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Bienvenue à bord, bande de poivrots

Toute ma vie, j'ai rêvé d'être hôtesse de l'air. Aujourd'hui je travaille dans une compagnie aérienne et j'ai l'impression de passer ma vie à vous servir à boire. On est dans un avion les gars, pas dans un putain de bar.
26.6.15

Bienvenue dans Cuisine Confessions, une rubrique qui infiltre le monde tumultueux de la restauration. Ici, on donne la parole à ceux qui ont des secrets à révéler ou qui veulent simplement nous dire la vérité, rien que la vérité sur ce qu'il se passe réellement dans les cuisines et les arrière-salles des restaurants. Dans cet épisode, on embarque à bord des avions pour rencontrer les seules barmaids qui parviennent à défier les lois de la gravité : les hôtesses de l'air.

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Je vole environ 75 heures par mois. Je fais surtout des vols nationaux, mais il m'arrive aussi de faire quelques longs courriers. En général, je m'envole deux fois par jour, ça change assez souvent. Mais s'il y a quelque chose qui ne change jamais, c'est les passagers complètement bourrés : eux, j'en ai tout le temps.

C'est particulièrement vérifiable sur les vols pendant la période des fêtes. Je vois toujours débarquer des jeunes dans un état lamentable. Ils font un stock de bouteilles d'alcool dans les boutiques de l'aéroport ou à bord de l'avion et se mettent une grosse caisse en se disant que — comme quelqu'un de leur famille vient les chercher à l'aéroport — ils n'auront de toute façon pas à conduire à l'arrivée. Et neuf fois sur dix, ça tourne en beuverie générale.

Le voyage en avion devient le dernier espace de liberté et de décontraction avant de plonger dans l'angoisse des repas de famille.

Les vols font ressortir le pire des gens. C'est fou comme les gens sont stressés pour un rien. Ils sont tout de suite super-contrariés quand ils se rendent compte que leur valise cabine (qui pèse toujours une tonne) ne rentre pas dans le compartiment à bagage au-dessus des sièges. Ils nous regardent affolés et nous demandent de les aider à les soulever, mais on n'est pas vraiment autorisés à le faire parce que ça peut être dangereux et on n'est pas assurés pour ça. Désolée mais, quand vous faites votre valise, assurez-vous que vous êtes capable de la soulever. Si on tombe sur un passager frustré ou tout simplement taré, c'est toute la compagnie aérienne qui est mise au parfum. Mes amis postent souvent des statuts du genre : « OMG, il y avait une fille complètement folle, on a presque dû la foutre hors de l'avion ! »

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Les boissons que l'on nous commande le plus sont la vodka-jus d'orange ou le Bloody Mary. Ce qui me gonfle le plus c'est quand les gens demandent des marques spécifiques. Ah, vous désirez une vodka « haut de gamme » pour aller avec votre soda ? On est dans un avion les gars, pas dans un putain de bar.

Le truc le plus snob, c'est quand on me commande de « l'eau finement pétillante ». Et pourquoi pas une petite limonade artisanale avec une rondelle de citron bio tant qu'on y est ?

Je préfère travailler en business, là où les boissons sont gratuites. Les gens ont plus l'habitude de prendre l'avion, et ils savent ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas exiger de nous. La plupart des clients sont des hommes d'affaires et ils ont une voiture avec chauffeur qui les attend à l'arrivée. Généralement, ils sont plutôt sympas, et tant que vous gardez leur verre plein, ils ne vous emmerdent pas.

Le reste du temps, j'ai vraiment l'impression d'être un patron derrière son bar.

J'ai déjà été obligée d'empêcher des gens de boire, et c'est beaucoup plus facile à faire en classe éco qu'en première classe. C'est un peu plus délicat de dire : « Ok, tu as claqué une blinde pour un billet en première classe, mais maintenant t'es gentil il faut que t'arrêtes de boire. » Les boissons sont servies à volonté, c'est compris dans le billet donc c'est pas évident de leur faire comprendre.

Depuis le 11 septembre et avec la psychose terroriste ambiante, on essaie de ne pas trop laisser les gens se bourrer la gueule en plein vol. Quand ça arrive, c'est presque toujours parce qu'ils ont pris un médicament qui se marie mal avec l'alcool, ou parce qu'ils ont fait une petite descente au bar de l'aéroport avant de monter à bord. Et puis généralement, les mecs en première classe tiennent mieux l'alcool. Les passagers ivres et incroyablement pénibles voyagent souvent en classe éco.

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C'est assez facile de cramer un passager qui a trop bu : il n'arrive plus à marcher droit. Il y a quelques jours, on a eu une femme que son mari a dû escorter jusque dans l'avion parce qu'elle était dans un état pitoyable. À l'embarquement, ma collègue lui a sorti un truc du genre : « Et si on la mettait dans un autre avion ? On dirait qu'elle a un peu trop bu. On va aller lui chercher un peu d'eau. » Son mari n'a pu qu'être d'accord et c'est comme ça que l'on s'en est débarrassé.

