politique

Peut-on croire à la sincérité de Gerry Sklavounos?

En un mot : non.
9.2.17
Photo : Ryan Remiorz/La Presse canadienne

Philippe Couillard avait exigé une « déclaration très forte, très sentie et très sincère », et le député Gerry Sklavounos a tenté de répondre à l'appel jeudi avant-midi, lors de sa première allocution depuis que la couronne l'a blanchi d'accusations d'agressions sexuelles.

Sa déclaration a semblé rendre mal à l'aise les élus de l'Assemblée nationale, qui ne se sont pas empressés d'appuyer leur collègue. On ignore toujours si le député sera réintégré dans le caucus libéral, malgré qu'il ait insisté pour rappeler qu'il était « un libéral dans l'âme ».

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Son discours était-il suffisamment convainquant?

Deux experts en communications cités par Le Devoir jeudi matin, avant que Sklavounos se prononce, avaient évoqué un certain nombre de critères à respecter pour que le député paraisse sincère. Cette tâche était colossale, étant donné que son mea culpa était une commande du chef libéral.

Voici ce qu'on en retient.

Pas de demi-excuses

Les deux experts sont clairs : il ne faut pas s'excuser à moitié. Les excuses doivent être réelles, crédibles et honnêtes.

Il existe de multiples « stratégies pour s'excuser sans vraiment le faire», comme « [ne pas] s'excuser pour l'offense elle-même, mais pour les conséquences de celles-ci », illustre le professeur au Département de communication sociale et publique de l'UQAM, Olivier Turbide.

Or, le terme « excuses » (et mots de même famille) était absent du discours de M. Sklavounos.

Sklavounos n'a émis aucun commentaire sur Alice Paquet, celle qui l'a accusé. Il n'a pas même évoqué son nom. Il a plutôt réitéré sa confiance envers le système judiciaire et remercié le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et la police de Québec pour « leur travail professionnel, rigoureux et impartial ».

Il a eu quelques mots pour les autres témoignages anonymes relayés dans les médias, où d'anciennes militantes et employées de l'Assemblée nationale faisaient état de gestes et de propos déplacés.

Sans admettre que ses actions étaient bel et bien malséantes, il a d'abord rappelé qu'il a « toujours tenté d'être le plus respectueux possible des gens » qu'il côtoie. Il a précisé à ceux qu'il a « pu offenser malgré [lui] » qu'il n'avait pas agi intentionnellement et a exprimé des regrets.

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Il explique ses paroles comme des tentatives de socialiser, de détendre l'atmosphère de l'Assemblée nationale « de manière parfois maladroite ».

Il s'est décrit comme quelqu'un de volubile, chaleureux, friendly, passionné, spontané; un petit charmeur qui distribue les « compliments polis », et peut-être même un clown qui n'était pas si drôle finalement.

« Je réalise aujourd'hui cependant que parfois, dans des circonstances, il y a certaines personnes qui ne veulent pas avoir ce type d'attention », a-t-il raisonné. Il se dit désolé d'avoir pu rendre ces personnes inconfortables, et s'engage désormais « à faire preuve de beaucoup plus de prudence ».

En période de questions, un journaliste lui a rappelé qu'il n'était pas uniquement question de paroles, mais de gestes concrets.

Gerry Sklavounos n'a pas reconnu avoir commis de telles actions. Il dit avoir pris connaissance de ces allégations en même temps que tout le monde, en lisant le journal. Il a souligné qu'il n'y avait jamais eu de plaintes le visant à ce sujet.

« Quand j'ai entendu parler de gestes, c'était parmi les choses les plus blessantes que j'ai entendues, s'est-il désolé. Je vivais en même temps une fausse allégation pour un geste que je n'ai pas commis. »

Le professeur Turbide avait prévenu qu'un élu dans une telle situation serait tenté de se victimiser et de pointer les médias du doigt. C'est exactement ce que le député a fait dans la première partie de son discours: répéter qu'il avait fait face à une « période de grand stress », déplorer que les « propos très blessants et non fondés » relayés dans les médias traditionnels et sociaux avaient eu un « effet considérable » sur sa famille et lui.

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Il a rappelé qu'il avait perdu du poids, qu'il n'était pas sorti de chez lui plus de 10 fois depuis que le scandale a éclaté. Il a également reproché au Québec d'avoir parfois piétiné la présomption d'innocence à son égard.

Un besoin de spontanéité

« Quand on croit à un repentir, c'est parce que c'est spontané, c'est senti », avance le professeur Olivier Turbide.

Or, Gerry Sklavounos, muet depuis le début de cette affaire, s'est prononcé près d'une semaine après que le DPCP ait choisi de ne pas intenter de poursuites contre lui. Une semaine, c'est long sur l'échelle de la spontanéité. Et il y a plus spontané qu'une allocution d'une dizaine de minutes lue du début à la fin.

Olivier Turbide souligne également qu'il est important qu'on ne perçoive ni mise en scène, ni préparation, ni calcul, ni intérêt dans le discours d'une personne qui présente ses excuses.

Dans ce cas-ci, on pourrait croire que les intentions de Sklavounos étaient assez claires. Il a débuté son allocution par « Je suis ici aujourd'hui pour vous faire part de mes intentions quant à mon avenir politique », et rappelle à ses collègues en fin de discours qu'il est toujours profondément libéral. Ce qui s'apparente à des excuses ne se trouve qu'en moitié de deuxième page, et tient en 6 lignes. En bref, il semble s'agir ici en grande partie d'un plaidoyer pour retrouver son siège sous la rouge bannière du PLQ.

Côté mise en scène, on observe que le député s'est entouré pour l'événement de sa femme et de multiples membres de l'association libérale de Laurier-Dorion; il a lui-même insisté sur la diversité de leurs origines.

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Le chercheur en communication politique à l'Université Laval Thierry Giasson avait pour sa part souligné dans le texte du Devoir que la femme de Sklavounos ne devrait pas être présente, à moins qu'elle livre également un discours. « C'est à lui seul d'assumer ses actes », avait-il soutenu.

Or, son épouse est demeurée aussi silencieuse que l'entourage multiculturel de M. Sklavounos.

Le député a cependant répondu aux questions des médias, ce que Thierry Giasson recommandait de faire. À noter qu'il a toutefois esquivé toute question sur la nature de sa relation avec Alice Paquet.

Un tout nouveau Gerry

En début de semaine, Philippe Couillard avait insisté sur la nécessité que le député entame « une démarche personnelle » qui le mènerait une expression sincère de la compréhension des enjeux. Dans son point de presse, Sklavounos a indiqué qu'il voulait entreprendre une telle démarche « afin que cette introspection se concrétise dans les prochains mois ».

Il a cependant été évasif sur la forme que prendrait sa démarche entamée le jour où les allégations d'Alice Paquet ont éclaté dans la sphère publique. Il dit s'être entouré de personnes qui ont pu l'aider « à mettre les choses en perspective ». D'autres personnes devraient l'accompagner encore, « ça reste à déterminer. »

Ces personnes devraient l'appuyer dans ses démarches de « sensibilisation » dans le comté et ailleurs. Sklavounos s'est engagé à appliquer concrètement les valeurs d'égalité homme-femme au parlement et dans la société, ainsi qu'à soutenir « les initiatives porteuses des groupes qui oeuvrent à la promotion de ces principes ».

« Je compte devenir un exemple », a-t-il martelé.

Gerry Sklavounos compte reprendre place à l'Assemblée nationale dès la semaine prochaine. Il y siégera comme indépendant, jusqu'à nouvel ordre.