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Barack Obama propose une taxe de 10 dollars par baril de pétrole

Cette taxe serait destinée à financer les 32 milliards de dollars investis dans les moyens de transport propres, comme les transports en commun et les véhicules électriques.
5.2.16
Photo par Hasan Jamali/AP

La Maison Blanche a proposé ce jeudi un plan de 32 milliards de dollars, destiné à améliorer les moyens de transport propres, le tout financé par une taxe de 10 dollars par baril de pétrole brut. Ce plan devrait soutenir des projets de transports en commun et de véhicules électriques, afin de réduire l'empreinte carbone des États-Unis.

Alors que le prix de l'essence navigue sous la barre des 2 dollars par gallon (un peu moins de 3,8 litres), et que le baril de brut se négocie autour des 31 dollars, la Maison Blanche estime que l'heure est venue de rendre les carburants fossiles un peu plus chers.

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« Le plan du Président augmenterait d'environ 50 pour cent les investissements américains dans les infrastructures de transport propre, tout en réformant les investissements en cours pour aider à réduire la pollution au carbone, la consommation de pétrole, et créer de nouveaux emplois », a déclaré la Maison Blanche lors de la présentation de ce plan. « Cette nouvelle taxe sur le pétrole va aussi encourager l'innovation et le leadership américain en matière de technologies propres, afin d'aider à réformer notre paysage des transports pour les décennies à venir. »

Just announced: @POTUS's clean transit plan would create jobs and help us #ActOnClimate: https://t.co/Hp7rxnc8Wj pic.twitter.com/aIU4V7m243

— Facts On Climate (@FactsOnClimate) February 4, 2016

Tout juste annoncé : le plan du Président des États-Unis pour le transport pourrait créer des emplois et nous aider à #AgirSurLeClimat  

Les voitures, camions et autres véhicules comptent pour 30 pour cent des émissions américaines de dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre — rejetés à hauteur de 1,8 milliard de tonnes en 2014, d'après l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). La Maison Blanche a indiqué que les propositions annoncées ce jeudi allaient rendre les transports plus propres aux États-Unis, tout en réduisant la dépendance du pays aux énergies fossiles et en améliorant sa capacité à s'adapter au changement climatique.

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Toutefois, ce plan va très certainement se heurter à une opposition hostile au Congrès, où les Républicains — peu friands de taxes — contrôlent à la fois la Chambre des Représentants et le Sénat. De nombreux cadres de ce parti ne reconnaissent pas le changement climatique causé par l'homme, et refusent des dépenses pour y remédier.

D'autres vives critiques ont été adressées par l'Institut américain du pétrole (API), la plus puissante association commerciale de l'industrie pétrolière.

« La Maison Blanche pense que les Américains ne paient leur essence assez cher, alors elle a proposé une nouvelle taxe qui pourrait augmenter le coût de l'essence de 25 centimes par gallon, gêner les consommateurs qui profitent des prix bas en matière d'énergie, détruire des emplois américains et inverser l'émergence des États-Unis comme leader mondial de l'énergie », a déclaré le président de l'API, Jack Gerard, dans un communiqué écrit, publié ce jeudi après-midi. « Sur le point de quitter ses fonctions, le Président Obama propose désormais de rendre les États-Unis moins compétitifs. »

Ce plan a néanmoins reçu un accueil chaleureux de la part des plus grands groupes de défense de l'environnement, dont certains avaient jusque-là été très critiques vis-à-vis du soutien affiché par l'administration Obama à de nouvelles campagnes d'explorations pétrolières.

À lire : Obama autorise Shell à débuter ses forages pétroliers en Arctique

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Michael Brune, qui est à la tête de l'ONG Sierra Club, a salué Obama pour avoir « remis en cause l'emprise du Big Oil [NDLR, surnom donné aux huit plus grandes compagnies pétrolières] sur la manière dont l'Amérique alimente le secteur des transports. »

« Fournir des choix propres, pratiques, et abordables en matière de transports va créer des emplois aux États-Unis et protéger notre climat », a déclaré Brune dans un communiqué écrit. « De l'agrandissement des transports publics au développement des véhicules de demain, le plan du président va mettre des gens au travail, pour réparer notre système de transport qui s'effondre et l'emmener au XXIe siècle. »

Rhea Suh, la présidente du Conseil de défense des ressources naturelles, a qualifié ce plan de « bon coup au bon moment ».

