Publicité
Broadly DK

Avec les gens qui se font passer pour des docteurs

Quelque part en ce bas monde, il existe des crevures qui pratiquent des appendicectomies tout en étant titulaires d'une licence en arts du spectacle.

par Katherine Gillespie
31 Octobre 2016, 6:00am

Photo : Victor Torres via Stocksy

Photo : Victor Torres via Stocksy

Cet article a été initialement publié sur Broadly.

L'année dernière, Malachi Love-Robinson, un adolescent de Floride, ouvrait son propre cabinet médical. Il avait ses propres employés et recevait également des patients pour des consultations. Il venait tout juste d'obtenir l'équivalent du bac américain, mais a su tirer parti d'un vide juridique : pour la modique somme de 29,95 dollars, il est possible de s'offrir un diplôme en « divinité » à la Universal Life Church Seminary, lequel vous permet ainsi d'accoler le titre de « Docteur » juste à côté de votre nom.

Malachi a été démasqué lorsqu'un flic sous couverture du bureau du shérif local s'est fait passer pour un patient dans son cabinet. Peu de temps après, le département se fendait d'un tweet ironique – « Ce n'est pas parce que vous avez regardé une saison de Grey's Anatomy que vous pouvez vous proclamer médecin. »

Prétendre avoir des aptitudes professionnelles dans le domaine médical rien est une pratique illégale, dangereuse et nuisible. Mais le pire dans tout ça, c'est qu'il existe des personnes qui le font pendant des années et s'en sortent en toute impunité. En Inde, les arrestations de médecins non-qualifiés sont tellement fréquentes qu'une association essaie désormais de leur apprendre le métier pour qu'ils puissent l'exercer légalement.

Pendant des années, la fausse psychiatre australienne Nora Zakardas a passé des années à faire des examens médicaux, délivrer des ordonnances et conseiller ses amis et sa famille – même si elle n'avait absolument aucune qualification dans le domaine. Elle a même réussi à entourlouper son propre médecin, qui lui a permis d'assister à ses consultations et d'accéder au dossier médical de ses autres patients. Finalement, son imposture a été découverte lorsqu'un ami un peu méfiant s'est dit qu'il valait mieux appeler le conseil de l'ordre des médecins pour vérifier si Nora y était bien répertoriée.

L'Australian Health Practitioner Regulation Agency m'a expliqué qu'ils avaient traîné 17 praticiens non-enregistrés en justice depuis 2014, et remporté chacune de ces affaires. Huit faux docteurs sont encore en attente d'un jugement.

Mais comment ces escrocs peuvent-ils faire croire qu'ils sont qualifiés et qu'ils ont passé dix années de leur vie dans une fac de médecine ? Comme vous le savez tous, être docteur requiert un certain nombre de compétences – comme donner naissance à un bébé, être apte à faire des transfusions, être capable de garder son sang-froid devant toute sorte de sécrétions humaines. Même si nous préférerions qu'il en soit autrement, une brève recherche Google ne permet pas à un homme lambda de connaître l'ensemble du corps humain, ni même les maladies.

Le docteur Danny Sullivan de la Monash University est un vrai psychiatre qualifié et un spécialiste en fraude criminelle. Il affirme que les faux docteurs qui réussissent suivent tous le même schéma : « Au début, ils se contentent de quelques procédures durant lesquelles les patients peuvent difficilement se rendre compte de leur incompétence. À mesure qu'ils gagnent de l'aisance, ils finissent par tenter des mensonges plus ambitieux », m'a-t-il confié.

Au fil de mes recherches, je suis tombée sur des histoires de plus en plus sinistres. Par exemple, il existe beaucoup de types abominables qui se font passer pour des gynécologues. Comme tout escroc qui se respecte, ils s'attaquent majoritairement à des gens vulnérables – c'est en partie ce qui explique pourquoi certains ne se font pas arrêter. « Souvent, les escrocs travaillent avec des communautés ethniques ou minoritaires qui ne parlent même pas anglais, afin de tirer profit de leur vulnérabilité », poursuit Sullivan.

