Image tirée d"Akira", 1988

Que se passerait-il si la Corée du Nord bombardait les États-Unis ?

En gros, pas grand-chose de positif pour Kim Jong-un et ses sbires.

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déc. 30 2016, 5:45am

Image tirée d"Akira", 1988

Comme je ne sais pas si vous avez parfaitement suivi les dernières évolutions de la scène géopolitique mondiale, il est toujours bon de vous rappeler que la Corée du Nord souhaite accéder à l'arme nucléaire depuis plus d'une vingtaine d'années – afin de faire partie du cercle très fermé des puissances nucléaires, au même titre que la Russie, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou encore la France. Après de nombreux essais plus ou moins fructueux, le pays dirigé d'une main d'acier par Kim Jong-un semble être en passe de lancer un engin nucléaire à tout moment. Le pouvoir n'hésite plus à menacer son voisin sud-coréen – ainsi que son allié de toujours, les États-Unis.

Aujourd'hui, selon certains experts, la Corée du Nord est en mesure de lancer des missiles capables de transporter une tête nucléaire, à l'image du missile balistique intercontinental Kwangmyongsong – capable d'atteindre Los Angeles, selon une étude datée de février dernier. D'autres analyses récentes laissent entendre que d'ici 2020, la Corée du Nord possédera une tête nucléaire « fiable  » susceptible de toucher les États-Unis. Pourtant, selon Rodger Baker, spécialiste du cas nord-coréen au sein de Stratfor, une société spécialisée en analyse de risques-pays, l'important n'est pas de savoir quand les bombes nucléaires nord-coréennes seront opérationnelles. « Je suis quasiment certain qu'ils peuvent frapper les États-Unis dès aujourd'hui », avance-t-il.

En d'autres termes, la Corée du Nord est prête à foutre un sacré bordel, même si sa capacité à sortir vainqueur d'un conflit nucléaire semble aussi probable que la victoire de Jeremy Irons aux Oscars 2017 pour son rôle dans Assassin's Creed – sait-on jamais, sur un malentendu...

Il y a quelques mois, dans le cadre d'une étude menée pour le compte de Stratfor, Rodger Baker et son équipe s'intéressaient à la possibilité d'une attaque préemptive de la part des États-Unis afin de faire disparaître l'arsenal nucléaire nord-coréen. Dans cette optique, Rodger m'a aidé à imaginer ce qui pourrait se passer si, un jour, la Corée du Nord décidait de passer à l'attaque. Si vous imaginez des généraux américains en train d'appuyer sur de multiples boutons pour faire intégralement disparaître le pays des Kim de la face du monde, eh bien, vous êtes un bien piètre stratège.

Étape 1 : les États-Unis comprennent ce qui se passe bien avant le lancement

On peut déjà dire sans trop se mouiller qu'un missile nucléaire ne va pas apparaître d'un seul coup sur une base de lancement nord-coréenne. Si le pays dispose de plusieurs méthodes de lancement, la plus sûre – et la plus évidente – serait d'utiliser une tour de lancement fixe. Salon Baker, un tel choix permettrait à tous les services de renseignement de se préparer pour contrer l'attaque.

La Corée du Nord a lancé avec succès des missiles depuis un sous-marin il y a peu, mais une telle stratégie paraît risquée, tant celle-ci obligerait un sous-marin nord-coréen à s'approcher fortement des côtes du pays visé – en sachant que les sous-marins nord-coréens sont en très mauvais état.

Il serait sans doute préférable pour Pyongyang d'utiliser un tracteur-érecteur-lanceur, ou TEL, soit un véhicule mobile permettant de tirer un ou plusieurs missiles. « Vous les voyez souvent dans les films, rappelle Rodger Baker. Si vous utilisez un TEL, vous pouvez lancer un missile en une heure à partir du moment où vous sortez le missile de son lieu de stockage. » La Corée du Nord dispose de TEL – notamment ceux achetés à la Chine en 2012 – et n'hésite pas à les mettre en avant lors de ses parades militaires.