Si quelqu'un a l'air trop bourré quand il se pointe à l'embarquement ou quand il arrive dans la cabine, on a toujours la possibilité de prévenir le commandant de bord. C'est lui qui a le dernier mot et qui peut décider si quelqu'un prendra part au voyage ou non. Ça fonctionne pour les gens torchés, comme pour ceux qui nous manquent de respect. La plupart des commandants sont OK avec ça et nous disent : « Faites-moi savoir si vous avez un problème avec qui que ce soit, je le ferai sortir avant de décoller. »

Souvent, sur les vols transcontinentaux, les gens prennent un somnifère ou un truc du style et s'ils mélangent avec de l'alcool, c'est foutu : ils ne dorment pas et finissent par ressembler à des zombies et à faire des choses totalement absurdes.

Une fois, sur un vol retardé, je suis tombée sur un type qui avait déjà quelques somnifères dans la gueule. Après le décollage, en sortant des toilettes, il s'est complètement ramassé. Il est tombé comme un sac et il s'est évanoui. C'était un peu effrayant, mais on a réussi à le réveiller et à le ramener à son siège. Heureusement, il y avait un médecin à bord qui nous a simplement dit : « C'est juste qu'il a pris un somnifère un peu trop puissant. » Pendant toute la durée du vol tu ne penses qu'à ça, tu te dis : « Est-ce que je vais réussir à faire sortir ces gens de l'avion quand on va atterrir ? » Finalement, en les secouant un peu ils émergent, mais s'il n'y a pas moyen de les réveiller, on est obligé d'appeler une ambulance sur-le-champ.

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Lors de ma première semaine dans le métier, j'ai dû assurer la première classe toute seule dans un de nos petits avions. C'était un vol pour Vegas, il n'y avait que des mecs surexcités et sans mentir, j'avais l'impression d'être en plein milieu d'un enterrement de vie de garçon. D'ailleurs, la majeure partie des harcèlements sexuels que j'ai eue à subir à bord d'un avion se sont passés au cours de ce vol. L'un deux a fait tomber un cookie sur ses genoux et m'a sorti un truc du genre « Tu veux pas venir le manger ? » avec un sourire de pervers. Une des hôtesses à l'arrière a dû me venir en aide et rester avec moi une grande partie du vol parce qu'elle flippait pour mon intégrité physique. Si cela m'était arrivé aujourd'hui, j'aurais très bien géré la situation mais à l'époque, ça ne faisait qu'une semaine ou deux que j'étais hôtesse et je n'avais pas l'habitude de me retrouver seule en première classe, livrée à la meute.

Sur les vols retour au départ de Vegas, l'ambiance est un peu différente. Tout le monde a l'air d'avoir une gueule de bois monumentale et ils ne veulent rien boire. Sauf, bien sûr, s'ils ont gagné plein d'argent : Là, pour le coup, ils ont l'air plutôt heureux et bien réveillés. Parfois, il y a des gens qui ont fait la fête jusqu'au moment de monter dans l'avion et ça se sent. Personne ne veut s'asseoir à côté d'eux.

Les hôtesses n'ont pas le droit de consommer de l'alcool pendant le vol, on n'est même pas censées s'asseoir à un bar si on porte notre uniforme. On peut être soumis à des tests de dépistage de drogue ou des alcootests n'importe quand. Pour le moment je n'ai jamais vu personne se faire contrôler, mais je suppose que si vous avez la réputation d'être un peu alcoolique sur les bords, ça peut très vite tomber.

Des hommes d'affaires qui font des avances aux hôtesses, ce n'est pas un mythe. Ça m'est déjà arrivé. J'ai une amie de Miami qui a une jolie collection de cartes de visite. C'est le genre de blonde qui plaît aux mecs : grande et tout ce qui va avec. Moi, je fais souvent la gueule, donc j'en récupère beaucoup moins qu'elle. Une fois, un vieil homme m'a dit que j'avais une voix sexy quand je faisais les annonces. Vraiment ? J'avais justement un gros rhume et on avait plutôt l'impression que j'avais fumé comme une vieille rombière toute ma vie.

Mais les clients lourds qui font des remarques déplacées, ce n'est pas systématique. Ça n'a rien à voir avec cette image clichée des hôtesses des années 60. Pour commencer, les uniformes de ma compagnie n'ont absolument rien de sexy ; ma mère, qui était hôtesse et a pris sa retraite en 1999, portait exactement les mêmes.

Sur Tinder ou quand je sors, je ne cache pas le fait que je suis hôtesse de l'air. Je me fais d'ailleurs souvent inviter grâce à ça. À croire que mon métier fait quand même encore pas mal fantasmer les mecs.

Propos recueillis par Hilary Pollack.