« [Ce plan] relie les coûts économiques, sociaux et environnementaux de plus en plus élevés du pétrole à de vastes opportunités pour l'innovation, l'entreprise et le progrès américain », a-t-elle déclaré. « Et il envoie un message aux générations futures : Nous ne sommes pas coincés avec le pétrole, ses risques et ses dégâts — et nos enfants non plus. »

Une hausse de 25 centimes par gallon d'essence ferait à peine remonter les prix à 2 dollars dans une grande partie de ce pays. À titre de comparaison, au cours de l'été 2014 — alors que les prix du pétrole et du gaz entamaient leur plongée, qui se poursuit actuellement — l'essence se vendait à environ 3,5 dollars par gallon, tandis que le baril de pétrole coûtait plus de 100 dollars.

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« On pourrait bien dissimuler cette hausse des prix aux yeux des consommateurs en le faisant maintenant, pendant que les prix du pétrole sont au plus bas », a expliqué Jim Krane, un expert du marché pétrolier à l'Institut Baker de la Houston Rice University. « Un supplément de 25 centimes sur l'essence ne va pas faire sauter les gens au plafond. »

La saturation actuelle du marché pétrolier a été conduite par l'explosion de la production américaine de pétrole de schiste, qui a permis aux États-Unis de redevenir le plus grand producteur de pétrole à l'échelle mondiale. Désormais numéro 2 de ce classement, l'Arabie Saoudite a tenté de récupérer son titre en refusant de diminuer sa production, provoquant un duel serré sur les marchés. De même, la levée des sanctions commerciales contre l'Iran en échange du récent accord sur le développement nucléaire laisse présager encore plus de pétrole disponible prochainement.

Ce phénomène a grandement bénéficié aux consommateurs, tout en mettant les compagnies pétrolières et leurs salariés en difficulté. Deux des plus grosses compagnies, BP et Shell, ont annoncé des pertes vertigineuses cette semaine, tandis que des puits ont été fermés à travers les États-Unis, puisque les prix bas ne rendaient pas le forage assez rentable dans certains endroits.

Alors que l'essence est devenue de moins en moins chère, les consommateurs semblent avoir moins d'intérêt pour les voitures compactes ou les véhicules électriques.

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D'après l'Institut de recherche des transports de l'Université du Michigan (qui analyse chaque mois l'économie de l'énergie et les émissions de carbone causées par les véhicules), les Américains se tournent plus facilement vers des véhicules qui consomment davantage, et donc plus polluants — une tendance observée depuis l'été 2014.

« Tout ce qui peut mener à une augmentation des prix de l'essence — comme une taxe de 10 dollars par baril de pétrole — devrait inverser cette tendance récente que nous avons observée, avec des nouveaux acheteurs qui reviennent aux plus gros véhicules, comme des pick-up et des 4x4 », a expliqué Brandon Schoettle, qui est chef de projet dans cet institut. « Que ce soit dû à un rebond des prix du pétrole sur les marchés ou à une taxe, nous ne pensons pas que cette chute conséquente des prix de l'essence observée dernièrement a des chances de durer. »

L'actuelle taxe fédérale sur l'essence — qui est de 18 centimes par gallon — n'a pas augmenté depuis l'ère de l'administration Clinton (au milieu des années 1990), et finance un réseau de transports qui souffre, d'après Jim Krane.

« Nous voyageons beaucoup plus et nous payons beaucoup moins de taxes », a-t-il expliqué. « Les routes sont toujours utilisées, et les revenus des taxes ne sont pas au rendez-vous pour les réparer. »


Suivez Matt Smith sur Twitter : @mattsmithatl

Cet article est d'abord paru sur la version anglophone de VICE News.