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Metallica m'a appris à aimer 2016 et à ne plus m'en faire

« Hardwired…To Self-Destruct » fait partie des nombreux disques de l'année figés dans la carbonite de 1986, mais pour une fois, on ne s'en plaint pas.

par Yal Sadat
19 Décembre 2016, 10:44am


« Fuck you 2016 »
. «  Vilain 2016, couché ». «  Mange tes morts 2016 ». «  2016 ouin ouin ». «  2016 m'a tuer ». Voilà le genre de braillements entendus à peu près mensuellement cette année. Le motif de ces imprécations contre le calendrier ? La mort d'une cohorte de vieux chanteurs à sonotones, partis sans laisser à nos pauvres martyrs traumatisés par « l'année noire de la pop » l'occasion de les voir une dernière fois jouer des tubes pondus à une époque où ils bavaient encore béatement sur la moquette de leurs parents comme les larves répugnantes qu'ils étaient - une activité à laquelle ils n'ont d'ailleurs pas vraiment cessé de s'adonner. Et puis, parmi les autres tragédies qui émeuvent tant nos petits chats éplorés, il y a bien eu quelques massacres accessoires sur la French Riviera ou au Moyen-Orient, mais on peut foutre tellement de choses derrière le hashtag #fuckyou2016 qu'on ne va pas s'emmerder à faire du tri. Après tout, #davidbowie est #mort alors ça vaut bien qu'on finisse le chocolat devant #strangerthings sans penser à des choses aussi gonflantes que la #décence sur internet.

Si on me demande mon avis, ce qui fut le plus pénible cette année à part le Jugement dernier, c'est justement de voir les foules étouffer le présent morose en se réfugiant dans une vaste entreprise de bodysnatching. Debout Ghostbusters ! Debout Star Wars ! Debout les années Amblin ! Ramassez vos croûtes et dansez pour nous faire oublier que Bowie et Cohen se sont tus à jamais. S'il y a une chose qui sent l'apocalypse et le couloir d'hospice, c'est bien la nécrophilie pop-culturelle, cette manière de suçoter ses vieux doudous odorants pour éviter de regarder la fin des temps dans les yeux. Il a donc fallu rester vigilant et tirer la sonnette d'alarme à chaque fois qu'un disque, un film, une série s'est pris au jeu morbide de maquiller l'an 2016 comme un scooter volé afin de le faire passer pour 1986.

C'était sans compter sur le bordel foutu en novembre par Metallica. Jamais génial mais très ravigotant, Hardwired… To Self-Destruct doit précisément sa réussite au fait d'avoir été calibré comme madeleine pour trentenaires/quadras biberonnés à Ride The Lightning, Master of Puppets ou Loaded. Un album flottant quelque part dans les limbes, entre 1984 et 1996. Un peu comme si Lars Ulrich s'était fait implanter de nouvelles articulations bioniques en acier inoxydable, l'autorisant à reproduire les roulements militaires de « One ». Comme si James Hetfield récrivait avec un bonheur non dissimulé les compositions d'un Dave Mustaine fraîchement viré du groupe. Comme si les choses reprenaient soudainement leur place. Leur bonne vieille place. C'est simple, en l'écoutant, on approuverait presque tous ces junkies accros aux contrefaçons eighties qui leur font l'effet de la pilule bleue de Matrix : on se sent dériver vers un monde familier, et donc meilleur.

Mais pas question de donner raison à ces zombies. Au fond, le passéisme de Hardwired a peut-être une bonne excuse : si un groupe devait renoncer à s'inventer un futur et choisir plutôt de revenir aux fondamentaux, c'est bien Metallica. D'abord parce que ces gars-là ont passé les quinze dernières années à faire semblant de chercher à se réinventer, et que tout ce que ça a produit, ce sont deux albums nuls et la B.O. d'un mauvais John Woo. Ensuite parce qu'on parle de la formation de James Hetfield, un mec dont les centres d'intérêt n'ont pas bougé depuis 1983. Tuning, chasse, port d'armes, libertarianisme, autant de saines passions caractérisant ce genre d'artistes-là, pas faits pour expérimenter toute une carrière mais au contraire pour rester des piliers, des balises rassurantes, voire des rampes auxquelles on se cramponne en cas de tourmente. Oui, tout part en couilles, et peut-être que la mission de Metallica sur la Terre était justement de rester le gardien des riffs proprement aiguisés des grandes heures du thrash metal. Noble tâche.

Ou alors, c'est juste qu' Hardwired est ma pilule bleue à moi, et que je ne suis rien d'autre qu'un de ces putains de junkies shootés à la nostalgie eighties. #fuckyou2016.

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