?—Andrew Martin

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THE ASSOCIATION OF SMALL BOMBS: A NOVEL
par Karan Mahajan
Viking

« Beaucoup pensent que le 11-septembre fut la pire attaque terroriste de tous les temps – est-ce le cas ? D'après moi, les attentats qui font cinq ou six morts sont pires. Toute la douleur est concentrée sur quelques vies. » C'est ce qu'affirme le terroriste Tauqueer, personnage du second roman de Karan Mahajan, The Association of Small Bombs. Ce livre parle d'un sujet intemporel : les mondes créés et détruits par le terrorisme de petite échelle. Le roman dépeint les conséquences fictives de l'attentat du marché Lajpat Nagar, à Delhi, en 1996. Mahajan suit un groupe de personnages dont les vies sont inextricablement liées aux bombes. On suit l'histoire des Khurana, un couple hindou qui voit ses deux enfants mourir lors d'une explosion, et la famille Ahmed, dont le fils Mansoor survit à l'attentat mais est blessé au poignet. Alors que la famille Khurana essaie de surmonter sa peine, Mansoor fait un pied de nez à ses blessures en continuant à faire de la programmation informatique. Dans cette histoire complexe, les conséquences des petites bombes sont inévitables, tout comme leur explosion. » —Alex Traub


TIME AND REMAINS OF PALESTINE
par James Morris
Kehrer Verlag

Le photographe britannique James Morris est connu pour ses travaux sur l'interaction entre l'homme et l'environnement. Des paysages gallois aux explorations de l'Antarctique, il documente la façon dont nous changeons le monde qui nous entoure. Cependant, son nouveau livre,Time and Remains of Palestin, soulève un problème plus explicite. Les photos rassemblées présentent les vestiges de l'exode palestinien de 1948, où près de 700 000 Palestiniens furent contraints de fuir. Depuis, le gouvernement israélien a activement dissimulé la plupart de ces sites en les remplaçant par des aires de jeu ou des parkings, comme le montrent les photos de Morris. Une autre photo affiche les développements réalisés par les Israéliens sur les villages palestiniens de Cisjordanie, et semble renforcer la position précaire de la Palestine, qui après les Accords d'Oslo, n'a jamais réussi à devenir l'État indépendant qu'elle espérait être. Avec ce livre, Morris aurait pu être accusé de prendre parti. Mais la préface de l'avocat et écrivain palestinien Raja Shehadeh, ainsi que les photos, sereines, offrent davantage un témoignage impartial qu'un pointage de doigt outragé. Bruno Bayley

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NEW VIEW
par Eleanor Friedberger
French Kiss Records

Il y a deux ans, Eleanor Friedberger a quitté Brooklyn pour la Hudson Valley, et elle vient tout juste de sortir son troisième album solo depuis la fin des Fiery Furnaces. La vie dans les grands espaces confère à cet album une autre ambiance : A New View possède une production chaleureuse et des arrangements à la Van Morrison, qui permettent à Friedberger de passer de l'ironie au super cheesy d'un morceau sur l'autre. Elle est un peu country, aussi. Certaines formules comme « And even if you had a twin / I wouldn't notice her or him », prouvent bien que Lou Reed demeure son influence majeure depuis son dernier album, Last Summer. Parfois, elle se complaît aussi dans les liens brisés et l'angoisse de la page blanche (« Something, something / No, never mind, nothing »). Toutes ces hésitations font de A New View un album plutôt OK. Il est d'ailleurs réconfortant de penser que la communication pose aussi problème même à quelqu'un dont la voix alto laisserait penser l'inverse. L'âge adulte comprend toujours son lot de déceptions, mais souvent, vieillir ne signifie pas dire au revoir à tout le reste. —Jake Cohen


FROM THE THIRD EYE
Evergreen Review on Film
BAMcinématek, March 16–31

De 1957 à 1973, Grove Press, la maison d'édition américaine fondée par Barney Rosset qui a publié entre autres Henry Miller, Samuel Beckett ou Jean Genet, faisait paraître un mensuel, le Evergreen Review Film Reader. Il a incarné ce que l'on a appelé l'avant-pop. La BAMcinématek offre plusieurs extraits de films auxquels Evergreen a rendu hommage, et que Grove a distribués. On y retrouve Marguerite Duras et Robbe-Grillet, Susan Sonstag, le photographe William Klein, le réalisateur japonais Nagisa Oshima, ou encore le blockbuster de 1961 I Am Curious (Yellow). En plus des documentaires sur les Black Panthers, le Printemps de Prague ou la révolution sexuelle, la série comprend l'un des pires films d'Andy Warhol (The Nude Restaurant) et l'un des meilleurs Godard (Week-end). Je ne sais pas trop pourquoi The Last Movie, le film maudit de Dennis Hopper, a été inclus, peut-être pour montrer un exemple précis de ce que fut la contre-culture, mais c'est toujours un plaisir de revoir ce chef-d'œuvre méprisé. J. Hoberman