Doom est redevenu génial
Image: Bethesda.

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Doom est redevenu génial

On l'a attendu longtemps, mais ça valait le coup.

Ça fait bizarre d'écrire ça, mais le nouveau Doom est finalement sorti sur toutes les plateformes.

On attend ce jeu depuis 2008, quand il a été annoncé pour la toute première fois sous le nom de Doom 4. Beaucoup de choses ont changé depuis. D'abord, le jeu ne porte plus le numéro 4. Ensuite, son développeur, id Software, a perdu son co-fondateur John Carmack, l'un des esprits les plus brillants du secteur qui avait largement contribué à créer les Doom originaux (il occupe désormais un poste important chez Oculus).

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C'est l'un des plus grosses sorties jeux vidéo de l'année, mais aussi un indicateur intéressant de l'état des FPS en général. Où en est le genre après l'ère Call of Duty, maintenant que le réalisme ne suffit plus à susciter l'émerveillement ?

Pour discuter de nos premières impressions sur ce nouveau Doom, j'ai échangé par e-mail avec Leif Johnson, contributeur régulier de Motherboard et journaliste prolifique qui écrit des critiques de jeux pour des sites comme IGN et GameSpot, qui donnent souvent la tendance pour les nouvelles sorties.

9h08 14/05/2016

De : Emanuel Maiberg

À : Leif Johnson

Hey Leif,

J'aimerais commencer par parler du fait qu'on n'a pas vraiment eu l'occasion de beaucoup jouer à Doom jusqu'à maintenant. En général, les éditeurs nous envoient les jeux longtemps avant leur sortie, pour qu'on ait le temps d'écrire une chronique toute prête pour le lancement du jeu, voire quelques jours avant. Dans le cas de Doom, Bethesda n'a pas donné d'accès privilégié aux journalistes. Nous n'avons pu y jouer qu'en même temps que tout le monde.

C'est généralement mauvais signe, comme quand les studios de cinéma ne font pas de projection presse avant la sortie d'un film. Pourquoi donner à la presse l'occasion d'écrire des critiques négatives avant le lancement du jeu ? Autant le cacher au maximum d'ici là, et espérer qu'un maximum de gens l'auront acheté avant que tout le monde sache qu'il est nul.

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Je pense qu'on sera tous les deux d'accord pour dire que ce n'est pas du tout le cas de Doom. Il défonce. Il reprend tout ce qui faisait la qualité de l'original, il est incroyablement beau, et il grouille de bonnes idées pour le genre des FPS.

J'ai lancé le jeu, et on m'a immédiatement filé un flingue, et j'ai abattu un démon d'une balle en pleine tête. Sans exagérer, c'est littéralement ce qu'il s'est passé dans les 10 premières secondes du jeu.

C'est génial comme ouverture. Ça envoie directement un message très clair : les gens qui ont conçu ce jeu savent très bien ce qu'est Doom et ce qui en a fait l'un des meilleurs jeux du monde. On est sur Mars. Il y a des démons. Il y a des flingues. C'est parti.

Je me demande donc si tu es d'accord avec moi sur le fait que le jeu est excellent, et le cas échéant, pourquoi Bethesda a-t-il voulu préserver le secret jusqu'à la dernière minute ?

13h03 14/05/2016

De : Leif Johnson

À : Emanuel Maiberg

J'avoue que c'est une décision très étrange, surtout qu'effectivement ce genre de stratégie signifie souvent que le jeu est nul. J'aurais pu comprendre si id et Bethesda n'avaient fait aucune preview et avaient voulu préserver la surprise jusqu'au bout, mais le studio avait déjà dévoilé plusieurs vidéos de gameplay en amont. Je me suis demandé s'il n'y avait pas eu des soucis techniques qui auraient pu être assez gênants, mais c'est peu probable. Doom tourne parfaitement sur mon PC avec tous les paramètres poussés à fond, alors même que celui-ci a une bonne carte graphique mais un processeur un peu vieillot.

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À la limite, je pense même que l'attente a un peu nui au jeu. Beaucoup de gens que je connais ont été déçu par la beta du mode multijoueurs le mois dernier, ils trouvaient que le jeu était trop lent et pas assez nostalgique. Les joueurs que je connais avaient peur que tout le jeu soit comme ça, et que cette crainte s'est peu à peu amplifiée au point que beaucoup de gens ne mettaient même plus Doom sur la liste des jeux qu'ils attendaient le plus. Si Bethesda et id avaient permis aux journalistes d'écrire de véritables chroniques, les joueurs auraient pu ressentir leur enthousiasme et le problème aurait été réglé.