Rodger Baker estime qu'une heure est un laps de temps amplement suffisant pour être remarqué par les services de renseignement américains – sachant que le pays est scruté de près par de nombreux outils ultra-perfectionnés, notamment des satellites. « Peu de temps après chaque test, les Américains et les Japonais affirmaient si oui ou non celui-ci était concluant, rappelle Rodger. S'ils sont aussi rapides, c'est qu'ils observent en direct les lancements, alors qu'ils sont censés être secrets. »

Selon Rodger Baker, il est difficile d'imaginer qu'une attaque nucléaire nord-coréenne puisse surprendre les États-Unis et leurs alliés. « Si une attaque venait à avoir lieu, tous les systèmes de défense seraient activés, rappelle le spécialiste. Les navires japonais porteurs de missiles défensifs entreraient tout de suite en action. »

Place à l'étape 2.

Étape 2 : les États-Unis et le Japon lancent une frappe préemptive

On dit souvent que la meilleure défense est l'attaque. Selon des spécialistes en géopolitique de l'université George Washington, si des espions avaient des preuves de l'imminence d'une attaque nucléaire nord-coréenne, les responsables américains n'hésiteraient pas une seconde à frapper Pyongyang avant de justifier cette décision devant l'ONU grâce à l'argument de la « menace imminente pour la sécurité du pays ».

Une telle décision n'impliquerait même pas une décision de Donald Trump, selon Rodger Baker. « Je suis sûr qu'une frappe préemptive serait validée par des militaires, sans forcément passer par le pouvoir politique », affirme-t-il. Le problème serait de justifier une telle frappe auprès de certains acteurs internationaux, comme la Chine, la Russie voire la Corée du Sud. « Si on aborde le problème sous l'angle politique, avance Rodger Baker, il vaudrait mieux détruire le missile une fois dans les airs plutôt qu'au sol. »

Il est tout de même peu probable que les États-Unis acceptent qu'un missile nord-coréen se balade dans les airs pendant ne serait-ce que quelques secondes.

Étape 3 : un missile est dans les airs

Bon, admettons que les États-Unis veuillent éviter à tout prix de frapper la Corée du Nord directement au sol. Si, par malheur, ils n'arrivent pas à intercepter le missile après son lancement, et que celui-ci quitte l'atmosphère, il est peu probable qu'il arrive à toucher les États-Unis. « Les Nord-Coréens semblent capables de lancer un missile quittant l'atmosphère avant d'y revenir sans être détruit, précise Baker. Le truc, c'est que cette retombée ne sert à rien si la bombe est endommagée dans le processus. » En gros, même si la Corée du Nord venait à déjouer l'interception de son missile, celui-ci pourrait ne servir à rien tant une frappe intercontinentale est peu fiable au vu de la technologie en sa possession.

Après, il y aurait la question de savoir où le missile pourrait terminer sa course. Rodger Baker m'a précisé que les lieux les plus « accessibles » – comme Hawaï et Los Angeles – n'étaient pas forcément les seuls à être sous la menace. « Il faut se souvenir de la carte publiée il y a quelques années, avec des petites lignes allant de la Corée du Nord jusqu'à Austin, par exemple », rappelle-t-il.

Étape 4 : les États-Unis et le Japon tentent d'abattre le missile avant qu'il touche le sol

« Des radars et des systèmes satellitaires sont activés en permanence, à la recherche d'une quelconque signature thermique laissant penser qu'un missile a été tiré », détaille Rodger Baker. Cela fait un certain temps que les États-Unis pensent installer sur le sol sud-coréen un système de défense appelé THAAD, mais au vu de l'instabilité politique qui règne actuellement dans le pays du Matin calme, sa mise en place paraît peu probable à très court terme.

Donc, si le missile n'est pas intercepté par la Corée du Sud, tout porte à croire qu'il serait intercepté par le Japon, qui dispose d'une flotte conséquente et armée pour une telle opération.

Mais admettons que les Japonais se loupent et que le missile s'éloigne en direction des États-Unis. Dans ce cas-là, l'interception devra être effectuée par la défense antimissile américaine, basée en Alaska. Malheureusement, ce système est perfectible. « On ne pourra jamais être sûr à 100 % de l'efficacité de notre défense antimissile », précise Rodger Baker.

