Qu’est devenu Frédéric Nihous, l’illustre candidat de Chasse, Pêche, Nature et Traditions ?

L’histoire de l’embarrassant chasseur des Hauts-de-France, pote de Sarkozy, et qui a coulé son propre parti.

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10 février 2017, 6:00am

Photo d'ouverture : Frédéric Nihous en meeting à Langon, Gironde, 2007. Photo via Wiki Commons.

À chaque approche d'élection présidentielle, la France est touchée par la même épidémie. À travers le pays, des gens de tous horizons se mettent à croire qu'ils pourraient être élus à la plus haute fonction de l'État. Et ils semblent convaincus. On peut citer a minima le Christ Cosmique Sylvain Durif, le très étrange Jacques Cheminade ou encore l'écrivain Alexandre Jardin. Évidemment, tous sont néanmoins condamnés à disparaître dans le néant d'une urne vide.

Entre les partis de masse et les candidats absurdes viennent cependant se loger de micro-mouvements politiques aux discours souvent cantonnés à des problématiques restreintes ou localisées. C'est le cas de Chasse Pêche Nature et Traditions – parti politique destiné en priorité aux chasseurs et aux Français ruraux –, qui est parvenu à se glisser aux premiers tours des élections présidentielles de 2002 et 2007. Comme son nom l'indique, le mouvement défend le droit de chasser, de pêcher et de vivre selon les bonnes vieilles traditions françaises.

En fait, si le parti est resté dans les mémoires, cela vient notamment du bon score relatif de CPNT à la présidentielle de 2002. Jean Saint-Josse, candidat de l'époque, membre historique du mouvement et défenseur acharné d'une ligne ni-droite-ni-gauche, y avait alors réuni 4,23 % des suffrages. Cependant, si le parti s'est inscrit à plus long terme dans la mémoire collective, c'est sans doute à cause de la personnalité singulière de Frédéric Nihous, ancien assistant parlementaire et jeune successeur de Jean Saint-Josse.

Candidat à la présidentielle de 2007 à l'âge de 40 ans, il avait alors ancré le parti très à droite sur l'échiquier politique. À travers le parcours du combattant que subissent tous les « petits » candidats, il avait réussi à se faire entendre dans pas mal de médias nationaux. À ces occasions, la France découvrait un homme rentre-dedans, revendiquant fièrement la défense de l'industrie nucléaire, des territoires, du terroir et de leurs traditions – dont la corrida. Ça, et son rejet véhément de l'écologie dite « punitive » et du mariage gay.

En 2012, son programme contenait aussi un appel plutôt très flippant à des sanctions contre les « mauvais comportements quant à la politique familiale ». Cette notion, obscure, n'avait été que peu commentée par le candidat à l'époque, à peine résumée comment étant la réponse à une « nécessité de poser des balises sur le plan des valeurs ». Il faut dire qu'à ce moment-là, son chef de campagne était l'un des anciens rédacteurs en chef du journal d'extrême droite Minute.

S'il faut reconnaître à Frédéric Nihous d'avoir probablement été l'un des derniers contre-feux au Front National dans les franges les plus dures de la France rurale, il n'avait pourtant pas su convaincre plus de 1,15% des Français en 2007. Quant à 2012, ce fut la débâcle. Le candidat Nihous n'a même pas recueilli les 500 parrainages nécessaires à sa candidature officielle – ce qui l'a conduit à soutenir Nicolas Sarkozy avant le premier tour. 

Très bienveillant à l'égard de CPNT, Sarkozy aurait même filé un coup de pouce au jeune Nihous lors de sa campagne de 2007. « C'était déjà une candidature complètement artificielle », se souvient Thierry Coste, conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs et ancien directeur de campagne de CPNT. « L'UMP lui avait fourni 200 signatures de manière quasi officielle. » Et d'ajouter : « Frédéric Nihous s'était vendu à l'UMP comme une force d'opposition au Front national dans les régions – sauf qu'il y a fait un score ridicule. »

L'histoire aurait pu s'arrêter là et, comme presque tous les autres petits candidats, Frédéric Nihous aurait pu retourner à la vie civile dans un oubli relatif. Ç'aurait été sans compter sur la capacité à rebondir et la passion pour la politique de celui que beaucoup ont vu peut-être un peu vite comme un gros lourdaud qui aime tirer le canard le dimanche.

En effet, ce Valenciennois de naissance a très tôt adhéré à la fédération RPR du Nord, avant de rejoindre CPNT et d'être le directeur de campagne de Jean Saint-Josse en 2002. Il finira même par être son assistant parlementaire lorsque Saint-Josse sera élu député dans les Pyrénées-Atlantiques. En 2006, il bondit à la tête de CPNT. Plus tard, lorsque le vent a tourné, l'homme est parvenu à se faire élire conseiller régional, tout en transformant CPNT en un parti satellite de l'UMP. En 2015, il est finalement retourné dans sa région d'origine afin d'y obtenir une place de conseiller régional Les Républicains des Hauts-de-France. Poste qu'il occupe toujours aujourd'hui.

Pour Eddie Puyjalon, actuel président de CPNT et ancien bras droit de Nihous, l'home n'a pourtant rien de carriériste. « Pour Frédéric, c'est un schéma cohérent par rapport à son passé, dit-il. Il a déjà été membre du RPR quand il était jeune, avant de venir à CPNT à la demande de Jean Saint-Josse. Il travaille aujourd'hui avec Xavier Bertrand, qui a toujours été l'un des plus à l'écoute de nos revendications chez Les Républicains. »

Le concerné y voit quant à lui la continuité de son projet politique. « À l'époque, je suis allé chez CPNT car j'étais un militant engagé du RPR. […] Je reprochais à mon parti de se foutre complètement des questions de ruralité, de chasse, etc. J'ai donc fait un bout de route avec CPNT avec l'objectif d'imposer le sujet de la ruralité. Bien sûr, je ne me voyais pas président – mais cet objectif a été atteint », dit-il.