Image: Bethesda.

Je peux aussi comprendre que Bethesda ait eu peur des leaks et que des chroniques soient publiées avant la fin de l'embargo, mais si c'avait été un vrai problème, ils auraient pu donner des codes à quelques sites de confiance. J'entends souvent des attachés de presse dire qu'il est devenu difficile de savoir qui est vraiment journaliste et qui cherche juste à gratter des codes gratuits car énormément de gens les inondent de demandes, en prétendant être chroniqueurs pour d'obscures chaînes YouTube ou carrément pour des sites majeurs comme IGN. Certains de ces abrutis utilisent alors leur accès pour diffuser des images sans l'accord des studios. Mais là encore, si c'avait été un vrai problème, ils auraient pu diffuser un nombre limité de codes à quelques sites et forcer tout le monde à attendre le jour du lancement officiel.

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Mais globalement, je trouve que tout le monde s'est bien adapté. Les chroniques évolutives sont devenues relativement communes, et beaucoup de sites qui auparavant auraient immédiatement publié une chronique avec un score définitif ont préféré faire des articles de type « première impressions ». Après cinq heures de jeu, difficile de faire mieux. En tant que mec qui méprise les gens qui se contentent de regarder la note du jeu au lieu de lire la chronique sur laquelle j'ai passé des heures, je trouve ça plutôt bien. Les gens sont un peu obligés de lire ce qui est écrit sur le jeu au lieu de tirer des conclusions hâtives à partir d'une note débile qui ne saisit aucune nuance.

Ma plus grande inquiétude ? Qu'il y ait un truc énorme à la fin du jeu qui gâche absolument tout pour certains joueurs, un peu comme le fiasco engendré par la fin de Mass Effect 3.

13h46 14/05/2016

De : Emanuel Maiberg

À : Leif Johnson

Ouais, j'en suis à deux heures de jeu de mon côté, et je vois très bien comment ça pourrait partir n'importe comment, ou juste devenir hyper répétitif et chiant. En ce qui concerne le multijoueurs, ça ne m'intéresse pas du tout. Il y a déjà des jeux qui font ça très bien, et ce n'est pas ce que je demande à Doom de toute façon.

Par contre, je ne suis pas d'accord avec le genre de critiques que les gens ont adressé à Mass Effect 3. Si le jeu est bien pendant 30 heures, mais que la dernière heure est un peu chiante, ça n'enlève rien au fait que j'ai pris beaucoup de plaisir à y jouer. Jusqu'ici, je m'éclate sur Doom, donc je me fous bien de savoir si le jeu se transforme en simulateur de site de rencontres martiennes dans le dernier chapitre. À vrai dire… Ça serait même encore mieux.

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Image: Bethesda.

Une fois, à une conférence de développeurs, j'ai entendu Vi Hart expliquer qu'une raison du succès des FPS, c'était leur côté très abstrait. Concrètement, je ne fais que bouger quelques doigts sur un clavier, mais à l'écran j'explore des tableaux entiers et je sème le chaos et la destruction. Doom a toujours été le roi à ce niveau-là. Dans le jeu, vous allez tellement vite que vous pouvez esquiver des projectiles, et vous dominez vos ennemis non seulement parce que vous êtes surarmé, mais aussi parce que vous pouvez vous déplacer aussi vite que vous pensez, ce qui n'est pas le cas dans la réalité.

Ce nouveau Doom a parfaitement compris ça. Il s'agit tout simplement d'explorer des lieux complètement dingues et de danser autour des ennemis. C'est quelque chose qu'on voit rarement dans les FPS ces derniers temps, et je suis vraiment content que les développeurs aient saisi ce qui faisait tout l'attrait de Doom.

Les autres choses que j'aimais particulièrement dans le jeu original, c'étaient les armes et le design des niveaux. Pour l'instant, les niveaux du nouveau jeu sont superbes. Ce sont de vastes pièces ouvertes pleines de trucs sur lesquels on peut courir et grimper. C'est là que le carnage prend place. Et il y a aussi des chemins plus linéaires entre ces espaces, où Doom crée son atmosphère et déroule son maigre scénario. Les deux fonctionnent très bien, et la transition se fait toujours sans encombre.

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À ce stade, je ne suis pas certain que les armes du nouveau jeu soient à la hauteur de l'original. On dirait bien que toutes les armes ont un style futuriste, ce qui m'échappe un peu. L'arme la plus emblématique du Doom original est le bon vieux fusil à pompe. Rien de prétentieux, juste un fusil à pompe en métal et en bois, mais tout était parfait : le son, les balles qui se projettent, les dégâts infligés. Je n'ai rien vu dans le nouveau qui soit à la hauteur.