On trouve de plus en plus de chirurgiens esthétiques véreux au sein de la communauté trans. En 2015, Oneal Ron Morris, originaire du sud de la Floride – elle aussi transgenre – a été arrêtée après avoir injecté illégalement ce qu'elle prétendait être du silicone dans le visage et les fesses de ses patientes. En réalité, la mixture était composée d'un mélange de ciment et de colle extra forte, ce qui défigurait et déformait le corps de ces femmes. Une cliente est décédée d'une insuffisance respiratoire aiguë après une intervention pratiquée par Morris, tandis que d'autres sont restées mutilées à vie.

Il est presque flippant de constater à quel point il peut être facile de se faire passer pour un docteur. Pour ceux qui n'ont aucun scrupule, il suffit parfois d'acheter un stéthoscope et de commander des cartes de visite à son nom – car s'il y a bien une chose à apprendre de ces faux médecins, c'est que les malades peuvent parfois être extrêmement crédules.

Bien que les conseils des ordres des médecins encouragent les nouveaux patients à vérifier si leur docteur est bien enregistré auprès des praticiens, ce réflexe n'est pas systématique. « Dans de nombreuses situations, on se dit que quelqu'un l'aura bien fait avant nous », me dit Sullivan. « Quand on voit une personne vêtue d'une blouse blanche, on se dit qu'il a une certaine autorité. » Une supposition qui va dans le sens de l'expérience de Milgram.

Les personnes soucieuses de leur santé sont les plus à mêmes à croire à ces histoires – plus elles sont désespérées, plus les confirmations de leurs symptômes feront effet sur eux. C'est d'ailleurs pour ça que se faire passer pour un docteur est profondément déraisonnable. Quel genre de crevure prendrait la vie d'autrui entre ses mains – entre des mains incompétentes, qui plus est ?

Ces gens recherchent toujours l'approbation des autres. Les « docteurs » ne veulent pas simplement être médecins généralistes – ils disent qu'ils sont affectés au département des urgences, ou qu'ils travaillent dans un domaine relativement excitant.

Selon Sullivan, les faux docteurs souffrent des mêmes symptômes que les types qui se font passer pour personnes aux métiers « héroïques » : « Nous voyons des gens qui se disent docteurs, vétérans ou avocats. À chaque fois, ils choisissent une profession qui leur offre une forme de prestige ou de reconnaissance, une situation dans laquelle ils vont avoir des retours positifs et une validation de leurs aptitudes. »

En ce qui concerne leur santé mentale, les faux docteurs ont un profil similaire : « Dans beaucoup de cas, leur diagnostic psychiatrique est assez explicite, poursuit Sullivan. Certains souffrent de dépression et d'addiction, mais la majorité souffre de troubles de la personnalité. Ces gens recherchent toujours l'approbation des autres – le vétéran vous dira toujours qu'il a participé à des missions secrètes ou qu'il a reçu des médailles prestigieuses. Les docteurs ne veulent pas simplement être médecins généralistes – ils disent qu'ils sont affectés au département des urgences, ou qu'ils travaillent dans un domaine relativement excitant. »

Le faux docteur californien Keith Allen Barton est l'illustration parfaite du complexe du héros fabulateur décrit par Sullivan. Celui qui avait alors 50 ans, promettait à ses patients une technique miraculeuse pour les guérir du sida ou du cancer – les délestant ainsi d'une somme considérable pour accéder à ce privilège. Évidemment, cette guérison miracle ne marchait pas. Il a été condamné à six ans de prison en 2013.

À vrai dire, tout le monde aime se faire passer pour quelqu'un d'autre à l'occasion. Les gens aiment mentir sur leur CV, leur dossier de location, et tout un tas de choses qui ne font pas vraiment de mal à qui que ce soit. Mais vous savez ce qui constitue un risque pour autrui ? Pratiquer une appendicectomie alors que vous avez une licence en arts du spectacle. Évitez de le faire, donc – le monde entier vous en saura gré.