Nihous réfute obstinément l'adjectif de carriériste. Selon lui, il ne s'agit pas d'une chasse aux places mais de ce qu'il nomme « une chasse à la concrétisation des idées ». Il trouve que le monde politique et les préoccupations actuelles ont changé. « Les voies alternatives, c'est terminé, assène-t-il. Il faut se raccrocher aux grosses locomotives pour avoir une chance de faire bouger les choses. » Il revendique aussi fièrement le fait d'être rentré au pays, dans le Nord de la France. « Je suis un Ch'ti – j'ai retrouvé mes racines. »

Thierry Coste, en revanche, a des doutes – aussi bien sur le plan de la logique politique que de celui des prétendues racines. Il s'en amuse avec une blague de chasseur pur jus. « Il est devenu un conseiller régional migrateur, dit-il. C'est toujours un peu louche parce que quand on est un défenseur de la ruralité, on attache de l'importance aux racines et on dénonce les parachutages. Or, lui a été régulièrement parachuté : d'abord dans le Sud-Ouest, en Gironde, puis dans le Nord. »

Le lobbyiste de la chasse va même plus loin dans ses accusations. « Je le connais par cœur : c'est moi qui l'ai recruté. Et c'est clairement un plan de carrière pour lui, sauf qu'il n'a pas pensé qu'il allait tuer le parti au passage. » Lorsque le parti s'est effondré, Nihous a voulu, selon lui, acquérir un poste de conseiller régional. « Ça lui permettait d'avoir un salaire et il sentait bien que Saint-Josse n'allait plus être député. Il a donc fait de l'alimentaire, je le dis ouvertement. »

Et pour cause, c'est Nihous qui a rapproché CPNT de l'UMP pour finir par l'intégrer en tant que parti associé. Ce que certains ont vu comme le préambule à son basculement personnel.

Au passage, Nihous a perdu ce qu'il nomme « une toute petite aile gauche » de CPNT et mis définitivement fin à la présence à la présidentielle du parti. Le succès de l'époque Saint-Josse tenait justement au positionnement apolitique de CPNT. Thierry Coste rappelle même que, malgré la croyance populaire, le parti trouvait ses racines historiques à gauche. « La chasse, ce n'est pas la Sologne et l'Alsace, dit-il. C'est une activité populaire, c'est plutôt le Nord Pas-de-Calais, la Picardie ou les Pyrénées. » Une fracture réelle a donc bien eu lieu au sein du parti des chasseurs. De fait, un pan entier de ceux qui ont autrefois combattu les Verts a fini par rejoindre les rangs du Parti socialiste, pour éviter de finir en satellite de la droite de gouvernement.

Sur la question de l'élection présidentielle en revanche, la décision fait l'unanimité. « Je considère que CPNT n'a plus vocation à participer à la présidentielle ; les Français ont besoin de sérénité et le parti n'est pas en capacité d'être à la tête du pays », argumente Eddie Puyjalon, actuel président de CPNT. Et de tacler en douceur NIhous. « Il faut arrêter de faire du cinéma ou n'être là que pour la gloriole, dit-il. Moi, ça ne m'intéresse pas. »

CPNT ne pèse donc plus grand-chose, et il faut y voir une conséquence de la direction impulsée au parti par Frédéric Nihous – plus particulièrement à cause des accords passés avec l'UMP de Nicolas Sarkozy, accords non honorés par l'ancien président du parti Jean-François Copé après la défaite de 2012.

Exsangue, le parti a aujourd'hui à peine les moyens de se déplacer sur le terrain. « Frédéric avait confiance en ces accords, peut-être à tort, explique Puyjalon. Ça nous a conduits à la situation actuelle, et à prendre des mesures en conséquence. » Comprendre : une réduction drastique de l'action sur le terrain. Le président du parti des chasseurs n'a pas dit son dernier mot pour autant. Si les Républicains le filoutent encore, il ira aux législatives avec ses propres listes. « Ce que les leaders des grands partis ne savent pas, c'est que les législatives, ça ne coûte rien ! », clame-t-il.

Frédéric Nihous, de son côté, se porte bien. Il reconnaît toutefois que la ruralité, de son propre aveu, n'est plus vraiment au centre de son travail. « Je m'occupe des questions d'énergie, d'emploi – puisque je suis président du service public de l'emploi dans le secteur –, de développement économique et d'aménagement du territoire. Du quotidien, en fait. On est là pour ça. » À en croire Thierry Coste, qui n'a pas une grande estime à l'égard de son ancien « collaborateur », Nihous aurait même été écarté de la question de la chasse dans les Hauts-de-France. « Il a tout juste obtenu une place éligible sur les listes, dit-il, alors que les cinq présidents des fédérations de chasse de la région étaient les chefs de file de Xavier Bertrand – c'est dire… »

Cela n'empêche toutefois pas l'ancien premier chasseur de France de faire entendre sa voix sur des sujets, disons, volaillers. Et en 140 mots, l'homme qui s'est montré charmant et bonhomme en entretien avec moi, revient sans problème au personnage public des campagnes présidentielles.


De fait, tomber dans l'oubli peut, parfois, avoir du bon.

Jean-Baptiste est sur Twitter.

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