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Jeune Blanc cherche jeune Blanche pour rencontre et plus si affinités

Les racistes en manque d'amour ont aussi droit à leurs sites de rencontres.

par Mack Lamoureux
28 Décembre 2016, 5:30am

Photo réalisée à partir d'images Flickr appartenant à Kevin Dooley et Erick Aguirre

Les racistes rêvent-ils de rencontres électriques ? Vous ne vous êtes peut-être jamais posé la question. Moi oui. Quand vous avez pour principal critère de recherche la pureté sanguine et la couleur de l'épiderme, passez-vous votre temps sur Tinder ? La haine de l'altérité est-elle soluble dans le grand supermarché de l'Amour ? Autant d'interrogations qui m'ont poussé à contacter un suprémaciste blanc membre de ce que l'on appelle « l'alt-right » américaine – en gros, la droite plus que dure. Ce type a lancé un site de rencontres en ligne pour que ses confrères puissent trouver l'amour.

« Notre société, notre système [éducatif] et les médias ont réussi à instaurer une idéologie anti-Blancs », avance Stonewall, son patronyme sur son propre site de rencontres. « Quand des Blancs affirment qu'ils veulent être avec des gens qui leur ressemblent, ils sont tout de suite vilipendés. »

Et Stonewall de poursuivre : « Quand vous rencontrez quelqu'un et que vous parlez de ça, la personne en face de vous est très souvent choquée et finit par rompre, simplement parce que vous avez dit ce que vous pensiez. C'est dur. »

Comment les racistes font-ils pour se rencontrer dans une société peu encline à accepter de tels propos ? Eh bien, ils emploient le meilleur moyen à la disposition des suprémacistes du monde : Internet.

Ces derniers sont nombreux à se rendre sur Plenty of Fish, Ok Cupid et d'autres sites de rencontres – dans ce cas, ils n'oublient pas de glisser une petite phrase dans leur profil afin d'apporter une précision indispensable, du genre « pas de DM si vous n'êtes pas blanc(he) ». Mais pour beaucoup, ce n'est pas suffisant. C'est là que d'autres sites entrent en jeu, tels que WASP Love, Where White People Meet ou Stormfront – des sites qui, de manière délibérée ou non, permettent à des racistes de trouver l'amour.

J'ai entamé mon voyage dans ce monde étrange via une simple recherche Google « rencontres entre membres de l'alt-right ». J'ai cliqué sur le premier lien proposé, WASP Love, qui se présente comme un site à destination des chrétiens traditionalistes, des nationalistes blancs et des membres de la « droite alternative » américaine.

« Les patriarches de l'Ancien Testament nous ont mis en garde contre le mariage avec des membres d'autres peuples, qui adorent de faux dieux », précise Stonewall, le fondateur de WASP Love, dans un post. « Nous devons obéir à la sagesse de nos pères et nous marier avec des femmes de notre race. »

Capture d'écran de la page de Stonewall sur WASP Love

Stonewall, un chrétien originaire de l'Alabama, a créé le site au début de l'année 2016. Aujourd'hui, celui-ci rassemble près de 300 membres. Selon son créateur, le concept n'est pas du tout novateur, de nombreux sites de rencontres entre suprémacistes blancs ayant déjà existé par le passé, avant de disparaître.

Stonewall ne cesse d'insister sur la difficulté qu'ont les nombreux nationalistes blancs à rencontrer des femmes à leur image. Pour lui, le marché des sites de rencontres entre suprémacistes blancs et néonazis est plutôt lucratif. « Si vous regardez les statistiques qui concernent le site Daily Stormer [un site de la « droite alternative »], qui est l'un des plus hardcore, vous observez que près de 5 000 aux États-Unis le consultent, ce qui est énorme. Ces personnes représentent un vrai marché. La droite alternative américaine est en plein essor et je pense que ce n'est que le début. »

Stonewall confie être satisfait de la croissance exponentielle de son site depuis sa création, même s'il fait face à un léger problème. « Maintenant, il s'agit d'attirer les femmes, ajoute-t-il. Vous l'aurez peut-être deviné, mais l'alt-right est un mouvement largement dominé par les hommes. »

Une conversation entre un utilisateur de WASP Love et moi-même

Stonewall assure la promotion de son site sur diverses pages Facebook de nationalistes blancs et de partisans de l'alt-right. Pendant un temps, il officiait sur Twitter mais son compte a été désactivé car il ne respectait pas la politique du site en matière de discours incitant à la haine.

