On a rencontré le mec qui a inventé le premier gin sans alcool du monde

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On a rencontré le mec qui a inventé le premier gin sans alcool du monde

Avec un alambic et un livre de recettes du XVIIe siècle, Ben Branson a élaboré un gin sans la brûlure de l'alcool en bouche ni la gueule de bois du lendemain.
29.9.16

Quand Ben Branson a commencé à bricoler avec un alambic en cuivre acheté sur internet, il ne s'attendait probablement pas à devenir branché. Tout juste cherchait-il à reproduire de vieilles recettes tirées d'un livre sur les distillations médicinales publié au XVIIe siècle.

Trois ans plus tard, Seedlip, le spiritueux sans alcool qu'il a tiré de ses expériences, est devenu la nouvelle boisson ultra-tendance outre-Manche. Pourquoi ? Parce que les jeunes d'aujourd'hui qui carburent aux jus pressés à froid entre deux cours de yoga, ne sont pas super chauds à l'idée de s'enfiler un gin qui foutrait en l'air leurs résolutions #healthy. Quelques-uns des meilleurs bars et restaurants de la planète commencent d'ailleurs à comprendre que, bientôt, les « boissons pour adultes » ne seront plus synonymes d'alcool… Et que pour les mecs qui veulent boire sans vraiment boire, Seedlip est l'option la plus populaire du moment

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On est allé parler à Ben pour savoir comment cet alcool sans alcool est né, comment il a été accueilli et comment faut-il le boire – indice : le gin tonic n'est pas mort.

**MUNCHIES : *Salut Ben. Vous pouvez me parler un peu de votre parcours* ?** Ben Branson : Une partie de ma famille travaille la terre depuis plus de 300 ans dans le nord de l'Angleterre. Il y a neuf générations de fermiers derrière moi et cette lignée continue aujourd'hui. J'en suis très fier. Je veux perpétuer cette tradition. Une autre partie de ma famille travaille dans le design et la vente.

J'ai grandi à la campagne et j'adore la nature mais j'ai aussi bossé longtemps dans le tertiaire, pour des marques que je ne possédais pas. J'ai eu de la chance puisque j'ai beaucoup travaillé pour des alcools. Il y a cinq ans, j'ai songé à créer ma propre marque. Je n'y connaissais rien, donc j'ai décidé de ne pas faire le forceur. J'ai juste pris conscience que j'aimerais bien me retrouver de l'autre côté de la table.

Ben Branson. Photo by Tom Oldham courtesy of Seedlip.

Ben Branson. Photo de Tom Oldham.

*D'où est venue l'idée d'un gin sans alcool ?* Seedlip fait se rencontrer les deux côtés de ma famille à la base d'un produit qui répond à un besoin problématique : « que boire quand on ne peut pas boire ».

Mais l'idée n'est pas du tout venue comme un « business plan ». Je vis à la campagne et je suis fasciné par l'histoire naturelle. J'aime planter des choses, consulter de vieux grimoires, d'anciens livres de recettes ou des herbiers. Parfois sur internet, on se met à chercher un truc et on tombe dans une sorte de tunnel d'infos qui débouche sur complètement autre chose. C'est comme ça que je suis tombé sur L'art de la distillation. Ce livre, publié à Londres en 1651, regroupe des recettes de décoctions et d'alcools médicinaux. Il suffit d'utiliser le processus de distillation avec un alambic en cuivre. L'alcool vient non pas de la distillation mais d'une fermentation. La distillation sert uniquement à extraire un liquide au moyen de la chaleur. Je me suis dit que tout cela était fort intéressant. En général, j'aime bien tester les choses par moi-même – j'ai par exemple appris la taxidermie il y a six mois.

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Il y a trois ans, j'ai donc acheté sur internet un alambic en cuivre de trois litres et j'ai commencé mes petites expériences dans ma cuisine avec les herbes que je faisais pousser dans mon jardin. Avec de l'eau et de la vapeur, j'ai découvert que l'alambic me donnait un liquide qui avait pris le parfum de tout ce que je mettais dedans. C'était un peu mon « eurêka » à moi. Je me suis demandé quoi faire de cette découverte. Une boisson ? Est-ce que quelqu'un l'avait déjà fait ? Lentement, l'idée a germé dans ma tête. Je voulais monter ma propre affaire. Et si je créais le premier spiritueux sans alcool du monde ?

On est lundi soir, vous devez conduire ensuite, vous êtes enceinte ou vous avez décidé de lever le pied – il y a tout un tas de raisons pour ne pas boire de l'alcool.

*Mais pourquoi vouloir retirer au gin ce que beaucoup considèrent comme son principal attrait ?* En fait, cette histoire de « gin sans alcool » est une formule qui a été trouvée et utilisée par la presse récemment. Perso, je ne conçois pas mon produit comme un gin sans alcool. Parce que traditionnellement, un gin doit avoir un goût de genévrier alors que nous, nous n'en utilisons même pas. On n'essaye pas d'avoir le goût du gin ou celui d'un autre alcool puisqu'il n'y a ni le goût du genévrier, ni la brûlure de l'alcool en bouche. La saveur du Seedlip est bien particulière. Bien sûr, il y a des points communs avec le gin : l'utilisation d'un alambic en cuivre, d'herbes et le fait qu'il se marie très bien avec du tonic.

