Selon l’ONU, Gaza pourrait être inhabitable dans moins de cinq ans

D’après un rapport des Nations Unies, le blocus économique, des infrastructures insuffisantes et des problèmes environnementaux pourraient rendre le territoire palestinien invivable dans un futur proche.

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03 Septembre 2015, 3:30pm

Photo par Mohammed Saber/EPA

À cause de la guerre, des infrastructures insuffisantes et des problèmes environnementaux, Gaza pourrait devenir inhabitable dès 2020, selon un rapport de l'ONU concernant la situation en Palestine, paru cette semaine.

Cette annonce de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) rappelle une précédente analyse de l'ONU en 2011, selon laquelle Gaza ne serait plus vivable au début de la prochaine décennie sans des « efforts herculéens » pour améliorer la santé, l'éducation, l'énergie, l'eau et le système sanitaire.

Israël s'est retiré de cette mince bande de terre le long de la Méditerranée en 2005, mais a lancé des opérations militaires de grande envergure à trois reprises depuis. Le blocus terrestre et maritime d'Israël sur Gaza a été établi après que le Hamas a pris le pouvoir en 2007. Il a également été mis en place à des degrés d'intensité variés sur la frontière ouest avec l'Égypte.

L'été dernier, une guerre violente entre Israël et le Hamas à Gaza a fait plus de 2 000 morts, de très nombreuses habitations et infrastructures ont été détruites.

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« L'opération militaire la plus récente, en 2014, a touché une économie déjà paralysée alors que les conditions socio-économiques étaient déjà au plus bas depuis 1967 », écrit la CNUCED. L'opération israélienne, nommée « bordure protectrice » couplée à celles de 2008 et 2012, « a anéanti des efforts productifs, n'a pas laissé le temps pour une réelle reconstruction ou un redressement économique et a appauvri la population palestinienne de Gaza, ce qui a rendu la situation économique plus grave qu'il y a deux décennies. »

En juillet, le chef de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), a déclaré qu'aucune des 12 000 maisons complètement détruites pendant « bordure protectrice » n'avait été reconstruite.

Plus tôt cette année, la banque mondiale a estimé - citant l'opération « bordure protectrice », mais aussi le blocus et une mauvaise gouvernance - que l'économie de Gaza avait reculé de 15 pour cent en 2014. La banque mondiale a constaté que le revenu réel par habitant était presque trois fois plus bas qu'il y a 20 ans. Durant la même période, le secteur industriel de Gaza s'est contracté de 60 pour cent, selon des enquêteurs.

« Bordure Protectrice », écrit la CNUCED, « a réellement supprimé ce qu'il restait de la classe moyenne, rendant pratiquement toute la population dépendante de l'aide internationale. »

Le chômage atteint 44 pour cent à Gaza, soit plus du double que dans la Cisjordanie. Près des trois-quart des résidents font face à une situation d'insécurité alimentaire. En 2000, quelque 72 000 Gazaouis s'en sont remis à la nourriture de l'UNRWA, aujourd'hui leur nombre est de 868 000 - près de la moitié de la population de Gaza.

La CNUCED a déclaré que le blocus avait mené à un arrêt presque total des exports, et de lourdes restrictions financières et sur les imports. Selon Israël, ce blocus est nécessaire afin d'empêcher le Hamas de reconstituer ses réserves militaires.

Beaucoup à Gaza se sont tournés vers un système de tunnels construits entre la Palestine et l'Égypte, qui est utilisé pour transporter des biens de première nécessité aussi bien que des armes. « Les tunnels ne devraient jamais être perçus comme des substituts pour assurer les droits humains fondamentaux des Palestiniens et avoir un accès libre et normal au marché international, que les autres pays tiennent pour acquis. » a déclaré la CNUCED. « Gaza a besoin d'une levée du blocus, pas une économie souterraine incontrôlée. »

De l'autre côté de la frontière de Gaza, les dirigeants militaires égyptiens ont repris leurs efforts pour détruire les tunnels. Les bulldozers ont commencé à creuser la terre le long de la frontière avec Gaza, et le pays devrait par la suite y déverser de l'eau selon des responsables au Caire.

L'effet combiné de l'isolement, du manque de ressources et d'une économie mise à terre par des guerres qui se succèdent à intervalle régulier de quelques années a conduit à un « dé-développement accéléré » à Gaza, que l'ONU définit comme « un processus dans lequel l'économie n'est pas entravée mais renversée. » La seule chose qui se développe à Gaza, a déclaré l' ONU, est sa population, qui devrait croître de 1,8 à 2,1 millions en 2020.

Des années d'exploitation du littoral marin ont également épuisé les eaux de Gaza. 95 pour cent de l'eau restante serait non-potable sans traitement.

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