Il faudrait tout de même un sacré concours de circonstances pour que la Corée du Nord arrive à ses fins. Après, il faut avoir en tête que les capacités militaires du pays ne font que s'accroître et que ce n'est qu'une question de temps avant que Pyongyang soit doté d'armes assez flippantes, comme des missiles portant de nombreuses têtes nucléaires qui partiraient dans plusieurs directions.

Étape 5 : la Chine entre en jeu

C'est sans doute l'une des raisons qui font que Trump devrait y aller mollo avec la Chine. Selon Rodger Baker, il est tout à fait possible que dans le cas d'une attaque nord-coréenne, la Chine intervienne pour tenter de prévenir le déclenchement d'une nouvelle guerre de Corée.

« La Chine a déjà sous-entendu par le passé qu'en cas d'attaque nord-coréenne elle n'hésiterait pas à intervenir militairement dans le pays et à prendre le contrôle à Pyongyang afin de calmer le jeu, avance Rodger Baker. Je crois que les Chinois savent parfaitement qu'un conflit nucléaire mondial serait désastreux pour eux, d'autant plus face aux États-Unis. »

D'autres spécialistes rejettent l'analyse de M. Baker et affirment que la Chine n'hésitera pas à soutenir son allié nord-coréen. Joel S. Wit, spécialiste des relations américano-coréennes à la John Hopkins School, a affirmé dans le New York Times qu'un retournement de veste de la part des Chinois était peu probable. Si Xi Jinping pousse son allié à abandonner l'arme nucléaire, il n'entend pas l'isoler pour autant. « Une Corée unifiée et alliée à Washington serait une très mauvaise nouvelle pour Pékin au vu de la rivalité entre les deux superpuissances en Asie », écrivait-il.

Étape 6 : les États-Unis répliquent, mais ne rasent pas la Corée du Nord

Donald Trump a déclaré en avril dernier qu'il n'excluait pas la possibilité de recourir à l'arme nucléaire pour éliminer l'État islamique. On pourrait donc supposer que dans le cas d'une attaque nord-coréenne – réussie ou non – il n'hésiterait pas à raser le pays de la carte. Et pourtant, Rodger Baker en doute.

« Pour moi, c'est inenvisageable. La Corée du Nord n'est pas une grande puissance militaire, et la taille de la péninsule coréenne est réduite. Larguer une bombe atomique sur le pays empêcherait sa renaissance rapide et, surtout, mettrait en danger la Corée du Sud, notre alliée. » En lieu et place de cette stratégie un poil cavalière, Washington pourrait privilégier « le lancement d'un missile de croisière dévastateur puis une campagne aérienne visant à détruire l'ensemble de l'artillerie nord-coréenne située sur sa frontière méridionale », l'idée étant d'empêcher Pyongyang d'utiliser son artillerie et ses systèmes de lancement de missiles mobiles. Cela permettrait aux États-Unis de mettre à genoux le pays sans intervenir directement dans la région.

Étape 7 : si guerre il y a, la Corée du Nord perdra

Maintenant que les deux camps ont déclaré ouvertement la guerre, revenons-en à l'étude de Stratfor que j'évoquais plus haut. En fait, « les premières heures du conflit seront essentielles pour la Corée du Nord, précise M. Baker. C'est là qu'elle devra utiliser toutes ses ressources, notamment des armes chimiques, afin de rendre impossible une quelconque action américain ou sud-coréenne au sol et d'infliger le plus de dommage possible à la partie septentrionale de la Corée du Sud. » Une telle décision pousserait les États-Unis à intensifier leurs frappes – ce qui ne laisserait que peu d'espoir à Pyongyang.

« On peut s'avancer sans mal et dire que dans l'hypothèse d'un conflit entre la Corée du Nord et les États-Unis, voire d'un conflit entre les deux Corées, la dynastie des Kim connaîtrait ses dernières heures », conclut Rodger Baker.

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