J'ai appris qu'on consommait de moins en moins d'alcool. Globalement, on boit aujourd'hui moins que ce qu'on buvait il y a vingt ans. Il y a même des entreprises, comme Daybreaker, qui organisent des raves matinales où il faut être sobre. À Londres, un jeune sur trois affirme ne pas boire d'alcool. Mais les sodas sucrés comme le Coca-Cola sont eux aussi en baisse. En parallèle, j'avais un grand intérêt pour le monde des cocktails et j'étais attiré par l'esprit d'innovation que l'on trouve dans celui des spiritueux.

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*Est-ce que vous buvez ?* J'ai arrêté de boire après mes études. Mais j'adorais bosser dans cette industrie et j'adore manger. J'ai pris l'habitude d'aller au restaurant et de remarquer les cartes de cocktails de plus en plus impressionnantes. Je vois toujours mes amis prendre une coupe de champagne ou un petit apéro avant leur plat. Le problème étant que si vous ne buvez pas, vous n'avez pas beaucoup d'alternatives. Ça peut être pour tout un tas de raisons : c'est juste le lundi soir, vous devez conduire ensuite, vous êtes enceinte ou vous avez décidé de lever le pied… Et dans ce cas-là, à part prendre un soda ou un jus de fruits, il n'y a pas grand-chose.

On a eu la chance d'être tout de suite commercialisé chez Selfridges. Ils ont vendu mes mille bouteilles en trois semaines. Les mille suivantes en trois jours, et les milles autres en trente minutes.

*Pouvez-vous m'expliquer le processus de fabrication ?* On commence par distiller séparément les ingrédients, qui ont tous été cultivés sur des arbres ou dans la terre. On n'ajoute ni sucre ni édulcorant et il faut compter six semaines pour terminer le processus.

À présent, on produit deux boissons. Le Seedlip Spice qui est très parfumé et boisé. Il est composé de deux écorces, de deux épices et de deux types de zestes d'agrume. Il est très épicé : on sent surtout le piment de la Jamaïque et la cardamome. Il se marie très bien avec de l'eau tonique et du jus de raison noir. Notre seconde bouteille est le Seedlip Garden qui est très floral, très herbacé. J'ai pu y utiliser plein d'ingrédients de mon propre potager : mes pois, mon fourrage, mon romarin et mon thym : des ingrédients très présents dans les jardins à l'anglaise traditionnels. Lui aussi se sert avec du tonic et une rondelle de concombre. Ou alors dans des cocktails non alcoolisés.

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*Les gens – surtout ici en Angleterre, où ton entreprise est basée – ne rigolent pas avec leur gin. Comment ont-ils accueilli tes boissons ?* Pendant les trois premiers mois de lancement, j'étais le seul employé de mon entreprise. J'ai mis en bouteille, étiqueté et livré moi-même mille bouteilles. Je pensais que ce stock allait durer trois mois. Je n'avais pas du tout prévu la suite des événements. On a eu la chance d'être tout de suite commercialisé chez Selfridges. Ils ont vendu mes mille bouteilles en trois semaines. Les mille suivantes en trois jours, et les milles autres en trente minutes. J'ai commencé à flipper. J'avais fait l'erreur de mettre mon numéro perso et mon adresse privée sur le site internet. Ça a pris des proportions un peu dingues.

Il fallait résoudre le problème. On a donc trouvé un embouteilleur par ici, au nord de l'Angleterre. Il a fallu s'excuser auprès des clients, leur dire qu'ils ne pouvaient plus se procurer les Seedlip, et demander aux bars et aux restaurants d'être patients. J'ai fini par embaucher un employé. Maintenant, on est huit à travailler à plein temps. Nos deux produits se retrouvent un peu partout dans le monde, chez plus de trente restaurants étoilés au Michelin. On vient d'accepter un investissement de Diageo, la plus grande entreprise du monde sur le marché des alcools et spiritueux. Ça ne fait que dix mois que la marque existe et j'ai déjà été invité à Buckingham Palace pour rencontrer le Duc de York !

*Qu'est-ce que vous avez en tête pour la suite ?* C'est très important de bien faire les choses. On ne veut pas vendre la marque ou se retrouver dans tous les magasins du pays. On veut trouver les bonnes personnes avec qui bosser et faire ça bien. Chaque chose en son temps. On veut se faire connaître ici au Royaume-Uni et puis tenter d'aller voir du côté des États-Unis. On ne veut pas étendre notre catalogue de produits ou atteindre un niveau de complexité trop subtil.

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*Désolé de poser la question, mais est-ce que vous avez déjà essayé de le mélanger avec de l'alcool ?* Tout le monde me demande ça. Comme le Seedlip n'est pas du tout sucré et qu'il a naturellement bon goût, il fait un ingrédient idéal pour les cocktails. On l'a créé pour faire des boissons sans alcool mais si vous voulez le mettre dans un cocktail avec juste un peu d'alcool, on ne va pas en faire un fromage.

*C'est gentil, merci.*