Stonewall me précise qu'il a parfois du mal à faire cohabiter les membres de ces milieux dits alternatifs, tant ils s'opposent sur des principes fondamentaux. « J'ai pas mal de problèmes avec les nationalistes blancs. Nombre d'entre eux sont focalisés sur le paganisme, ce qui entre en contradiction avec les croyances des chrétiens traditionalistes. »

Après plusieurs échanges avec Stonewall, j'ai fini par me rendre sur Stormfront, le réseau préféré des racistes du net, qui a eu l'honneur d'être désigné comme étant le « plus grand site incitant à la haine raciale » par Wikipédia. Le site a été fondé en 1996 par un ancien leader du Ku Klux Klan. Après être tombé dans l'oubli, il a connu un regain de popularité pendant la campagne présidentielle américaine – avec un nombre de pages vues augmentant d'un million entre le 15 septembre et le 30 novembre.

Dans les bas-fonds du site, une section assez facétieuse réunit les « célibataires blancs » en mal d'amour. Ici, il s'agit de suprémacistes blancs qui déversent sur les autres membres des questions en lien avec leur recherche du grand amour – celui-ci se devant d'être blanc, et très à droite.

Prenez l'exemple de ce post rédigé par un certain Boeck. Il se décrit comme étant un homme de 25 ans, musclé, prévoyant de se marier et d'avoir « beaucoup d'enfants ». Boeck s'intéresse à « l'Allemagne, la culture allemande, le national-socialisme, Hitler, le golf, la chimie, la généalogie ». À l'entendre, sa femme idéale aurait « entre un et sept ans de moins que [lui] ». Elle serait « 100 % blanche MAIS aurait moins d'ascendance allemande que [lui]… » Il précise être à la recherche d'une épouse « raciste, nazie, respectueuse et pensant qu'[il est] le meilleur homme sur Terre. »

Un autre utilisateur, prénommé Joshua83, a rédigé une annonce de près de 600 mots dans laquelle il précise vouloir « se marier et avoir de beaux enfants aryens ». Il semble apprécier « le racialisme, l'histoire, la préservation et la défense de la race blanche ainsi que [les] valeurs traditionnelles ». Joshua83 précise être encore vierge et consacre 400 mots à la description de sa future épouse, « une vierge chaste, d'origine écossaise ou allemande de préférence, mais avant tout blanche, pure, honnête et fidèle (à [sa] race, à [lui] et à [leurs] enfants) ».

Enfin, pour compléter le tableau, je vous présente Where White People Meet, un site qui se définit ouvertement comme « non-raciste » tout en précisant qu'il existe pour permettre à des Blancs de se rencontrer. Sam Russell, son fondateur, ajoute que tout le monde peut rejoindre son site, peu importe sa couleur de peau, ce qui est assez contradictoire, dirons-nous. « Il s'agit avant tout d'équilibrer les choses », a précisé Russell au Washington Post. « Je suis loin d'être raciste. J'ai d'ailleurs déjà entretenu une relation avec une Noire et j'ai même éduqué un jeune garçon noir. Je trouve simplement hypocrite de dire qu'un groupe a le droit de faire ça, mais pas un autre. »

Même si ce n'était pas l'intention première de son fondateur, Where White People Meet est très souvent évoqué sur des forums racistes. Assez ironiquement, beaucoup de suprémacistes se plaignent désormais de la trop grande présence des minorités sur le site. « Where White People Meet est plein d'Hispaniques, d'Indiens à la recherche d'une carte de résident permanent et il y a toujours des Noirs qui viennent taper l'incruste », déclarait un utilisateur de Stormfront il y a quelque temps.

Néanmoins, même si tous ces sites existent, cela ne veut pas forcément dire qu'ils cartonnent. Comme le sous-entendait Stonewall, l'alt-right et les suprémacistes sont composés très majoritairement d'hommes – ce qui pose quelques problèmes quand vous désirez mettre en place une relation hétérosexuelle. En gros, le monde des rencontres entre cyber-nazis ressemble à une immense soirée dont les invités seraient exclusivement des mecs venus pour jouer à WoW tout en se plaignant d'être puceaux.

« Je suis beau garçon, intelligent, travailleur, assez riche. Le problème, c'est que je n'arrive pas à trouver une femme blanche convenable », se lamentait un utilisateur de Stormfront en manque d'amour, tout en ajoutant : « Je préfère vivre seul plutôt que de revoir mes exigences à la baisse. »

Eh bien, bon courage à toi mec. En plus d'être un peu trop fermés d'esprit, certains racistes sont dans l'incapacité de réaliser un quelconque compromis. Résultat : ils n'arrivent pas à baiser. Certains s'en réjouiront sans doute.

Mack Lamoureux est sur Twitter.