Photos:  Rebecca Topakian pour VICE FR

Nicolas Fensch, antifa malgré lui

Dans le livre « Radicalisation express », il raconte comment la violence policière en manif l’a transformé en militant antifasciste - version vraiment vénère. Portrait.

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sept. 28 2018, 1:38pm

Photos:  Rebecca Topakian pour VICE FR

Le 18 mai 2016, Nicolas Fensch a « pété un plomb ». Alors qu’il participait à une manifestation sauvage, en réponse à la mobilisation policière contre la haine anti-flic, cet ingénieur informatique de 40 ans a frappé un policier. Les images ont tourné en boucle sur les chaînes de télé. C’était l’affaire dite du « quai de Valmy » : une voiture de police prise pour cible, qui s’embrase, et un policier qui essuie les coups d’un manifestant au visage masqué.

Pour ces faits, Nicolas Fensch a été condamné à 5 ans de prison. Aujourd’hui, il décide de s’expliquer dans Radicalisation express, ouvrage paru jeudi 27 septembre aux éditions Divergences. « Au départ, je n’étais pas militant et si j’en suis arrivé à taper un policier, c’est parce qu’il y a eu des événements antérieurs qui ont déclenché cette violence », précise-t-il.

En l’espace de trois semaines, dans un contexte de grogne sociale, un homme ordinaire est devenu un habitué du Black Bloc, prêt à en découdre avec les forces de l’ordre. « Avant cette histoire, j’avais une vision de la police extrêmement classique : ce sont les représentants de l’Etat, ils protègent la population ». Mais Nicolas Fensch a perdu ses illusions au fil des manifestations auxquelles il a pris part : des forces de l’ordre sur les dents, qui, selon lui, dégainent sans que la situation ne le justifie. « J’ai vu des gens avec des crânes et des arcades ouvertes, des mères de famille avec leurs enfants en train de pleurer à cause des lacrymos ».

Lui, pourtant proche de la pensée gaulliste, dont le grand-père a fait Saint-Cyr, voit ses convictions et ses croyances voler en éclat. « J’avais une forme de respect et d’admiration pour l’Etat qui doit nous protéger et ce que j’ai vu en manifestation, je l’ai vécu comme une trahison. » Et le 18 mai, il voit rouge : « Je n’ai pas visé l’homme, mais son uniforme. Je pensais défendre la démocratie. Les flics étaient trop violents. »

Malgré sa parka noire et son visage masqué, Nicolas Fensch est trahi par ses chaussures et son pantalon. Il est interpellé, puis incarcéré à Fresnes. Il y est resté près d’un an, dans des conditions de détention difficile. La justice pense alors condamner un militant d’extrême gauche chevronné, qui voudrait semer le chaos et renverser le système. Et c’est ce qu’elle a essayé de lui faire avouer. « Un détenu m’a dit : ‘’C’est politique, tu es mort’’ », se souvient Fensch. Sauf que son cas est particulier. Il n’est ni anarchiste, ni antifasciste, tout juste un sympathisant de Jean-Luc Mélenchon. Il tente de l’expliquer aux juges. En vain. Nouvelle déception : « Humainement, les juges auxquels j’ai eu à faire, c’était une catastrophe. Pas un regard, pas un bonjour, se remémore Fensch. La juge de la liberté et de la détention ne m’a même pas regardé. J’ai eu le sentiment d’être rien. » Ou le sentiment d’être un ennemi d’Etat.

Aujourd’hui, Nicolas Fensch a quitté Fresnes. Jeudi 27 septembre, la juge d’application des peines lui a accordé une liberté conditionnelle de 8 mois. Il espère retrouver un travail dans l’informatique, mais son nom étant associé à l’affaire du Quai de Valmy, les employeurs se rétractent dès que son CV n’est plus anonyme. Nicolas Fensch pense à quitter la région parisienne pour démarrer une nouvelle vie. Il n’est en tout cas plus le même homme : « Je sais que les institutions ne nous protègent pas. Ce que j’ai compris, c’est qu’il y a un mot qui est au-dessus de tous les autres : l’ordre public. Il ne faut pas que ça déborde. C’est ce qu’on retrouve dans les régimes autoritaires. Je ne pense plus que la République et la démocratie protègent le peuple ». Bref, ces convictions ont bel et bien foutu le camp.

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