C'est presque injuste de comparer n'importe quel jeu au premier Doom, mais hey, après tout, c'est le nom que Bethesda a mis sur le boîtier, donc difficile d'y couper. D'après toi, comment le jeu tient-il la comparaison par rapport aux autres FPS du moment, et par rapport à l'original ? Est-ce que finalement, ce qui le rend si attrayant, ce ne serait pas simplement le fait que ce n'est pas un énième FPS où l'on incarne un militaire sur un théâtre d'opérations moderne ?

13h03 14/05/2016

De : Leif Johnson

À : Emanuel Maiberg

Hey, si tu veux parler de Mass Effect, je tiens à préciser que je n'ai jamais eu aucun problème avec la fin. Pour moi, ça a toujours été juste une sorte de réflexion sur le fait que certaines choses nous échappent, qui que nous soyons et peu importe le nombre d'aliens avec lesquels nous couchons.

Bref ! J'admire ce nouveau Doom précisément parce qu'il ne ressemble pas aux jeux de tir modernes. J'ai rarement la patience de vraiment jouer à ces jeux. Dans Doom, même si je me promène avec un gros fusil, j'ai presque l'impression d'avoir une énorme épée alors que je passe de démon en démon, en leur explosant la tête à grands coups de finishers pour récupérer quelques points de vie. Je comprends bien que la plupart des FPS modernes misent sur le réalisme, mais c'est une approche qui ne m'a jamais vraiment séduit. Je veux de l'action – de l'action vraiment intense – et Doom est parfait pour ça. On a presque l'impression d'être dans un comics, et c'est pour ça que je l'adore.

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Image: Bethesda.

Pour ce qui est des armes, j'avoue que je ne suis pas fan du flingue futuriste. On dirait un peu un pistolet à eau. Mais par contre, le fusil à pompe me plaît bien. Ok, il n'a pas un double canon, mais il est bien lourd et on se sent vraiment dans Doom quand on se balade avec.

L'idée que l'action du jeu se déroule sur Mars a toujours été l'un de mes aspects préférés de la série. Je me souviens être resté scotché plusieurs minutes la première fois que j'ai pu voir les paysages extérieurs dans Doom 3. Mais même là, le monde extérieur n'était présent que fugacement. Ici, en revanche, il devient presque un personnage à part entière dès le début du jeu, avec ces petites cavernes qui parcourent les mines autour du bâtiment principal. Jamais auparavant la planète n'avait autant fait partie intégrante du jeu. Alors qu'Elon Musk et la NASA font tout pour envoyer des gens sur Mars dans les prochaines décennies, donner à la planète une existence et une personnalité propres n'a jamais été aussi important.

Ne pas trop insister sur l'histoire est également une bonne idée. Quand le personnage principal met un coup de pied dans un haut parleur débitant des informations au tout début du jeu, ça donne une idée de la direction que celui-ci prend, et ça me plaît beaucoup. Les gens parlent souvent de l'importance de coller à l'esprit de l'histoire originale, et c'est sans doute vrai, mais je pense que des jeux comme Dark Souls ont prouvé que ce n'était pas grave si l'histoire n'était pas très fouillée, du moment que l'action et le gameplay sont suffisamment riches pour qu'il n'y ait pas besoin de blabla. Pour quelqu'un comme moi qui jongle souvent entre plusieurs jeux, c'est cool de savoir que le temps que je passe sur celui-ci ne va pas être amputé par de longues scènes de dialogues.

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15h47 14/05/2016

De : Emanuel Maiberg

À : Leif Johnson

Image: Bethesda.

Bon, on reparlera de Mass Effect 3 en privé plus tard.

Globalement, je suis d'accord avec tout ce que tu dis, et on devrait sans doute s'arrêter là parce qu'on va juste continuer à être d'accord sur tout. Le seul point négatif quand un jeu pareil est très bien faut, c'est qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à en dire que : il est bien.

C'est vraiment la meilleure fin qui soit à cette histoire. Tellement d'années à attendre, de rumeurs de problèmes de développement, de gens qui ont quitté la boîte, de rachats, puis cette histoire de beta multijoueurs, etc. Et finalement, tout est parfait. J'avais vraiment peur que le jeu soit nul jusqu'à l'instant où j'ai commencé à y jouer !

Maintenant, je peux recommander Doom du peu que j'y ai joué, et l'éditeur fourni avec le jeu, SnapMap, a l'air d'avoir un sacré potentiel.

Doom est à nouveau génial, et ça me rend vraiment heureux.